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N° 224
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB s’interroge : le public du Raja serait-il devenu civilisé ? Il n’ose y croire…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C’est dimanche, Zakaria Boualem se réveille en pensant au match du Raja. Ce soir, les Verts affrontent la jeunesse sportive de Kabylie, avec la délicate mission de devoir remonter les buts encaissés. Evidemment, il compte aller au stade pour brailler à pleins poumons des slogans débiles. Il ne s’y rend que lorsqu’ il a l’intime conviction que sa présence va influer sur le résultat. Il sent qu’on a besoin de lui ce soir, ce qui constitue évidemment une nouvelle manifestation de son orgueil inouï. Il arrive au stade à 17 heures, soit deux heures avant le début du match. Il est intéressant de noter que les abords du complexe Mohammed V sont envahis par les marchands de sandwichs qui vendent à tour de bras. Conclusion : le public, à 17 heures, a faim. Conclusion numéro 2 : le public vient de loin. Il déguste ce qu’on lui propose, à savoir des sandwichs aux oignons et aux champignons. Pas les cèpes ou les girolles, non, plutôt les staphylocoques, bien dorés de préférence – c’est plus “goûtu”. Le stade est plein, c’est un spectacle superbe. Entre le public et l’aire de jeu, Zakaria Boualem a l’occasion de contempler le plus bel espace vert de Casablanca. C’est émouvant. Analysons la nature des drapeaux exhibés par le public. Il y a les étendards du Raja, c’est un peu normal, on est là pour ça. Mais il y a aussi toute une série de drapeaux ciglés “Celtic de Glasgow”, et ça c’est plus surprenant. Zakaria Boualem pose la question : un jumelage entre Casablanca et Glasgow ? Un partenariat entre les deux équipes ? On lui répond que Glasgow joue aussi en vert et blanc, et que c’est les
mêmes couleurs que le Raja, c’est donc hlal de les agiter. Voilà la seule connexion entre le Raja et le Celtics de Glasgow : la couleur des maillots. C’est peu, c’est même un peu absurde… À ce rythme, les supporters du Raja vont bientôt se mettre à hisser les drapeaux de l’association des producteurs de haricots verts, ou du parti des écolos allemands… Ah oui, j’oubliais, il y a aussi une banderole Heineken, verte elle aussi. Mais à en juger par l’état de celui qui la porte, la connexion ne se limite pas à la couleur, il s’agit bien là d’une véritable communauté de valeurs. Pour être tout à fait honnête, il faut également citer tout un groupe de supporters du Wydad, venu au nom de la solidarité nationale. Les Rajaouis n’ayant pas le monopole de l’absurde, ces derniers ont jugé opportun de se munir d’un drapeau suisse ! En face, il y a les Algériens de Tizi Ouzou et ils sont coriaces. Globalement, il n’y a pas de haine particulière à l’encontre des Algériens. Bien sûr, le public insulte Bouteflika, c’est normal, ça fait partie du folklore. Il l’insulte en italien, d’ailleurs, puisque l’absurdité ne baisse jamais la garde. Mais bon, rien de très grave : il faut réserver ses forces pour les Tunisiens ou les Egyptiens. En fait, si les Algériens ont la cote c’est parce qu’on est trop occupé à détester les Tunisiens… Le Raja marque rapidement, puis bute sur la défense de fer de la JSK. On ne se qualifiera pas, c’est fini. C’est là que le miracle a lieu : le public applaudit son équipe. Certains se laissent même aller à applaudir l’adversaire, venu chercher une belle qualification à Casablanca. Que se passe-t-il ? Convaincus de remporter la coupe arabe – contre les Egyptiens justement – le supporter de base se paie le luxe d’avoir l’esprit sportif. Ou alors, à force d’agiter les drapeaux du Celtics de Glasgow, peut-être que les Rajaouis ont fini par imiter le comportement des Ecossais, qui soutiennent leur équipe coûte que coûte. Autre hypothèse : nous devenons civilisés, tout simplement. Mais en rentrant chez lui, Zakaria Boualem apprend qu’un jeune garçon est décédé, piétiné par la foule à la sortie du stade. Du coup, cette dernière hypothèse semble complètement stupide.

 
 
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