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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Partis. Le réveil de la gauche ?

Le Secrétaire général Mohamed
Moujahid et des membres du PSU
pendant le Conseil national,
dimanche 7 mai à Casablanca.
(AIC PRESS)

Le Parti socialiste unifié se ressaisit. Il rend sa copie sur l’autonomie au Sahara, la soumet à sa base, resserre ses rangs, récupère ses dissidents potentiels et un mémorandum est en passe d'être rédigé sur la réforme de la Constitution.


C’est fait, le PSU est le premier parti à avoir rendu public son projet d'autonomie pour le Sahara. “Ce n'est pas trop tôt, nuance toutefois ce militant. Nous aurions pu frapper encore plus fort en diffusant le document avant même de le rendre au Palais royal. Cela aurait été une très grande marque de démocratie et de transparence”. Certes. On se
rappelle, en effet, que le roi avait chargé il y a quelques mois son conseiller Mohamed Moâtassim de mener des consultations (au sujet du Sahara) auprès de tous les partis politiques. Moâtassim avait alors défrayé la chronique en expliquant aux uns et aux autres que toutes les propositions étaient les bienvenues, mais qu'il ne fallait surtout pas les rendre publiques. Priorité au roi oblige. Au PSU, la question a longtemps fait débat. Mais c'est le consensus qui l'a finalement emporté et le bureau politique, instance d'exécution du parti, a alors pris sur lui de rédiger un projet d'autonomie et de le communiquer sans bruit, conformément aux directives du conseiller royal. La base n'a pas réellement apprécié. Et elle l'a fait savoir lors de la dernière session, le week-end dernier, d'un conseil national fort de 150 personnes. “Une question de détails”, tient-on à relativiser dans le proche entourage du secrétaire général, Mohamed Moujahid. C'est sans doute vrai. Mais les détails ont leur importance, surtout dans un parti de gauche très pointilleux sur les questions de forme. Un exemple, juste un : la formule “A sa majesté le roi” présentée en préambule du projet d'autonomie du Sahara. Bien des militants l'ont jugée “servile” et, dans tous les cas, peu digne d'un parti de gauche. Les ténors ont eu fort à faire pour convaincre de la “non-servilité” et de la “non-courtisanerie” d'une formule utilisée, nous explique-t-on, “pour la politesse due à un chef d'Etat”.

Le Sahara, l'affaire du parti
Mais l'essentiel est encore ailleurs, dans le contenu même de la proposition d'autonomie. Car s'il est un parti qui a toujours été très en avance sur les autres, au Sahara, c'est bien le PSU. “Nous avons été les premiers à appeler à une autonomie régionale”, rappellent aujourd'hui à l'unisson les cadres du parti. Exact. Le PSU a été aussi l'un des très seuls à avoir bravé les interdits, jetant depuis longtemps des ponts en direction de certains représentants du Polisario. Il y a encore trois ans, cette ligne de démarcation très courageuse (et très nationaliste, puisque les “Sahraouis” du PSU sont essentiellement des unionistes) avait valu à nombre de militants, notamment ceux qui étaient proches de la CDT, d'être exclus d'une manière arbitraire de la fonction publique. Beaucoup d'eau est passée sous les ponts depuis et, aujourd'hui, le PSU a réussi à placer huit de ses cadres sahraouis au sein du Corcas, ce qui en fait l'un des partis les mieux représentés. Un détail au passage qui mérite d'être relevé : les huit élus du PSU ont bien pris la peine de consulter la direction du parti avant de dire “oui” à l'appel du Corcas. “C'est un moindre mal, explique ce dirigeant du PSU, car notre charte nous oblige à nous concerter au préalable avant d'accepter une fonction ou une mission officielle”. Et tant pis si, malgré tout, des voix continuent de dénoncer le “oui” accordé au Corcas, dont le tort (bien réel) est d'être une instance non élue, qui n'a de comptes à rendre qu'au roi…

Retour subit des mécontents
On voit bien qu'au PSU, l'unanimisme est un vain mot. Le parti avance en fédérant le plus grand nombre, même les mécontents. Une démarche intéressante mais non dénuée de risques. Des figures importantes du PSU (Kamal Lahbib, Ahmed Herzenni, Omar Zaïdi, etc) ont régulièrement mis en veilleuse leurs activités partisanes, pour ne pas dire leur appartenance, à cause de désaccords plus ou moins importants avec la ligne tracée par le parti. Beaucoup ont aujourd'hui réintégré les structures du PSU, même si les désaccords ne sont pas vraiment aplanis. Mostafa Meftah, membre du bureau politique, nous explique cette drôle de situation : “Tous les mécontents ont leurs raisons, et elles se défendent : certains s'estiment sous-représentés dans les instances exécutives, alors que d'autres désapprouvent un certain mode de fonctionnement. A cela peuvent s'ajouter des problèmes de susceptibilités, ou des malentendus purement factices. Mais la plupart de ces questions peuvent être dépassées et s'il y a réconciliation, aujourd'hui, c'est que le PSU est un parti de courants, de différences. C'est la seule manière, acceptable par tous, de promouvoir une démocratie interne et d'avancer”. Le prochain congrès du parti, programmé en décembre 2006, devrait entériner la coexistence “sereine” des courants au sein du PSU. Logique quand on se rappelle que le PSU est le produit d'un mariage de raison entre la GSU et l'association Fidélité à la démocratie, et que la GSU elle-même était une fédération de petites formations de gauche regroupées autour de l'ancienne OADP.

Tous pour une réforme constitutionnelle
Si les courants et les nombreuses personnalités de qualité qui composent le PSU ont toujours du mal à accorder leurs violons sur la manière d'appréhender la monarchie (faut-il ou non jeter les ponts avec les “colombes” qui peuvent exister dans l'environnement royal, la question n'a toujours pas été tranchée), ils sont en revanche d'accord sur le fond : la nécessité de réformer la Constitution. La mise en œuvre de deux chantiers d'une extrême importance repose sur ladite réforme : l'adoption tant attendue du projet d'autonomie pour le Sahara et l'application des recommandations contenues dans le dernier rapport de l'Instance équité et réconciliation. Une nouvelle réunion interne, attendue ce week-end même, devra préciser les mesures techniques de la réforme constitutionnelle proposée par le PSU. Rien de révolutionnaire ne devrait en sortir (introduction de l'amazigh, responsabilisation du gouvernement et du parlement, contrôle des services de sécurité, etc) mais, et ce détail formel est loin d'être anecdotique, un mémorandum en bonne et due forme devrait être rédigé… et remis à qui de droit.



Projet. L’autonomie du Sahara, version PSU

Le PSU n'a pas attendu les dernières résolutions de l'ONU pour prôner une solution politique négociée au Sahara. A ce détail près que la négociation en question devra, avant de s'étendre à l'Algérie et au Polisario, commencer au Maroc même, avec l'élargissement du débat au public et l'implication de la société civile. Dans le document remis au Palais et rendu public depuis une semaine, le PSU propose que le Sahara soit directement dirigé par un parlement local et un exécutif (gouvernement) dont le chef serait issu de la majorité parlementaire. L'autonomie, selon le même projet, ne devrait pas s'appliquer sur des bases ethniques mais sur des bases territoriales, intégrant toutes les provinces du sud, y compris celles qui ont été récupérées avant 1975. Seules les départements de la sûreté, de la justice, de la défense, des relations extérieures et de la politique monétaire continueraient d'être gérés à partir de Rabat. Parmi les préalables au projet, le PSU rappelle notamment la nécessité de réformer la constitution, condition sine qua non de la réussite d'une “solution politique” au Sahara.

 
 
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