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Par Cerise Maréchaud
Cinéma. De Marrakech à New York
New York entre Central Park, Ground Zero et tapis rouge, cest possible. Huit réalisateurs marocains en devenir lont vécu et en reviennent à peine. Quatre dentre eux racontent comment ils ont croqué la Grosse Pomme.
En novembre dernier, huit jeunes réalisateurs marocains triés sur le volet participaient à une aventure inédite: une master class décriture scénaristique, mené par lillustre cinéaste iranien Abbas Kiarostami, appuyé par le non moins illustre Martin Scorsese, le temps dune leçon de cinéma. Phase I du programme New York Film maker Exchange, |
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la master class de Marrakech nétait que la mise en bouche dune autre aventure, de lautre côté de lAtlantique. Du 29 avril au 8 mai, Bouchra Ijork, Karima Zoubir, Noureddine Tilsaghani, Layla Triqui, Si Mohamed Achaour, Youssef Berrada, Maria Karim et Salima Ben Moumen se sont immergés dans la Big Apple, le temps du Tribeca Film Festival. Cofondée par Robert De Niro au lendemain du 11 Septembre pour doper New York en tant que point névralgique culturel mondial et promouvoir le dialogue interculturel, cette rencontre avant-gardiste et reconnue a réuni, cette année, les noms de Tom Cruise, Naomi Watts, David Bowie, Lucy Liu, Jeffrey Wright ou encore Sigourney Weaver. Quatre de nos chanceux ambassadeurs racontent.
Samedi 29 avril
Karima. Aéroport Mohammed V. La plupart dentre nous partons de Casa. Ça commence bien, tout le monde simpatiente en mattendant avant dembarquer alors que je suis déjà dans lavion à les guetter
Hâte de débarquer à New York, et surtout de revoir mon amie Diana Logreira Campos, ma partenaire à Marrakech. Jai traduit son documentaire à partir de langlais, elle a sous-titré le mien et même fait le montage. Enfin arrivés à JFK, on est dans nos petits souliers : personne ne nous attend. En fait, léquipe du programme nous a envoyé un big taxi mais il sest fait coincer dans les bouchons, à cause du match de ce soir. Le taxi driver nen a pas perdu son humour. Il avait un mot à dire sur chaque quartier traversé. Et sur les filles
Noureddine. Depuis deux jours, je suis déjà angoissé. En fait, jai la phobie de lavion et, dans un séjour si court, à peine arrivé, tu penses déjà au prochain embarquement. Et New York, cest flippant, je ne suis pas habitué à ce rythme de vie. Pendant toute la semaine, Youssef na pas arrêté de me dire baraka min stress !
Dimanche 30 avril
Layla. Cette ville a mille facettes différentes. Mais ce que je retiens avant tout, cest de ne mêtre pas un instant sentie étrangère. On a une idée un peu faussée de NY comme étant la ville américaine par excellence, mais elle est tellement cosmopolite quon se fond totalement dans la foule, entre le métro, les avenues, les hôtels, les musées. Jai été soufflée par le nombre despaces verts, on nest pas du tout dans le cliché trafic, gratte-ciel, étouffement. Lurbanisme a été très bien pensé, cest un exemple à prendre, dailleurs. Cest vrai que les films, comme ceux de Scorsese, reviennent très souvent sur lagressivité quasi carnivore de New York
mais elle a un esprit vraiment familial. Faut dire quen une semaine, on na pas eu le temps den palper vraiment le côté sombre.
Mardi 2 mai
Bouchra. Un moment très spécial pour nous tous aujourdhui : la projection au Hunter College de nos courts métrages réalisés pendant la master class avec Abbas Kiarostami, sur le thème du téléphone portable. Le mien sappelle The SkiMan. Un petit film humoristique sur un moul détail dont le pote lappelle pour lui faire croire quil se la coule douce à lOuka, alors quil est caché derrière lui, et finit par se faire repérer. Khalid Benchegra et Rafiq Boubkr, qui ont joué dans Les Yeux secs et La Symphonie marocaine et étaient invités au Festival de Marrakech, mont donné un coup de pouce. Avec du recul, on voit des imperfections, on se dit quon aurait fait autrement. Mais je lai apprécié dans son contexte, avec les autres films réalisés, en tant quexercice, tourné en deux heures à peine ! Pas mal de monde était là, étudiants, personnalités, journalistes, dont deux correspondantes à New York de 2M, qui ont suivi notre aventure.
Jeudi 4 mai
Bouchra. Visite à Ground Zero, grâce à Madelyn Wills (présidente du Tribeca Institute) qui a organisé la sortie. Un moment extrêmement fort. Le 11 septembre a marqué tout le monde, le terrorisme touche tout le monde, même nous le 16 mai, et pourtant impossible den ressentir vraiment limpact à distance. Là-bas, tu es comme fouetté par la réalité. Au mémorial, les noms et drapeaux des victimes évoquent tant dorigines, de couleurs
Beaucoup de noms juifs, contrairement à ce que veut laisser croire une certaine polémique. Et beaucoup de photos denfants. A la sortie, Hakim Bellabas (coordinateur du programme Tribeca-Marrakech) ma parlé de ce poème écrit par une petite fille de six ans à son père. Elle lui demandait de ressusciter ne serait-ce quune journée, pour la porter dans ses bras comme avant, quand sa mère ne voulait pas lui donner quelque chose.
Samedi 6 mai
Bouchra. Soirée de clôture. Sidney Meeks (directrice du programme Tribeca-Marrakech) ma proposé, avec un jeune réalisateur américain, Ruony, de présenter le programme de la master class. Je lai fait en darija. Cétait étrange de me retrouver sur scène, en caftan, en train de faire un petit speech en darija au milieu des paillettes. Lactrice Lucy Liu ma même demandé doù venait ma tenue
et jai rencontré Jeffrey Wright, qui regrettait de ne pas avoir pu venir au Festival de Marrakech cette année. En tout cas, il connaît le pays, pas comme ces Américains qui pensent que Morocco cest Monaco!
Noureddine. Ce qui ma le plus scotché, cest ma rencontre avec le réalisateur Hamid Marwan. Son premier long métrage, Imarate Yacoubian, a été projeté lundi. Cest déjà la plus grosse production égyptienne, primée meilleure première uvre à Tribeca. Le façon de Marwan de voir les choses est à lopposé des clichés du cinéma égyptien que lon voit à la télé. Il a 28 ans.
Mardi 9 mai
Bouchra. Nous revoilà à laéroport JFK. Au poste de contrôle à rayons X, tout le monde passe, sauf moi. Etrange. Les policiers me fouillent ainsi que mon sac . Ils me demandent si je suis allée au site du World Trade Center, en fait ils sen doutent. Apparemment, jai pu garder sur moi certaines particules des explosifs qui ont servi à lattentat ou des éléments échappés dans lexplosion. Pourquoi moi, je ne sais pas.
Layla. A latterrissage, une simple envie de me taire. Bien sûr, jétais consciente avant de partir de limportance de se mélanger avec dautres cultures
mais jai surtout vu tous ces gens du cinéma travailler, travailler encore. Cest dommage quau Maroc, dans les festivals nationaux, on ait du mal à se plonger dans lessentiel en se perdant dans des polémiques ou des blabla théoriques. Cest tellement de concret dont on a besoin. |
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Noureddine Tilsaghani : Etant de Marrakech, jai un rapport particulier avec les calèches
New York a les siennes aussi. Avant, ma seule expérience dans cette ville, cétait un coca bu en 1998 lors dun transit de deux heures vers Montréal.
Noureddine Tilsaghani : Voici Ground Zero. A droite, on voit le premier immeuble construit depuis les attentats du World Trade Center. Il ne sera opérationnel que le 23 mai
On aperçoit les carreaux qui manquent, aux deux derniers étages. Celui qui remplacera les Twins sappellera Freedom Tower.
Bouchra Ijork : Ce mardi matin, on a tous assisté au fameux Filmmakersbrunch, en présence de Robert De Niro. Il a gardé son charme, son fameux grain de beauté magique. On sest approché pour prendre une photo, il était dispo, souriant. Jai pu lui dire combien il était respecté au Maroc. En anglais
je me débrouille. Disons que devant lui, jai trouvé les mots quil faut ! Cest plus quun grand acteur, cet homme a une présence profonde, une autorité. Cétait magique.
Noureddine Tilsaghani : à la soirée de clôture, on était dans les invités. Mais trop loin pour prendre une belle photo de Bouchra sur scène. Beaucoup de tables, beaucoup de monde, des stars que je connais de vue sans connaître leur nom, à part Jeffrey Wright. |
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Portrait. Noureddine Tilsaghani
Photographe- vidéaste marrakchi de 34 ans formé à Cologne (Allemagne), Noureddine valse entre les deux arts pour se permettre le luxe de toujours créer sans saturer. Trois fois lauréat du Salon national dart photographique et quadruplement primé au Festival dart vidéo de Casa, auteur dune dizaine de courts métrages et dune série photo sur les hammams exposée en Afrique et en Europe, son prochain film, Carte de visite, est produit par la SNRT (ex RTM). |
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Portrait. Layla Triqui
Cette Rbatia de 30 ans a déjà un palmarès éloquent. Diplômée de la Femis en 1999, son premier court métrage de fiction, Chapelet, (2001) a participé aux festivals dOslo, Milan, Oberhausen, Liège, Bruxelles et Tanger, et en off à la Mostra de Venise. Trois ans plus tard, son deuxième court, Sang dencre fait Cannes en section Cinémas du monde. Après plusieurs téléfilms et un soap opéra, elle vient de boucler deux nouveaux courts, Coule la rivière, un quasi documentaire sur les bateliers du Bou Regreg, et La vie continue, explorant le thème de la marginalisation. |
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Portrait. Karima Zoubir
Casablancaise de 27 ans titulaire diplômée en droit privé et bien partie pour décrocher une licence en audiovisuel, cette férue décriture scénaristique et de réalisation a déjà tourné un documentaire sur de jeunes lycéennes de Casa, actuellement en cours de montage. Un court métrage est en route également. |
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Portrait. Bouchra Ijork
Comédienne, réalisatrice et scénariste casablancaise de 28 ans, Bouchra a fait les bancs de lInstitut supérieur dart dramatique et danimation culturelle de Rabat avant de fourbir ses armes lors dun master à la prestigieuse Femis. Son premier court-métrage, Karawane, loiseau libanais, portrait dun danseur oriental libanais homosexuel, la déjà menée dans de nombreux festivals, entre Tunisie, Liban, Italie et Sénégal. Elle termine actuellement son second court, El Bahja, sur des gamins cireurs de chaussures à Marrakech. |
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