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N° 226
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Le Marock des uns, le Maroc des autres

Outre la grande qualité du film “Marock”, je déplore la tendance du dossier que vous lui avez consacré (TelQuel n° 223), à nous forcer à l’ériger en une oeuvre montrant la réalité du Maroc tout en en brisant les tabous, faisant là clairement le lien avec la ligne éditoriale courageuse de TelQuel. Je considère ce lien comme un raccourci soit naïf, soit intellectuellement malhonnête.

Vous avez, à la fin de votre article, (reprenant au passage des répliques du film pour illustrer des réalités qui sont pour nous, Marocains, des lieux communs), établi une liste des tabous supposés être abordés voire brisés par ce film, l’un d’entre eux étant “la bourgeoisie marocaine”... Or ce qui est ici listé comme un tabou parmi d’autres n’est autre que le cadre unique de ce film... En effet, de quel Maroc s’agit-il ici ? Définitivement pas de celui des masses populaires dont vos journalistes connaissent fort bien les problèmes et préoccupations. “Marock” n’est ni plus ni moins qu’un bon film réalisé par une réalisatrice talentueuse mais complètement déconnectée de (ou indifférente à) ce qui se passe en dehors des murs du lycée Lyautey, ou au-delà des rues d’Anfa.

Pourquoi ne pas présenter ce film comme ce qu’il est, c’est-à-dire un film sur une bourgeoisie marocaine casablancaise francisante, à la recherche de je ne sais quel modèle de vie sociale qui n’est définitivement pas celui de nos différents référentiels, vivant dans l’insouciance, parlant exclusivement français, dénigrant les autres langues locales, méprisant et écrasant les petites gens et sombrant dans des perversions qui sont les siennes ? Pourquoi ne pas le présenter uniquement comme le film de cette bourgeoisie ? Comme un “trip” sympa remémorant une jeunesse particulière et non généralisable aux autres quartiers, villes ou campagnes de notre pays ?

La misère montrée ici ne l’est que du seul point de vue de cette même catégorie sociale, pis, de celui de son mépris, de son arrogance et de ses ô combien nombreux dépassements... Le même raisonnement est à appliquer à des sujets tels que “le respect de la prière”, “manger le ramadan”, “les soirées arrosées”...

J’aimerais bien savoir comment “Marock” devrait être compris par un compatriote venant de Hay Mohammedi, de Idaoutanane, ou de Khouribga… Ajoutons à la liste : le fils du gardien ou du jardinier, la fille de la bonne, le policier qui s’est fait insulter dans une scène que vous avez allègrement citée pour dénoncer la corruption, ou alors un (ou une) musulman(e), peut-être un peu plus pieux que la moyenne, qui n’en demeure pas moins un frère sinon dans la religion, du moins dans la patrie… Devra-t-il le voir comme il regarderait un film étranger, ou devra-t-il s’attendre à ce que ce film lui parle ? Si oui, quels enseignements en retirera-t-il, étant donné qu’il s’agit d’un “film miroir des réalités” ? Je peux d’ores et déjà vous citer quelques réactions : il y aura des blessures d’amour-propre, des souffrances ravivées, des perspectives de vie biaisées (probablement une idée faussée, chez les jeunes, de la réussite représentée par cette classe sociale)… Tout cela parce qu’on ne s’est pas contenté de présenter ce film comme rien d’autre que ce qu’il est en réalité...

Mounir Kacimi


Votre point de vue est tout à fait juste. L’univers de “Marock” est exclusivement celui de la bourgeoisie casablancaise francisante, souvent arrogante, et quoi qu’il en soit, coupée des réalités de l’écrasante majorité des Marocains. Cette catégorie n’en existe pas moins, et Leila Marrakchi a choisi (c’est sa liberté d’artiste) d’en dresser un portrait. Il se trouve que ce portrait est saisissant de réalisme, c’est ce que nous avons salué. Pour le reste, il va de soi que seuls les membres de cette catégorie sociale se retrouveront dans ce film. Mais qui a dit qu’on allait voir un film uniquement pour s’y retrouver ?

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