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N° 226
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Énergie. Comment amortir le choc pétrolier

Installations gazières. (AFP)

Le choc pétrolier est là. Le Maroc cherche des alternatives énergétiques. Son pragmatisme le mène à négocier avec l'Algérie pour le gaz et à étudier sérieusement l'option nucléaire.


Le Maroc négocie avec l'Algérie des modalités d'approvisionnement en gaz naturel. Sur un autre front, l'option du nucléaire est sérieusement envisagée. Que se passe-t-il pour que l'Etat fonce sur des solutions à haute tension ? Depuis 2005, le pétrole donne des insomnies aux quadras de la direction du budget. A la veille de la préparation de la loi de finances 2007, le ministère des Finances vit au rythme des
fluctuations du pétrole sur le marché international. Les simulations d'impact sur le budget se suivent et se ressemblent : plus le prix du baril de pétrole augmente, plus lourde sera la contribution de l'Etat pour subventionner la consommation à la pompe. “Peut-être disposons-nous de ressources financières pour faire face à la crise actuelle, mais on peut gager que l'asphyxie budgétaire nous guette si le baril caracole à 100 dollars”, craint Mohammed Fetouaki, expert en énergie. Et d'ajouter, “nous payons actuellement notre manque d'anticipation d'hier. Lorsque le baril était à 22 dollars sur le marché international, tout le monde était serein. Aujourd'hui le réveil est brutal”. En effet, à l'époque du gouvernement Youssoufi, la crise énergétique n'était pas envisageable, il n'empêche que pour des raisons de facteurs de production, l'équipe aux commandes avait lancé un vaste chantier d'énergies de substitution. Du pétrole, l'Etat est passé à la production d'électricité à base de charbon (Jorf Lasfer), de gaz naturel (Tahadart près de Tanger) ou d'énergie éolienne (Koudia Baïda près de Tétouan). Toutefois, la logique n'a pas été poussée jusqu'au bout et le pays demeure fortement dépendant du pétrole. Aujourd'hui, les signaux d'alarme sont là, le Maroc subit de plein fouet le choc pétrolier des années 2000. Avec un baril à 72 dollars, le budget doit aligner pas loin de 5,5 milliards de dirhams d'ici fin 2006 pour maintenir les prix à la consommation à leur niveau actuel. Mais si le baril flambe encore, chose tout à fait possible vu la crise iranienne, pour atteindre 100 dollars et plus, le Maroc sera au bord du gouffre. Le budget devrait supporter plus de 14 milliards de dirhams de compensation alors qu'il n'a prévu que 12 milliards de dirhams dans le budget 2006 dont la moitié doit servir à soutenir les prix des produits de base (farine, sucre…). Et ce n'est pas fini, cette enveloppe englobe cinq milliards de dirhams d'arriérés que l'Etat doit verser aux distributeurs des produits pétroliers d'ici juin 2006. Que faire dans ce cas ? Se creuser les méninges pour sortir de la crise et préparer l'avenir pour ne plus subir les conséquences des aléas géopolitiques.

Compensation : l'impasse marocaine
Mettons nous d'accord d'emblée : aucune solution d'énergie de substitution ne viendra à notre secours dans l'immédiat. Il reste donc deux options : subventionner ou ne pas subventionner. “C'est une question complexe qui mérite beaucoup de prudence et de réflexion”, se contentent de répéter les proches du premier ministre. Complexité et prudence, car la suppression des subventions est une question économique, certes, mais d'un grand impact politique. Pour faire simple, si les prix sont libéralisés demain, le Maroc entrera dans un cycle inflationniste infernal : augmentation des transports, donc augmentation du prix des produits transportés. Le risque politique pèse de tout son poids et la suppression des subventions n'est pas pour demain. Il reste l'option de la baisse de la taxe intérieure sur la consommation (TIC) qui draine 12 milliards de dirhams par an. L'idée est simple : les taxes à la consommation représentent 60% du prix des produits pétroliers. “La baisse de la TIC et de la TVA pourrait jouer en faveur du contribuable mais elle pénaliserait le budget de l'Etat puisque le mécanisme de la subvention s'alimente de la TIC”, commente un cadre du ministère des Finances. C'est l'impasse. A l'heure actuelle, aucune solution ne se profile. Les spécialistes du budget vont continuer à jongler avec les recettes et les dépenses pour combler les trous. “A chaque réorientation d'une dépense, cela se fait au détriment d'un chantier social”, dixit Mohamed Alaoui, président de la Fédération de l'énergie. La compensation coûte ainsi 12 milliards de dirhams, soit deux fois le budget du ministère de la Santé, une manne qui aurait pu servir à autre chose. Fetouaki, qui défend la suppression de la subvention, estime qu'il faut éviter les calculs électoraux. “La loi de finances 2007 est la dernière que produira le gouvernement Jettou. Si ce dernier veut faire preuve de pragmatisme, ses ministres politiques n'accepteront aucune solution qui pourrait augmenter les prix à la veille des élections”, explique t-il. Autrement dit, cela sera le statu quo. Si la compensation persiste, pour Alaoui, “il est temps de revoir les mécanismes de subvention pour que l'aide ne profite plus aux riches”. Comment ? Personne ne sait.

Gaz : l'Algérie sollicitée
Demain, les choses seront différentes. En tout cas, c'est ce qui se murmure dans les coulisses de la primature. Le Maroc prépare, en effet, un nouveau plan de libéralisation de l'électricité. Il s'agit de multiplier les sources d'approvisionnement en faisant émerger plusieurs opérateurs et de faire jouer la concurrence pour baisser les prix. Un plan gazier a été initié et une convention signée, début 2006, entre le groupe Akwa, la Samir et l'ONE. Les trois partenaires mettront la main à la poche pour la construction d'un terminal de stockage de GNL (gaz naturel liquifié) et les structures pour un réseau de base. Objectif : produire une électricité moins chère à base de gaz et fournir en énergie les industries du pays. Mais pour cela, il faut la matière première. Le Maroc dispose d'une redevance qu'il perçoit quand le gaz algérien traverse le nord du pays (via Nador) pour atteindre les côtes espagnoles (600 millions de m3 actuellement et 800 après l'achèvement des travaux d'extension en cours). Ce stock a été déjà dispatché sur la centrale à cycle combiné de Tahadart et celle de Beni Mathar, près de Errachidia. Pour concrétiser son plan gazier, le Maroc se tourne donc vers son voisin de l'Est. “Nous parlons économie et non pas politique”, se justifie une source gouvernementale. Est-ce le début d'un changement de stratégie basé sur le pragmatisme économique ? Pas vraiment. Le Maroc dépend en grande partie de l'Algérie en matière de gaz butane et on parle de l'importation de plus de 75% des besoins du marché local.

Nucléaire : silence politique
L'autre option énergétique qui fait son chemin est la construction d'une grande centrale nucléaire. L'ONE avait, du temps de Ahmed Nakkouch, l'ancien directeur général de l'office, présenté au ministère de l'Energie une stratégie dont une partie était consacrée au nucléaire. “L'office ne s'était pas contenté d'une présentation sommaire, il avait auparavant obtenu l'aval des instances internationales et avait identifié le site”, confie une source proche du dossier. Une étude technique a été, en outre, réalisée. Il ne restait, à l'époque, que l'aval politique pour passer à la réalisation. Les premiers signes de l'engagement gouvernemental sur ce chantier ont été émis par Fathallah Oualalou, ministre des Finances. Ce dernier a déclaré au Parlement, lors de la cession de l'automne 2005, que le Maroc se lançait dans l'aventure du nucléaire. Quelques jours après, Mohamed Boutaleb, son collègue en charge de l'énergie, a, toujours au Parlement, complètement nié l'existence d'une quelconque option nucléaire. Cette hésitation des politiques crée une confusion chez les opérateurs du secteur. Alaoui, patron de la Fédération de l'énergie, la commente en termes clairs : “s'il y a gêne sur le dossier nucléaire, que le gouvernement nous le fasse savoir. Si politiquement nous sommes contraints d'abandonner cette option, que le gouvernement le dise clairement”. En creusant davantage, on s'aperçoit que, contrairement à ce sentiment de confusion véhiculé par les déclarations contradictoires des membres du gouvernement, le dossier du nucléaire avance bien et sera maintenu. Une réunion se tiendra cette semaine à la primature pour discuter des modalités du projet de la centrale d'Essaouira. Selon une source proche du dossier, des pourparlers seront entamés prochainement pour passer à la phase de concrétisation. Mais attention, il faut du temps pour construire une centrale nucléaire. On parle déjà de 15 ans si on lance le projet dès maintenant. Le pari sera dur sur le plan financier. Pour une centrale nucléaire d'une capacité de 1200 MGW, il faudrait mobiliser plus de deux milliards d'euros (22 milliards de dirhams sur la base de 11 dirhams l'euro) sur une période de dix ans. C'est cher, mais inévitable, à moins qu'on ne découvre du pétrole ou du gaz au Maroc. Mais cela, c'est une autre histoire.



Oualalou, tiens-toi prêt !

Prix du baril au 18 mai 2006 : 69 $

Hypothèse du budget 2006 : Baril à 60 $
Pas de compensation*

Hypothèse 1 :
Baril à 72 $
Compensation de 5,5 milliards de dirhams**

Hypothèse 2 :
Baril à 80 $
Compensation de 7,7 milliards de dirhams**

Hypothèse 3 :
Baril à 90 $
Compensation de 11,1 milliards de dirhams**

Hypothèse 4 :
Baril à 100 $
Compensation de 14,5 milliards de dirhams**


* Budget élaboré en septembre 2005, à une époque où le prix du baril oscillait entre 40 et 50 $
** Budget additionnel que versera l'Etat, si le baril se maintient à ce niveau de juin à décembre 2006, sans augmentation des prix à la pompe




Calculs. La géopolitique fait flipper

Le climat à l'international laisse sceptique les plus optimistes des analystes. Il est vrai que le baril était indexé légèrement à 69 dollars jeudi 18 avril, il n'en demeure pas moins que tous les ingrédients, qui en font augmenter le prix, sont toujours présents. D'abord sur le plan politique, la crise iranienne et le bras de fer de l'administration Busch avec le Venezuela à cause de sa politique de nationalisations, promettent de garder les prix à des niveaux record. “Personne ne connaît l'issue de ces crises et toute escalade aura un impact sur le prix du baril”, explique un trader en matières premières. A cela s'ajoute le repli de la consommation du pétrole. L'OPEP a annoncé mercredi que ses prévisions sur la croissance mondiale de la consommation du pétrole suivent une tendance baissière. Les Etats-Unis et l'Europe se tournent vers des solutions alternatives et incitent à contenir la consommation de leurs économies respectives. Et qui dit baisse de la demande, vu le niveau de l'offre actuelle, dit maintien de la pression à la hausse.

 
 
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