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N° 226
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benshemsi

Fâcher le roi

Ahmed R. Benshemsi
Réduire les pouvoirs du roi, d’accord. Risquer de le mécontenter, jamais !


C’est cyclique : voilà qu’on reparle de réformer la Constitution. Pourquoi, cette fois ? Parce qu’on cause de plus en plus de 2007 et des élections. C’est le moment pour les leaders de rouler des mécaniques. Leur but : séduire les votants et les militants de base, en démontrant qu’ils ne sont pas aussi inféodés au Palais qu’on le dit. Pour ce faire, quoi de mieux que de réclamer une réforme constitutionnelle ? “Réforme constitutionnelle”… Ah, que ces deux mots sont grisants ! Il
suffit de les prononcer pour se sentir dans la peau d’un jeune opposant en goguette…

Qu’il nous soit permis de ne pas être dupes de ce grossier jeu de rôles. Comme d’habitude, seuls le PSU (Parti socialiste unifié) et le PJD (Parti de la justice et du développement) sont francs du collier. Les gauchistes n’y vont pas par quatre chemins : leur objectif, disent-ils, c’est la réduction des pouvoirs du roi. Ils savent bien qu’ils n’ont aucune chance de l’obtenir, mais au moins, en allant au bout de leur pensée – quitte à fâcher le roi – ils font preuve de courage politique, ce dont leurs bases ne manqueront pas de les créditer. Les islamistes, eux, sont dans l’approche inverse. Pourquoi fâcher le roi puisque cela ne servirait de toute façon à rien ? Autant déclarer crânement que la réforme constitutionnelle n’est pas à l’ordre du jour et que la priorité est ailleurs (aux élections, notamment). Les bases islamistes créditeront leurs leaders de leur pragmatisme, c’est déjà ça.

Quant aux autres, à commencer par les ténors de la Koutla, leur posture est confondante d’hypocrisie. “Nous réclamons une réforme de la Constitution !”, crient-ils en bombant le torse. Avant d’ajouter, mezzo voce, “mais c’est pour renforcer le gouvernement et le Parlement, pas pour affaiblir le roi”. Absurde. Tous les pouvoirs sont pleinement distribués par la Constitution actuelle. C’est mécanique : augmenter ceux du gouvernement et du Parlement ne peut se faire qu’en réduisant ceux du roi. Mais chut, pas de mots qui fâchent. On ne veut rien “augmenter” ni (surtout) rien “réduire”. On veut juste “renforcer” ceci “sans toucher” à cela… Franchement, qui ces gens croient-ils tromper sinon eux-mêmes ?

Le pompon, c’est la forme que ces parangons de courage entendent donner à leur revendication : celle d’un mémorandum adressé au roi. Autrement dit, une note (très) polie, sans aucune obligation de suivi. Soumettre au roi un tel document consiste en fait à lui dire : “Majesté, réduisez vous-même vos pouvoirs, s’il vous plaît”. Mais pourquoi diable le ferait-il ? Comme ça, juste parce qu’on le lui demande gentiment ?
Il y a bien, pourtant, une autre méthode. L’article 103 de la Constitution stipule sans ambiguïté qu’“un ou plusieurs membres d’une des deux chambres (du Parlement)” peut décider de soumettre au vote une proposition de révision constitutionnelle. Tout seul(s), sans rien demander au roi !! Certes, pour qu’une telle proposition passe, il lui faudrait une majorité des deux tiers, ce qui ne serait pas simple à obtenir. Mais en tentant le coup, les états-majors des partis, au moins, enverraient un signal fort d’indépendance et de courage politique. Sauf que du courage, personne n’en a. Réduire les pouvoirs du roi, d’accord. Prendre le risque de le fâcher, jamais ! Le ridicule de la situation est palpable.

Finalement, ce n’est peut-être pas si mal, que la “réforme constitutionnelle” ne soit que du verbiage de politiciens mous du bulbe. Franchement, le Maroc n’a rien à gagner en “renforçant” ces gens-là. La démocratie, ça se mérite.

 
 
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