Fâcher le roi
Réduire les pouvoirs du roi, daccord. Risquer de le mécontenter, jamais !
Cest cyclique : voilà quon reparle de réformer la Constitution. Pourquoi, cette fois ? Parce quon cause de plus en plus de 2007 et des élections. Cest le moment pour les leaders de rouler des mécaniques. Leur but : séduire les votants et les militants de base, en démontrant quils ne sont pas aussi inféodés au Palais quon le dit. Pour ce faire, quoi de mieux que de réclamer une réforme constitutionnelle ? Réforme constitutionnelle
Ah, que ces deux mots sont grisants ! Il |
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suffit de les prononcer pour se sentir dans la peau dun jeune opposant en goguette
Quil nous soit permis de ne pas être dupes de ce grossier jeu de rôles. Comme dhabitude, seuls le PSU (Parti socialiste unifié) et le PJD (Parti de la justice et du développement) sont francs du collier. Les gauchistes ny vont pas par quatre chemins : leur objectif, disent-ils, cest la réduction des pouvoirs du roi. Ils savent bien quils nont aucune chance de lobtenir, mais au moins, en allant au bout de leur pensée quitte à fâcher le roi ils font preuve de courage politique, ce dont leurs bases ne manqueront pas de les créditer. Les islamistes, eux, sont dans lapproche inverse. Pourquoi fâcher le roi puisque cela ne servirait de toute façon à rien ? Autant déclarer crânement que la réforme constitutionnelle nest pas à lordre du jour et que la priorité est ailleurs (aux élections, notamment). Les bases islamistes créditeront leurs leaders de leur pragmatisme, cest déjà ça.
Quant aux autres, à commencer par les ténors de la Koutla, leur posture est confondante dhypocrisie. Nous réclamons une réforme de la Constitution !, crient-ils en bombant le torse. Avant dajouter, mezzo voce, mais cest pour renforcer le gouvernement et le Parlement, pas pour affaiblir le roi. Absurde. Tous les pouvoirs sont pleinement distribués par la Constitution actuelle. Cest mécanique : augmenter ceux du gouvernement et du Parlement ne peut se faire quen réduisant ceux du roi. Mais chut, pas de mots qui fâchent. On ne veut rien augmenter ni (surtout) rien réduire. On veut juste renforcer ceci sans toucher à cela
Franchement, qui ces gens croient-ils tromper sinon eux-mêmes ?
Le pompon, cest la forme que ces parangons de courage entendent donner à leur revendication : celle dun mémorandum adressé au roi. Autrement dit, une note (très) polie, sans aucune obligation de suivi. Soumettre au roi un tel document consiste en fait à lui dire : Majesté, réduisez vous-même vos pouvoirs, sil vous plaît. Mais pourquoi diable le ferait-il ? Comme ça, juste parce quon le lui demande gentiment ?
Il y a bien, pourtant, une autre méthode. Larticle 103 de la Constitution stipule sans ambiguïté quun ou plusieurs membres dune des deux chambres (du Parlement) peut décider de soumettre au vote une proposition de révision constitutionnelle. Tout seul(s), sans rien demander au roi !! Certes, pour quune telle proposition passe, il lui faudrait une majorité des deux tiers, ce qui ne serait pas simple à obtenir. Mais en tentant le coup, les états-majors des partis, au moins, enverraient un signal fort dindépendance et de courage politique. Sauf que du courage, personne nen a. Réduire les pouvoirs du roi, daccord. Prendre le risque de le fâcher, jamais ! Le ridicule de la situation est palpable.
Finalement, ce nest peut-être pas si mal, que la réforme constitutionnelle ne soit que du verbiage de politiciens mous du bulbe. Franchement, le Maroc na rien à gagner en renforçant ces gens-là. La démocratie, ça se mérite. |