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Par Driss Bennani
Un peuple sans mémoire est un peuple mort
| Antécédents |
Abdennasser Banouhachem
Ex-détenu politique, cadre à la Haca
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| 1954. |
Naissance à Tiddas, région de Khémisset. |
| 1976. |
Enlèvement à Rabat. |
| 1984. |
(31-12) Libération. |
| 1986. |
Obtention du baccalauréat. |
| 1992. |
Journaliste à Al Maghrib, puis à lOpinion puis à 2M. |
| 2004. |
Intègre le département du suivi des programmes, chargé des droits humains et de la déontologie |
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Smyet Bak ?
Haddou Ben Mohamed.
Smyet mok ?
Rabha Bent Ahmed.
Nimirou dla carte ?
G 204 688.
Vous avez récemment organisé un sit-in devant le complexe de police où vous avez été enlevé en 1976. Combien de gens parmi les passants ont-ils été sensibles, ce jour-là, à votre cause ?
Organiser ce sit-in ou nimporte quel autre acte de ce genre, cest militer contre loubli. Cest dailleurs loubli qui menace la transition démocratique au Maroc. Il faut que les jeunes générations soient sensibilisées à ce quont enduré leurs aînés, pour que ça ne recommence plus. Le sit-in est une forme de militantisme contre loubli, mais ce nest pas suffisant, jen suis conscient.
Ce nest même pas ça. Regardez lIER, le rapport du cinquantenaire
Malgré tout le tapage officiel, les
Marocains sont déjà passés à autre chose. Nous sommes peut-être un peuple sans mémoire, qui sait ?
Un peuple sans mémoire est un peuple mort qui répétera certainement les mêmes erreurs que celles du passé. Dailleurs, la préservation de la mémoire est une recommandation centrale de lIER. Les Marocains noublient pas, ils intériorisent. Cest dangereux parce que ça finit toujours par exploser, par remonter brutalement à la surface. Doù la nécessité dune lecture et dune analyse scientifique de ce qui sest passé.
Il ny a peut-être pas dexplication rationnelle
Peut-être, mais il y a une vérité. Je veux savoir quelle est la raison détat qui a permis ces exactions. Démontons le mécanisme de la prise de décision pour empêcher que ça se répète. En plus de la monstruosité des actes, il y a leur vanité. Etait-ce utile de déplacer des mutins détenus à la prison centrale de Kénitra vers Tazmamart ? Etait-ce utile de menlever puis de me juger à perpétuité par contumace ?
À quoi rimaient ces actes, qua gagné lEtat dans tout ça ?
Le 31 décembre 1984, vous arrivez devant chez vous à quatre heures du matin, après neuf ans de disparition. Face à vous, votre mère qui nie avoir un fils qui sappelle Abdennasser. Elle refusait de vous croire encore en vie ?
Plus tard, un spécialiste ma expliqué que face à des situations comme celle-là, lêtre humain développe des mécanismes de défense pour ne pas perdre conscience, par exemple. Ma mère a nié me connaître ; de mon côté, je ne la voyais pas, il y avait comme un brouillard
Je voulais fuir cet instant, mes muscles ne mobéissaient plus. Dailleurs, en me voyant, une connaissance a commencé à saigner du nez avant de sévanouir. Elle a même dû être hospitalisée.
Lors de votre arrestation, vous aviez 22 ans, vous avez connu le reste du groupe Banouhachem en prison, et vous avez passé vos neuf ans de disparition forcée dans lindifférence générale.
Vous lavez ressenti comme une injustice ?
Nous étions surtout les seuls enlevés pour des opinions politiques. Les autres, quand ils nétaient pas jugés, étaient enlevés pour usage darmes, par exemple. Bien sûr que nous avons ressenti un sentiment dinjustice, mais il fallait résister. Après les premières séances de torture, je me suis posé la question : suis-je fait pour la politique ou suis-je un simple rêveur ? Jai choisi la deuxième hypothèse mais il ne fallait surtout pas remettre en cause ses convictions à ce moment-là. Il fallait tenir, rester en vie et sortir pour témoigner.
Vous êtes en charge des droits de lhomme et de la déontologie à la HACA, vous croyez vraiment que ce soit une préoccupation grand public ?
Oui parce que dans droits humains, il y a aussi droits économiques et sociaux. Les droits de lhomme sont un pack indivisible.
À quoi aurait ressemblé votre vie sans les neuf ans de disparition forcée ?
Je ne sais. Ils font partie de ma vie et jen suis fier. Jai vécu une expérience unique : être seul avec moi-même pendant neuf ans, me découvrir, agir sur ma personnalité. Il y a évidemment la cicatrice qui ne guérit jamais et ce regret mêlé dangoisse davoir eu si tard mon premier enfant. |
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