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Par Abdeslam Kadiri
Etats-unis. Le scandale des écoutes
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Michael Hayden,
le nouveau patron de la CIA. (AFP)
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Le système sécuritaire américain post-11 septembre est remis en cause. Des compagnies de téléphone ont fourni les relevés d'appel de millions de clients mis sur écoute. Aujourd'hui, la CIA est confiée à un militaire. Changement de cap en vue ?
Abyssus abyssum invocat. L'abîme appelle l'abîme. Empêtré dans le bourbier irakien, critiqué aussi bien par l'opposition démocrate que par son propre clan républicain et relégué au rang de troisième président américain le plus impopulaire du dernier demi-siècle (derrière Richard Nixon et Jimmy Carter), George W. Bush affronte une nouvelle |
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tempête. Le quotidien USA Today a révélé le 11 mai que L'Agence de sécurité nationale (NSA) collecte en secret des relevés d'appels de dizaines de millions d'Américains depuis les attentats du 11-Septembre. Comment ? Ce service du Pentagone spécialisé dans l'espionnage électronique a exigé des grandes compagnies de lui livrer leurs fichiers de 220 millions d'abonnés. Et la plupart ont coopéré : ATT, Bellsouth, Verizon
C'est la plus grande base de données jamais constituée dans le monde, confie au journal une source anonyme.
Qui communique avec qui ?
À six mois des élections de mi-mandat, l'alerte est très chaude pour le président. Bush junior a aussitôt tenté de désamorcer l'affaire, en précisant qu'il ne s'agissait pas d'écoutes, que l'unique objectif était de lutter contre Al Qaïda et que rien d'illégal n'avait été commis : Il est important que les Américains comprennent que nos activités visent strictement Al Qaïda et ses affiliés connus, a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. La vie privée des Américains est protégée avec acharnement (
) Nous ne fouillons pas dans la vie personnelle de millions d'Américains innocents.
De fait, il ne s'agit pas à proprement parler d'écoutes, contrairement à l'affaire des grandes oreilles révélée en décembre dernier par le New York Times. Le quotidien avait levé un gros lièvre. La Maison Blanche avait autorisé la NSA à se brancher sur les lignes de centaines de personnes suspectées de connexions terroristes
sans l'autorisation d'aucun tribunal.
Cette fois, à la différence de communications passées à l'international, il s'agit du stockage des relevés de millions de communications passées à l'intérieur des Etats-Unis. La NSA n'a pas enregistré le contenu des communications intérieures des Américains mais les relevés d'appels lui permettent de savoir qui communique avec qui. Le but ? Cerner les appels vers des interlocuteurs repérés pour leurs liens avec Al Qaïda. Les experts de la NSA doutent de l'efficacité d'un tel procédé. Mais l'affaire met le Congrès en ébullition.
Les compagnies sur le fil
Ces pratiques ont relancé le débat sur l'équilibre entre lutte antiterroriste et protection des libertés. L'opinion aux Etats-Unis ne semble toutefois pas partager les inquiétudes de la presse et des parlementaires. Selon un premier sondage ABC-Washington Post réalisé jeudi, 63 % des Américains jugent le programme acceptable. Mais selon un second sondage, publié samedi par Newsweek, 53 % pensent que la NSA va trop loin en empiétant sur leur vie privée, tandis que 41 % estiment qu'il s'agit d'un outil nécessaire contre le terrorisme.
Les compagnies de téléphone ayant collaboré avec la NSA se retrouvent, quant à elles, dans une position inconfortable. Des clients du numéro un du secteur, Verizon, ont engagé à New York des poursuites judiciaires, réclamant au groupe cinq milliards de dollars pour les dommages subis. D'après les plaignants, Verizon a violé la législation puisqu'une loi de 1986 (Stored Communication Act) interdit aux compagnies de téléphone de transmettre des relevés au gouvernement sans un mandat de justice. Une seule des grandes compagnies, Qwest, a refusé de fournir de tels documents à la NSA, par crainte de tomber dans l'illégalité. La NSA, semble en effet avoir agi en dehors de tout cadre et une association de libertés publiques de San Francisco, l'Electronic Frontier Fondation (EFF) a porté plainte contre ATT pour violation de la vie privée de ses clients.
La CIA aux mains des militaires
Ces révélations n'arrivent pas au meilleur moment pour la Maison Blanche. Elles offrent un nouveau grief à l'opposition démocrate. Michael Hayden, que vient de nommer le président à la tête de la CIA, a présidé à la mise en oeuvre du programme de surveillance lorsqu'il dirigeait la NSA, de 1999 à 2005. Or Hayden, actuel bras droit du DNI (directeur national du renseignement), John Negroponte, doit être entendu par le Sénat qui doit avaliser sa nomination. De plus, les agents vivent très mal l'arrivée de ce militaire à la tête de la CIA.
L'arrivée de Hayden, après la démission d'un Porter Goss réduit au rôle de laquais, est lourde de sens. Elle montre que Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, et les néo conservateurs qui gravitent autour de Bush ont réussi leur putsch invisible, écrit Philippe Chapleau dans l'édition de Ouest France du 9 mai. En fait, Porter Goss a été à la fois la cause et la victime d'une fuite des élites sans précédent. Depuis son arrivée, une dizaine de dirigeants ont plié bagages. Sur le terrain, à court d'agents expérimentés, il a dû envoyer des débutants dans des postes aussi exposés que Bagdad ou Kaboul.
Agence civile, la CIA et ses 17 000 employés sont dans le collimateur de Donald Rumsfeld qui se charge de dénigrer leur action ou de monter en épingle le moindre de leurs coups tordus. Une fois reprise en main par les militaires, la CIA, qui s'était opposée à la guerre en Irak, rejoindrait la NSA et la DIA (Défense Intelligence Agency), toutes deux déjà sous contrôle militaire. Cette mainmise ne semble être qu'une des manuvres lancées par Rumsfeld et ses cowboys qui souhaitent étendre radicalement les compétences du ministère de la Défense en matière d'espionnage, analyse Philippe Chapleau. Le Pentagone est désormais en mesure de faire opérer, où bon lui semble et sans avoir besoin d'une autorisation présidentielle, des équipes clandestines du Joint Special Operations Command. Sur le territoire même des Etats-Unis, la création du Northern Command a permis à l'armée de s'attribuer des pouvoirs de police et d'y conduire des opérations de renseignement dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Au Sénat où se tiennent les auditions du général Hayden, certains opposants sont bien décidés à faire barrage au nouveau patron de la CIA. Mais ils savent que c'est Donald Rumsfeld lui-même qu'ils vont devoir affronter. |
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CIA. Les raisons d'une déconfiture
La célèbre agence d'espionnage a perdu son rôle clé dans le renseignement américain. Mise à terre par le double fiasco des attentats du 11-Septembre qu'elle n'a pas vus venir, puis par les armes de destruction massive de Saddam Hussein qu'elle a cru voir venir, la CIA a, coup sur coup, perdu de son aura.
Donald Rumsfeld a voulu reprendre les choses en main. Il a discrédité l'agence en médiatisant les récents scandales qui ont éclaboussé la CIA : de l'affaire Valerie Plame (du nom de cet agent dont le nom a été ébruité par la presse), aux prisons clandestines de la CIA en passant par le récent scandale de corruption entre prostituées, membres du Congrès et fournisseurs du Pentagone. Enfin, Washington se méfiait de la fiabilité des candidats de la CIA (peur d'être infiltré par Al Qaïda). Résultat : la CIA est devenue une simple source parmi les quinze agences fédérales d'espionnage. Même le briefing quotidien du président, dévolu désormais au DNI,John Negroponte, échappait à Porter Goss, ces derniers mois. |
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