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N° 226
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen Orient

Israël. Qui est vraiment Ehud Olmert ?

De gauche à droite : Amir Peretz,
leader du parti travailliste,
Ehud Olmert et la vice-premier
ministre et ministre des AE
Tzipi Livni. (AFP)

Qui est Ehud Olmert, le nouvel homme fort d'Israël ? Tout juste connu comme successeur d'Ariel Sharon, le nouveau premier ministre israélien est un ex-militant d'extrême droite “repenti”. Portrait d'un centriste de la dernière heure.


Il a longtemps vécu dans le mythe d'un Israël qui irait de la mer Méditerranée jusqu'en Irak, “sur les deux rives du Jourdain”. Aujourd'hui, il est convaincu que l'Etat hébreu ne peut régner indéfiniment sur les Palestiniens sans perdre son caractère “juif et démocratique”. Qu'est-ce qui a donc fait changer Ehud Olmert ? Un
simple calcul : “Le moment le plus douloureux de ma vie a été le jour où j'ai découvert que la comptabilité était plus forte que l'histoire et la géographie d'Israël. J'ai découvert que si nous nous entêtions à tout garder, en 2020, il y aurait 60% d'Arabes et 40% de juifs”. Aujourd'hui, Olmert prône le démantèlement de dizaines de colonies isolées en Cisjordanie, s'attirant les foudres de la droite et des colons. Il a d'ailleurs été l'un des principaux artisans du retrait de Gaza en 2005, après 38 ans d'occupation. Fin mars 2004, avant même que Sharon ne révèle sa décision d'évacuer les 8000 colons des 21 colonies de Gaza, Olmert affirmait qu'Israël devait “se séparer au plus vite” des Palestiniens.

Les années ultra-nationalistes
Un changement radical pour un homme qui a grandi dans un milieu ultra- nationaliste. Son père a été député du parti d'ultra-droite, le Hérout, dans les années 1960. A l'adolescence, Ehud Olmert milite au Betar, l'organisation de jeunesse du Hérout. Il devient même le dirigeant de sa branche estudiantine pendant ses études de psychologie et sciences politiques puis de droit à l'Université de Jérusalem. Elu plus jeune député du Parlement sur la liste du Likoud, parti de droite nationaliste, en 1973, il fait partie de la branche dure de la formation politique et pousse à la création de colonies en Cisjordanie et à Gaza. Pendant son mandat de dix ans comme maire de Jérusalem, il encourage la colonisation juive dans la partie orientale de la ville. Olmert s'oppose également aux accords d'autonomie de 1993 avec les Palestiniens. Même intransigeance à l'étranger : en 1978, il vote contre les accords de Camp David qui rétrocèdent à l'Egypte les territoires conquis par Israël en 1967 en échange de la paix.

Le nouveau dogme d'Olmert
Mais ce n'est pas parce que le premier ministre israélien a tourné le dos à l'extrême droite qu'on peut le taxer d'angélisme ; démanteler les colonies, oui, ne pas avoir la haute main sur de larges parties du territoire, non : Olmert veut notamment garder le contrôle des blocs de colonies de la vallée du Jourdain. Et il veut tracer les frontières d'Israël, avec ou sans partenaire palestinien : Israël fixera unilatéralement ses frontières si l'Autorité palestinienne ne “coopère pas”, a-t-il récemment affirmé, insistant sur le fait que le gouvernement palestinien dirigé par le Hamas ne serait “jamais un partenaire”. “Lorsque nous serons parvenus à la conclusion que l'Autorité palestinienne traîne les pieds et se dérobe à des négociations sérieuses, nous agirons d'une autre façon”, a-t-il menacé. “Si l'Autorité palestinienne ne coopère pas, nous agirons par nous-mêmes pour fixer des frontières qui nous permettront d'être en mesure de nous défendre”.

Intrus dans une famille de gauche
À 60 ans, cet homme politique chevronné, qui a quarante ans de militantisme politique derrière lui, est pourtant la brebis galeuse de sa famille. Sa femme, Aliza, est de gauche, tout comme ses quatre enfants. L'une de ses filles a même été très active dans une association de femmes se postant aux barrages de l'armée israélienne pour tenter de réduire le temps d'attente des Palestiniens et les aider à se faire comprendre des soldats israéliens. “C'est un fait avéré en Israël. Chez les Olmert, il n'y a que le père qui soit à droite”, dit son fils Shaoul, qui vit aux Etats-Unis. En trente-cinq ans de vie commune, Aliza Olmert a voté pour la première fois le 28 mars dernier pour la liste conduite par son mari, estimant qu'il s'est départi des idées ultra-nationalistes qu'elle abhorre depuis toujours. “J'ai voté cette fois en faveur de Kadima mais je dois avouer que je l'ai fait avec une certaine hésitation”, avoue-t-elle. Pour les Israéliens autant que pour sa famille, Olmert devra montrer que les bottes de Sharon ne sont pas trop grandes pour lui.



Amir Peretz. Une colombe à la Défense

En Israël, le poste de ministre de la Défense est habituellement attribué à d'anciens militaires de haut rang. C'est pourtant à Amir Peretz, ancien syndicaliste et leader du Parti travailliste, qu'il a échu cette fois. A 54 ans, il avait déjà créé la surprise en remportant les primaires de son parti face à Shimon Peres, figure historique des travaillistes, et en écrasant ses autres rivaux, tous d'anciens généraux. Issu d'un milieu populaire, Peretz, né au Maroc, est le premier sépharade, ou juif oriental, à conduire à des élections le parti travailliste. Sur le dossier palestinien, il est considéré comme une colombe. Il est pour l'instant le seul leader politique israélien à avoir rencontré Mahmoud Abbas, avec qui Israël a pratiquement coupé les ponts depuis la victoire du Hamas aux législatives du 25 janvier. De petite taille, il porte une moustache poivre et sel qui est devenue son image de marque. C'est son parcours atypique de leader issu du peuple qui interpelle.



Tzipi Livni. L'étoile montante de la politique israélienne

Beaucoup de ses compatriotes la voient déjà au poste de premier ministre. Depuis qu'elle a suivi Ariel Sharon en claquant la porte du Likoud et qu'elle l'a soutenu envers et contre tout, Tzipi Livni n'a cessé de monter en grade et dans l'estime des Israéliens. La nouvelle ministre des Affaires étrangères est aussi vice-premier ministre, c'est-à-dire qu'elle pourrait être amenée à remplacer Ehud Olmert en cas de pépin... La numéro deux du gouvernement est, à l'instar de ce dernier, issue d'une famille ultra-nationaliste mais elle a aussi été l'avocate du retrait de Gaza. Cette juriste et mère de deux enfants a travaillé pour le Mossad en tant qu'experte en droit commercial. Depuis son entrée à la Knesset, le parlement israélien, en 1999, sa carrière a été fulgurante. C'est elle qui, à peine arrivée à son nouveau poste, persuade la communauté internationale d'isoler le gouvernement du Hamas. Mais c'est aussi elle qui, fait sans précédent pour un ministre israélien, a explicitement établi une différence entre les attaques palestiniennes visant des objectifs militaires et celles contre des civils, estimant que seules ces dernières sont des actes de terrorisme. A 47 ans, Tzipi Livni est devenue la femme la plus puissante d'Israël.

 
 
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