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N° 227
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Si seulement M6 se détendait un peu...”

Antécédents
Ignacio Cembrero
Journaliste à El Pais. (DR)

1954. Naissance à Madrid.
1979. Intègre la rédaction d’El Pais.
1986. Publie les premières photos des otages espagnols au Liban.
1996. Coordinateur d’un programme européen pour promouvoir la démocratie dans les pays de la rive sud de la Méditerranée.
2006. Sortie de son premier ouvrage “Voisins éloignés”, sur les relations maroco-espagnoles.
Smyet Bak ?
Carmelo Cembrero.

Smyet mok ?
María Pilar Vázquez.

Nimirou d’la carte ?
50812984G.

Vous publiez un livre-enquête sur les relations maroco-espagnoles. Si cela devait être résumé en une phrase, ce ne serait pas : “deux voisins arrogants qui n'ont pas encore digéré leur histoire commune” ?
Non, plutôt une grande incompréhension, une grande méconnaissance mutuelle plus accentuée sans doute du côté espagnol que du côté marocain. Cette ignorance du voisin est à l’origine de plusieurs malentendus et de maladresses.

Pour votre enquête, vous avez eu accès à plusieurs hauts responsables marocains, vous avez été le premier journaliste espagnol à interviewer Mohammed VI... Alors que quelques semaines auparavant, vous étiez présenté comme un espion des services espagnols. Que s'est-il passé entre-temps ?
Je ne sais pas. J’en suis réduit à faire des déductions. Je suppose, mais je n’en suis pas sûr, que la relation avec l’Espagne s’est améliorée avec l’arrivée des socialistes au pouvoir et que cela a eu des conséquences sur la relation avec mon journal, supposé être proche des socialistes. Je suppose aussi qu’à tout prendre, El País était le journal espagnol le moins critique vis-à-vis des autorités marocaines. C’est donc à travers lui qu’il fallait commencer la réconciliation avec la presse espagnole.

Quelle impression Mohammed VI vous a-t-il faite, pendant l’interview ?
Je dirais, comme Ana Palacio, la ministre des Affaires étrangères d’Aznar, que le roi possède sans doute une grande intelligence émotionnelle. Mais les journalistes qui ont eu le privilège d’interviewer Sa Majesté ne sont peut-être pas les mieux placés pour s’en faire une idée. Le roi est aimable, accueillant, mais aussi tendu face à la presse. Il ne prend pas plaisir à transmettre ce qu’il a en tête pour le royaume, à expliquer ses projets, car il se sent scruté, jugé par son interlocuteur. Si seulement il se détendait un peu... Si seulement il communiquait un peu plus ! J’ai rencontré beaucoup de personnes, sans rapport avec le journalisme, qui ont été reçues en audience. C’est d’un autre roi qu’elles me parlent !

À Laâyoune, vous avez été autorisé à entrer dans la ville alors que la délégation de journalistes qui vous accompagnait a été refoulée. Qui vous pistonne au Maroc ?
Ceux-là même qui me causaient des ennuis du temps de la crise entre nos deux pays. Non, plus sérieusement, je pense que des portes se sont entrebâillées, parfois même ouvertes, au Maroc. La preuve c’est que pour mon livre, de hautes personnalités marocaines ont accepté de me rencontrer, non pour m’expliquer que le Maroc était le plus beau pays du monde mais pour me raconter, par exemple, dans le détail, comment le roi et ses collaborateurs avaient passé la nuit du 16 au 17 juillet 2002, jusqu'à ce que les Espagnols délogent, à l’aube, les Marocains du fameux îlot.

Comment peut-on expliquer l'unanimité en Espagne contre la marocanité du Sahara ?
Ce n’est pas l’unanimité, mais c’est une large majorité. Parce qu’il y a une mauvaise conscience collective, soigneusement entretenue, d’avoir “trahi” le peuple sahraoui.

Peut-on parler d'un complexe marocain en Espagne ?
Plutôt d’un complexe anti-marocain. Cela explique aussi les sentiments au sujet du Sahara. L’homme de la rue est “anti- moro” et les sondages sont là pour le rappeler de temps en temps. Les étrangers dont l’Espagnol moyen se méfie le plus sont les Marocains. Les années passent, Franco meurt, la démocratie arrive, les socialistes prônent les vertus du Maroc mais rien n’y fait, la perception est toujours aussi négative. Cela dit, quand un Marocain assassine un Néerlandais à Amsterdam, il y a une violente poussée raciste aux Pays-Bas. Quand des Marocains participent à des attentats à Madrid qui causent 192 morts, il y a juste quelques insultes dans la rue. Tant mieux !

Avec le recul, quelle est la question que vous regrettez de ne pas avoir posée à Mohammed VI ?
Comment Sa Majesté souhaite-t-elle que le Maroc soit dans 20 ans ? Quels seront les pouvoirs des différentes institutions ? Quel rôle joueront alors les partis politiques ? Mais je ne désespère pas d’obtenir une deuxième interview du roi avant 2026.

 
 
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