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Par Par Selma Mestiri
correspondante au Moyen Orient
Hamas/Fatah. Sanglante cohabitation
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Ismaïl Haniyeh
et Mahmoud Abbas. (AFP)
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Vingt ans de frictions entre le Fatah et le Hamas ont abouti ces dernières semaines à des heurts interpalestiniens meurtriers. Pour sortir de l'impasse, Mahmoud Abbas a évoqué la possibilité d'un référendum.
Une dizaine de morts, des tentatives d'attentat contre des responsables du Fatah et des heurts quasi quotidiens entre partisans du Hamas et du Fatah : les violences qui frappent les territoires palestiniens depuis plusieurs jours couvaient depuis longtemps. Leur explosion, notamment à Gaza, a pourtant fait craindre aux responsables politiques |
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l'aggravation d'une situation déjà précaire, aux niveaux politique, social et économique. Un dialogue national interpalestinien s'est donc ouvert le 25 mai, regroupant tous les mouvements palestiniens, pour tenter de mettre fin aux violences et relancer la lutte pour la libération nationale. Mais le Fatah et le Hamas, à couteaux tirés, paraissent bien loin de parvenir à un accord. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a accordé un délai de dix jours aux deux rivaux pour s'entendre sur un programme politique, faute de quoi il organisera un référendum sur une initiative élaborée par des dirigeants de différentes factions palestiniennes emprisonnés en Israël. Sa proposition a d'ores et déjà été qualifiée par le Hamas de tentative de pression.
Une vieille rivalité
À l'origine, de profondes divergences idéologiques divisent les deux mouvements. Le Fatah est l'héritier du courant nationaliste panarabe, mené par Gamal Abdel Nasser; le Hamas, lui, est issu de la mouvance islamiste des Frères musulmans. En 1987, au moment de la première Intifada, les deux camps se livrent déjà à une vraie lutte de pouvoir. Le Hamas conteste la suprématie de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui regroupe tous les mouvements nationalistes, dans la lutte pour la libération nationale. Le mouvement vient de naître et refuse de combattre aux côtés du Fatah.
Mais la vraie rupture date de 1988, lorsque l'OLP reconnaît le principe de deux Etats, israélien et palestinien, établis côte à côte. En 1993, le fossé s'élargit avec la signature des accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne, rejetés par le Hamas qui les considère comme une trahison. Il estime même que l'une des principales raisons pour lesquelles Yasser Arafat et l'OLP ont signé ces accords, c'est parce qu'ils ont voulu l'affaiblir et contrer sa montée en puissance.
Aujourd'hui, si la crise économique dans les territoires a envenimé les choses, la question de la force de sécurité créée par le Hamas a fait exploser la situation. Plus de mille activistes des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, issues du Fatah, ont d'ailleurs manifesté à Gaza pour proclamer leur allégeance à cette nouvelle force paramilitaire du Hamas. Forte de 3000 hommes, en majorité venus des rangs de la branche armée du mouvement islamiste, les Brigades Ezzeddine al-Qassam, cette force a été jugée illégale par la présidence de l'Autorité palestinienne. Abbas a envoyé les forces palestiniennes de sécurité pour contrer ce déploiement, provoquant une flambée de contestation et de violences.
Sous le regard d'Israël
Tout cela est de la faute d'Israël, a accusé le ministre palestinien des Affaires étrangères issu du Hamas, Mahmoud Zahar. L'escalade de la violence sert les projets politiques du gouvernement israélien, qui envisage des mesures unilatérales en prétextant qu'il n'a pas de partenaire palestinien, a-t-il affirmé. Le ministre faisait ainsi allusion au projet du chef du gouvernement israélien, Ehud Olmert, de démanteler des colonies juives isolées en Cisjordanie tout en maintenant les plus peuplées, pour tenter de fixer les frontières définitives de l'Etat hébreu. Olmert a affirmé vouloir négocier avec un partenaire palestinien mais a averti qu'Israël n'attendrait pas indéfiniment et n'accorderait pas aux Palestiniens de droit de veto empêchant d'avancer vers la paix. Les luttes intestines palestiniennes et le radicalisme du Hamas, qui persiste à ne pas reconnaître l'Etat hébreu et à ne pas renoncer à la violence, pourraient donc permettre aux Israéliens de faire accepter à la communauté internationale un tracé unilatéral des frontières. Les récents heurts ont porté un coup à notre image de combattants de la liberté aux yeux de l'opinion publique, a estimé Ismaïl Haniyeh.
Non à la guerre civile
Les deux parties continuent pourtant d'exclure une guerre civile. Le terme guerre civile ne fait pas partie de notre vocabulaire et grâce à Dieu, une guerre civile n'aura pas lieu, a affirmé Haniyeh, en insistant sur la nécessité du dialogue et d'une unité nationale entre les mouvements palestiniens face à l'occupant israélien. Abbas avait auparavant assuré qu'une guerre civile était exclue. La guerre civile est une ligne rouge que personne n'oserait franchir, a-t-il martelé à Charm-el-Cheikh, en Egypte, où il a par ailleurs rencontré de hauts responsables israéliens pour la première fois depuis l'accession du Hamas au pouvoir. Le dialogue interpalestinien est considéré par les responsables politiques comme l'une des dernières chances pour éviter que les territoires palestiniens ne sombrent dans la violence. Le référendum proposé par Mahmoud Abbas consisterait à soumettre au vote populaire des propositions élaborées par des cadres palestiniens détenus en Israël, dont Marwan Barghouthi, si les désaccords politiques entre le Fatah et le Hamas perdurent au-delà d'un délai de dix jours. Elles suggèrent notamment de confiner la résistance aux territoires occupés -c'est à dire de ne plus faire d'attentats en Israël-, de former un gouvernement d'union nationale et de créer un Etat palestinien dans les territoires occupés par Israël en 1967, ce qui constituerait une reconnaissance implicite d'Israël. L'éventualité a déjà été rejetée par le Hamas et laisse présager d'âpres discussions entre les parties. |
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Alliance. L'appui de Bush à Olmert
Pour sa première visite à l'étranger, Ehud Olmert s'est rendu à Washington. Et il ne pouvait pas espérer meilleur accueil: le président américain a qualifié ses propos sur le tracé unilatéral des frontières d'audacieux. Ils pourraient constituer un pas important vers la paix, a-t-il estimé. Si d'éventuelles négociations avec les Palestiniens échouent, Israël pourra donc, comme d'habitude, compter avec le soutien de Washington. Olmert a malgré tout déclaré vouloir épuiser tous les moyens pour conclure un accord de paix avec les Palestiniens avant d'agir unilatéralement. Je tends la main en signe de paix à Mahmoud Abbas, a déclaré de nouveau mercredi M. Olmert devant le Congrès américain. Des déclarations aussitôt jugées peu encourageantes par le Hamas, qui l'a accusé de mentir. |
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