Travail, santé, logement... L'AMDH répond à l'Etat
Pédophilie. Double scandale
Bouya Omar. Reportage en enfer
Casablanca. La Star Ac' recrute
Hamas/Fatah. Cohabitation périlleuse
Égypte. Kefaya, ça ne suffit pas
Rabat-Salé. Bataille autour des ordures
Portrait. Bouab par la grande porte
Musique. La tribu des Batma
Thidrin. Les Ghiwane du Rif
N° 227
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

De (g. à d.) Abdelkrim Mouhafidi
et Abderrahim boualem. (AFP)

Otages marocains. Morts, sauf miracle 

Abderrahim Boualem et Abdelkrim Al Mouhafidi, les deux otages marocains en Irak, sont sans doute morts depuis longtemps. Cette thèse, dont tous les observateurs du chaos irakien sont convaincus, a été un peu plus accréditée le 23 mai par les aveux de Ziad Khalaf al-Karbouli. Capturé par la Jordanie, ce ressortissant irakien a en effet avoué avoir pris part à l’enlèvement des deux Marocains, le 20 octobre 2005, et les avoir livrés quelques jours plus tard à la branche irakienne d’Al Qaïda menée par Abou Moussab al-Zarqaoui. Les derniers doutes sur l’authenticité du message condamnant à mort les Marocains, et
délivré par Zarqaoui le 3 novembre, sont donc levés. Contrairement aux groupuscules mafieux, auteurs des enlèvements d’autres otages libérés par la suite (la Française Florence Aubenas, l’Italienne Giuliana Sgrena…), Zarqaoui n’a jamais demandé de rançon pour ses otages. Selon un diplomate en poste à Amman contacté par TelQuel, “le poids politique et financier des deux otages marocains est de toute façon quasi nul. Il est extrêmement improbable que les ravisseurs aient couru autant de risques en les maintenant en vie aussi longtemps”.
Suite aux aveux d’al-Karbouli, le ministère des Affaires étrangères marocain s’est contenté de diffuser un communiqué affirmant qu’“il n’y a aucun indice prouvant que les deux citoyens marocains ont été tués”. Ni aucun indice prouvant le contraire… Pour peu que Zarqaoui n’ait pas pris la peine de filmer leur exécution, la situation pourrait durer ainsi éternellement. On imagine la détresse des familles…


Années de plomb. La vérité sur le cas Ouazzane

Une délégation du CCDH est attendue le 27 mai à Agdz, où elle s’apprête à déterrer une trentaine de corps à d’anciens prisonniers politiques morts dans le centre de détention secrète de la ville. Des prélèvements seront effectués sur place pour effectuer, plus tard, des tests ADN. Parmi les corps à identifier figure celui de Belkacem Ouazzane, l’un des plus célèbres disparus des années de plomb. Ouazzane, ancien agent d’autorité, avait été arrêté en 1973 suite aux événements de Moulay Bouazza. Libéré après un passage par la prison centrale de Kénitra, il a depuis disparu, probablement enlevé par des agents des services. A signaler que le Forum vérité et justice sera également présent pour assister à l’opération de déterrement à Agdz, sur demande expresse de la famille Ouazzane.


Ben Barka. Les témoins défilent

Le juge Patrick Ramaël, qui instruit l’affaire Ben Barka en France, a auditionné Driss Basri, lundi dernier à Paris. Le procès verbal consigné à l’occasion n’apporte rien de nouveau, chose que Basri a d’ailleurs confirmée dans une déclaration à l’AFP (“Je ne connais pas l’affaire, je n’y ai pas été mêlé”). Mais il est possible, d’après nos sources, que Basri soit de nouveau convoqué par le juge. Un autre témoin risque de repasser devant le juge, Raymond Sasia, ancien responsable de la sécurité de Hassan II, auditionné quelques jours auparavant.
À Paris, les péripéties du dossier Ben Barka semblent suivies du plus grand intérêt par le département Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur.


Taoujni. Son retour sera chaud

Réda Taoujni, le président de l’ASM (Association du Sahara marocain) a été victime d’une agression, dimanche dernier, qu’il semble imputer à des éléments proches du Polisario. L’agression, qui a eu lieu à Malaga où réside Taoujni, intervient au moment où l’intéressé prépare son retour définitif au Maroc, et plus précisément à Casablanca, où il est attendu dans une dizaine de jours. Taoujni et son association, pour rappel, avaient choisi d’établir leur plate-forme en Espagne dans ce qui ressemblait bien à un exil en 2003. Ils avaient toujours conservé des bureaux actifs au Maroc.


Amnesty. Le rapport qui fâche

Dans son rapport rendu public le 23 mai, Amnesty International (AI) ne manque pas de titiller le Maroc. Sur le chapitre de l’IER, “aucune proposition n’est faite en vue d’obliger les auteurs présumés des violations à rendre compte de leurs actes”. Côté lutte contre le terrorisme, AI trouve scandaleux que 1500 personnes aient fait l’objet de poursuites pénales et qu’il y ait 4 condamnations à mort. Au Sahara, c’est surtout la mort suspecte de Hamdi Lembarki qui noircit le tableau. Enfin, “les restrictions persistantes à la liberté d’expression” ne manquent pas d’alerter les auteurs du rapport. Verdict : peut mieux faire.


Réformes. Le Figaro sceptique

Prenant prétexte de la convocation de Driss Basri par le juge Patrick Ramaël dans l’affaire Ben Barka, le quotidien français Le Figaro a publié un article qui doute de la volonté du roi Mohammed VI de démocratiser le Maroc. Rappelant le camouflet subi par le juge lors de sa commission rogatoire à Rabat, le journaliste Thierry Oberlé note que le roi, tout en se montrant “réformateur sur les droits de l’homme”, s’avère être “réticent sur le terrain des institutions politiques”. En perspective des élections de 2007, le journal note que le roi “acceptera de laisser les islamistes gouverner s’ils lui sont totalement soumis”. À un moment où la réforme constitutionnelle est à l’ordre du jour, Le Figaro note quand même que “depuis sept ans, il n’a jamais été question de revoir le partage du pouvoir”. Un diagnostic cruel, mais juste.



Billet. La barbe !

Driss Ksikes

2007 devient (déjà) synonyme de l’éventuelle victoire du PJD. Cela se ressent partout. Après l’Institut de sondage républicain qui a accordé 47% des intentions de vote au parti islamiste, c’est au tour du Financial Times de le présenter comme “un parti acceptable par Washington”. Et même “plus acceptable que Hamas et les Frères musulmans”. Voilà qui peut rassurer outre-Atlantique. Au Maroc, les choses prennent une toute autre tournure, mais le résultat est le même : le PJD est mis à toutes les sauces. Il est l’objet d’une prise de bec au Parlement avec les istiqlaliens, qui commencent (déjà) à se positionner par rapport à lui. Les défenseurs de la liberté le présentent (à raison) comme un épouvantail du “Marock” qui vit. Ses porte-plumes au Mouvement Unification et Réforme (MUR) se sentent obligés, à la Une d’Attajdid, de tourner au ridicule les prémonitions d’un tsunami marocain. Très attentif à “la démocratisation en trompe-l’œil” au Maroc, Le Figaro (lire ci-dessous) prédit que le PJD n’aura accès au gouvernement que s’il se montre “complètement soumis au roi”. Il ajoute que, de toute façon, le pouvoir est cadenassé en haut lieu, et que le partage du pouvoir avec le PJD ou un quelconque autre parti n’est pas à l’ordre du jour. Mais alors, pourquoi tant de frénésie à propos de 2007 ? Derrière cette focalisation médiatique sur les “barbes lisses” du PJD, plusieurs observateurs lucides attendent peu, en fait, de 2007. Faute de partis qui puissent renouent (vraiment) le contact avec la société, faute de leader visionnaire qui propose une politique alternative viable et juste, faute de pressions pour que le roi revoie ses pouvoirs à la baisse, faute de tout cela, 2007 semble (déjà) une formalité. Vu sous cet angle, passer plus d’une année à “PJDiser” finira par nous sembler... barbant.



Audiovisuel. Maroc Telecom s’y met aussi

Le boom de l’audiovisuel continue. Après les licences de radio et de télévision, c’est Maroc Telecom qui décroche une précieuse autorisation pour une offre de télévision par ADSL, sur une durée de trois ans, renouvelable une fois. Pour cette autorisation, l’opérateur historique a payé près de six millions de dirhams. Et bientôt, Maroc Telecom pourra vendre à ses abonnés des packs contenant 44 chaînes de télévision par ADSL, et non des moindres. Foxlife, National Geographic, Art sport, Art Cinéma, les Rotana, en plus des traditionnels TVM et 2M et d’autres chaînes thématiques pour jeunes ou pour adolescents. Reste une inconnue : le prix.


Al Adl. Parti en vue ?

Le cercle politique d’Al Adl Wal Ihsane réfléchirait, d’après certaines confidences, à l’éventualité de se muer, une bonne fois pour toutes, en formation politique…après les élections de 2007. Cette idée germe au moment où la Jamaâ a vu 30 de ses membres (140, d’après son communiqué) interpellés, mercredi dernier à Témara, pour distribution de tracts en public. “Cela reste une surprise puisque les militants de la Jamaâ ont déjà mené des opérations similaires (distribution de tracts) dans d’autre villes du royaume, notamment à Casablanca et Oujda, sans être inquiétés”, explique un spécialiste du mouvement de Yassine.


Conduite. Tu ne doubleras point !

À Agadir, on ne parle que du cas de ce jeune avocat qui a eu la mauvaise idée de doubler la voiture royale, alors qu’il se rendait d’urgence au tribunal d’Inezgane où il avait une affaire à plaider. “En quittant le tribunal d’Inezgane, sa voiture avait disparu”, nous a indiqué un autre avocat. D’après nos informations, le malheureux conducteur a été, par la suite, vivement secoué dans une séance d’interrogatoire au poste de police. Depuis, il refuse de dire un mot sur ses déboires. Aucune poursuite n’aurait été engagée contre lui, mais des avocats du barreau d’Agadir réfléchissent à la possibilité d’émettre un communiqué de soutien : “Il faut que l’on sache quel est le problème, au juste : rouler trop vite ou doubler la voiture du roi ?”. Sûrement les deux.


Insécurité. Le ras-le-bol du peuple

Les habitants de Khénifra organisent, mercredi prochain, un sit-in de 30 minutes devant les sièges de la police et de la gendarmerie de la ville. Ils entendent ainsi protester contre le regain de violence et le climat d’insécurité qui a envahi la ville et sa région, depuis plusieurs mois déjà. “Vol de bétail, agressions avec port de cagoules, enlèvements de jeunes femmes... La situation est d’autant plus inquiétante que la police semble en sous-effectifs”, explique Aziz Akkaoui, président de la section locale de l’AMDH, qui encadre le sit-in. Khénifra s’ajoute ainsi à la liste (Fès, Fqih Ben Salah...) des villes “insécurisées” du royaum.



3 questions à Rachid Nini (Journaliste-Chroniqueur)

Votre chronique sur Assabah s’est arrêtée depuis plus d’une semaine. Où avez-vous disparu ?
C’est la chronique qui a disparu, pas moi. Je fais une grève d’écriture pour protester contre la censure. On a tout simplement annulé une de mes chroniques, sans même m’en avertir à l’avance. Une chronique sur le secteur de la justice, comme tant d’autres...

Justement, vous vous êtes déjà attaqué à d’autres secteurs, tout aussi sensibles sans être censuré. Que s’est-il passé, cette fois ?
Je me le demande. Peut-être que les responsables du journal font profil bas, maintenant qu’ils ont des intérêts à préserver avec l’Etat.

Vous lancez bientôt un journal quotidien. Cette censure ne fait-elle pas votre affaire ?
Il n’y a aucune relation entre ces deux sujets. Mon problème aujourd’hui, c’est la censure dont j’ai fait l’objet et les déclarations de mon directeur concernant la non-vérification de mes informations. Sur 1000 chroniques virulentes en trois ans, le journal n’a été attaqué en justice que deux fois. C’est un record. Mais bon, d’autres bons journalistes sont déjà partis d’Assabah… Sinon, mon journal n’est pas pour demain. Tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est qu’il me ressemblera.


El Guerrouj. L’adieu aux larmes

On le voyait venir depuis plusieurs semaines, c’est désormais officiel : Hicham El Guerrouj a finalement décidé de prendre sa retraite. Le champion marocain, qui aura 32 ans en septembre prochain, a tenu une conférence de presse en début de semaine où il a annoncé, les larmes aux yeux et des hoquets dans la gorge, la fin de son parcours sportif. Pas vraiment une surprise , mais un moment de pure émotion. El Guerrouj, qui cumule des soucis personnels depuis quelque temps, n’a prévenu ni la fédération d’athlétisme, ni ses amis athlètes qui auraient aimé être présents pour le soutenir. Seul son sponsor a été mis au parfum à l’avance.


Parlement. Le PJD et l’Istiqlal s’engueulent

L’Istiqlal s’alliera-t-il au PJD dans la perspective des prochaines élections 2007 ? Divers indices, en tout cas, ne laissent rien présager de tel. Dernier en date : mercredi 24 mai, au Parlement, le ministre chargé des relations avec le Parlement, Saâd Alami, rejoint par d’autres personnalités istiqlaliennes, a vertement répondu aux protestations du groupe du PJD emmené par Mustapha Ramid, qui se plaignait du fait que les ministres ne répondaient pas toujours à ses questions écrites.



Humeur. Underground

Karim Boukhari

À l’image du festival d’Essaouira, le Boulevard des musiciens (8ème édition la semaine prochaine à Casablanca) sonne comme une douce revanche pour le peuple underground de ce pays. Il y aura de la place pour des originaux qui pousseront comme des champignons surgis de nulle part. Vous savez, ces mecs qui ont oublié de passer chez le coiffeur depuis des années, ces fumeurs d’herbe, ces déconneurs chroniques, cette faune inquiétante et tous ces excités qui nous font changer de trottoir... Les OVNI humains, les représentants du 3ème type croiseront les musiciens, les promeneurs BCBG et quelques gens “normaux”. Alléluia, mes amis ! Les uns seront “mixés” aux autres dans un ensemble qui rappellera combien le plus beau pays du monde est un truc bigarré, composite, qui ressemble à tout sauf à l’image sage et uniformisée qu’on a longtemps voulu nous coller au crâne. Et c’est formidable. On respire. On n’aura plus honte d’avoir un peu plus de poils que la moyenne nationale, de porter des jean’s qui ont déserté la machine à laver de maman, de danser en marchant sur les pieds de sa partenaire, de perdre tout simplement (mais gentiment, hein !) les pédales, comme au bon vieux temps. Douce revanche, donc, pour les gens qui ont traversé les tristes années 1980 comme des âmes en peine, pour celles et ceux qui ont longtemps gommé leur différence, cette petite chose qui n’appartient qu’à eux mais qui dépasse. Oui, mon frère, tu ne seras plus obligé d’aimer George Michael pour plaire à une fille, tu n’auras plus besoin d’être bien coiffé pour passer à la télévision, tu n’auras plus peur devant le premier uniforme, la première moustache de flic. Et tu t’en sortiras, oui, tu t’en sortiras, même si tout cela ne plaît pas forcément à maman et à papa...



VITES !

Le derby Wac-Raja a paralysé la circulation à Casablanca pendant plus de 30 minutes, dans la soirée du mercredi. L’événement, qui rappelle étrangement les visites royales, a frappé les principales artères de la ville. Onze bus (“seulement” a précise un responsable de la police sur 2M !) auraient été incendiés avant même le début de la rencontre.


Le Parti de la vigilance et de la vertu (PVV), fondé par l’ancien PJD Mohamed Khalidi, n’a toujours pas obtenu son récépissé des autorités. “Cela fait quatre mois qu’on attend”, rappelle le parti dans un communiqué rendu public. D’autres partis de création récente (comme Annahda) sont logés à la même enseigne.


Notre confrère Mustapha Antara, journaliste à “Al Moustaqil”, a mis au point un livre dédié à l’amazighité. Le livre, rédigé en arabe, rassemble des entretiens réalisés avec une vingtaine de spécialistes de la question amazighe au Maroc, en plus de certains acteurs politiques. Il devrait être prochainement édité par le centre Tarik Ibn Zyad.


500 000 Marocains sont mal voyants à cause de la cataracte. C’est ce que révèle un texte préparé par le 1er congrès d’implantologie et de chirurgie réfractive (ophtalmologie), qui se tient à Casablanca. Le document nous apprend que la greffe de la cornée est pratiquée dans le seul hôpital du cheikh Zayd à Rabat.

 
 
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