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Humour. Rire de soi pour faire rire les autres
N° 228
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Humour. Rire de soi pour faire rire les autres



Bio express.

1973.
Naissance dans un petit village du Rif
1993. Elle crée la compagnie de théâtre Shéhérazade et monte un festival de l'humour à Mantes-la-jolie (région parisienne)
1996. Elle tient le premier rôle féminin dans le film de Mahmoud Zemmouri 100% Arabica
2003. Elle rencontre Guy Bedos qui la prend sous son parrainage et co-écrit son one woman show La vie rêvée de Fatna
2005. Elle tourne auprès de Claudia Cardinale et Jean Dujardin dans Tous frais payés de Aline Isserman.

Larbi Batma. (DR)

Rachida Khalil est montée sur scène pour dépasser sa timidité. Elle rit d'elle-même, de ses incohérences, de ses maladresses et ça lui réussit. Portrait d'une humoriste émouvante.


“Batailleuse, émouvante et drôle” : c'est en ces trois mots que Bedos, the great Guy Bedos, a si justement, résumé sa filleule dans la profession, Rachida Khalil, un petit bout de femme à la silhouette fragile, qui porte encore en elle l'écho des montagnes de son Rif natal, une fraîcheur proprement féminine et l'humour qui va avec. D'ailleurs, n'en déplaise aux féministes qui s'entêtent à refuser la distinction du
sexe pour aborder le travail d'un artiste, l'humour féminin peut avoir ses propres identité, sensibilité et inspiration. Dans La vie rêvée de Fatna, le spectacle avec lequel le public marocain l'a découverte, Rachida semble elle-même clamer cette différence, implicitement, inconsciemment.

Il s'agit d'une triste et drôle caricature de la condition féminine, où Rachida Khalil dépeint, avec une émotion contagieuse, le quotidien de trois femmes aux vécus opposés, mais qui, au fond, recherchent la même chose : le bonheur. Fatna, la tante restée au Maroc, sa nièce Karima, comédienne habitant dans la banlieue parisienne et Sophie, la voisine raciste, mais gentille et attendrissante. Rachida voyage d'un personnage à l'autre avec une aisance familière. On sent, on sait alors qu'elle-même est à la fois toutes ces femmes. Elle aurait pu être Fatna si elle n'avait pas quitté son village natal, Karima avec qui elle partage ses rêves de gloire, et Sophie, caricature de toutes ces réactions auxquelles Rachida l'immigrée a dû faire face depuis son arrivée en France.

L'autodérision, un humour sans culpabilité
Pour écrire ce premier one woman show, Rachida Khalil a fait le choix de l'autodérision. Elle est au centre de ses sketches. Egocentrisme ? La réponse est ailleurs. “Je n'aime pas le rire méchant et cynique. C'est tellement plus facile de se moquer des autres. Dans l'autodérision par contre, il n'y a pas de culpabilité”, confie-t-elle. Et puis c'est plus simple de chercher le burlesque en soi. Rachida ne risque d'ailleurs pas d'être en manque d'inspiration de ce côté-là. La maladresse lui est presque une seconde nature : “J'ai dû hériter cela de mon père. S'il y a une personne qui me fait rire, c'est bien lui. C'est le genre de personne qui pressent les choses mais le dit si maladroitement que c'est grotesque ou absurde dans sa bouche, alors même qu'il a raison. C'est ce décalage-là qui me fait rire et m'inspire”.

Rachida rit donc d'elle-même, de ses maladresses mais aussi de ses incertitudes et de sa timidité maladive. L'auditoire de la soirée de clôture du FIFM de Marrakech, dont elle a été la maîtresse de cérémonie à la dernière édition, a d'ailleurs eu tout le temps de s'en rendre compte. Rachida Khalil était simplement et visiblement paralysée par la peur au point de perdre ses mots : “Je suis comme mon père. Dès que je me retrouve devant une situation délicate, je fais exactement tout ce qu'il ne faut pas faire. A Marrakech en plus, ce n'était pas tant le public qui m'effrayait, j'avais eu le temps de m'exercer même si j'ai toujours le trac sur les planches, que le regard et le jugement de mes pairs”. Un faux-pas qui a d'autant plus marqué Rachida Khalil qu'elle n'est montée sur scène au départ que pour dépasser cette timidité. C'était il y a quelques années. “J'ai décidé de m'‘exposer’ d'abord pour me prouver des choses à moi-même, pour me persuader que je n'étais pas plus mauvaise qu'une autre. Et puis sur scène, on est au diapason au niveau sentimental. C'est une expérience unique”, tente de résumer la Rifiya.

Comédienne d'abord et avant tout
Et qui dit scène, dit théâtre, le premier et le plus grand amour de Rachida Khalil. Car si le public marocain l'a découverte en tant qu'humoriste, elle est d'abord comédienne et tient à ce titre comme elle tient à sa pudeur. A peine sortie de l'enfance, Rachida découvre le théâtre. C'est une bibliothécaire qui fait son initiation au monde des planches. Rachida avale alors des heures durant Molière, Shakespeare ou encore Ionesco. A 16 ans, définitivement mordue, elle quitte la famille pour suivre des cours de théâtre. A partir de là, son talent et sa passion prennent le dessus. En 1993, elle crée une compagnie de théâtre Shéhérazade et monte un festival de l'humour à Mantes-la-jolie (dans la banlieue parisienne). Deux ans plus tard, elle décide de se jeter à l'eau, seule face au public. Elle écrit et interprète successivement Sept chiennes de vie puis Kholota. Un an plus tard, le réalisateur, Mahmoud Zemmouri lui propose le premier rôle féminin dans son 100% arabica. Mais le grand tournant dans le parcours de Rachida Khalil reste sa rencontre avec Guy Bedos. En 2003, sa carrière d'humoriste prend son envol sous le parrainage de ce dernier qui va jusqu'à co-écrire son spectacle, La vie rêvée de Fatna. Rachida Khalil tient le succès et son passeport pour une carrière transversale. On lui propose de plus en plus de rôles au cinéma mais elle en refuse beaucoup car, explique-t-elle, “comparé aux planches, le cinéma est une frustration énorme, sauf quand on a le premier rôle parce qu'on peut enfin emmagasiner les émotions”. Amen. Rachida n'a pas eu à attendre pour se faire entendre.

En septembre 2005, elle tourne dans Tous frais payés, une comédie réalisée par Aline Issermann en compagnie d'Alexandra Lamy, Claudia Cardinale, et Jean Dujardin. Et aujourd'hui, alors que la tournée de La vie rêvée de Fatna n'est pas encore terminée, elle s'apprête à retourner sur les plateaux pour, vous l'aurez deviné, un premier rôle dans une tragédie signée Latif Lahlou : un huis clos à quatre personnages qui ne peut que lui convenir car proche de l'univers et de l'atmosphère des planches. Rachida Khalil ne cache pas sa préférence pour le théâtre et refuse par la même occasion de porter une autre casquette que celle de comédienne.

Le premier pas d'une grande carrière
Aujourd'hui, à 33 ans, Rachida s'apprête à vivre sa deuxième plus grande rencontre avec le public. Le 21 septembre prochain, elle joue La vie rêvée de Fatna à l'Olympia. “C'est un virage à 180 degrés”, confie-t-elle en souriant. Quant à sa prochaine prestation scénique en one woman show, Rachida la promet pour l'année prochaine. Elle n'en dévoilera pas plus. Elle a appris à faire les choses pas à pas, en classant ses priorités. Elle qui, il y a quelques années, n'a pas hésité à suspendre sa carrière de comédienne pour s'occuper de son enfant aujourd'hui âgé de 9 ans, sait que, plus important encore qu'une carrière, il y a la famille. “On a tendance à se plaindre, on veut toujours avoir plus mais on ne se rend pas compte de la chance qu'on a d'avoir une famille”. Voilà, c'est dit. Du reste, s'il y a une cause à laquelle Rachida Khalil croit dur comme fer, c'est bien à la condition des femmes. On l'a compris avec La vie rêvée de Fatna. Et puis, il y a les enfants, parce que, dit-elle, “Dans la vie, les plus grands moments de bonheur sont ceux de l'enfance. Et ces moments sont importants pour notre épanouissement une fois adultes, une fois que le futur nous a rattrapés”. Ainsi parla l'enfant.

 
 
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