Religion.
Femmes imams. Une révolution manquée
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Les morchidate étudient le Coran,
lors de la formation dun an
quelles ont reçue à Rabat. (AFP)
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Amina Wadud a créé un précédent en dirigeant une prière à New York. Au Maroc, le débat a été tué dans l'uf, à travers une fatwa express. La femme est interdite dimamat. Pourtant, ni le Coran ni la Sounna n'ont tranché sur la question. Réformistes et conservateurs s'affrontent.
Qui aurait cru que les morchidate allaient être à l'origine d'une secousse religieuse au Maroc ? Personne ne se doutait que ces 50 prédicatrices, formées sur les bancs de l'école des imams à Rabat, allaient faire l'objet d'une fatwa express du comité Al Ifta, leur |
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interdisant de diriger la prière et tranchant une fois pour toute sur la question de l'imamat de la femme au Maroc.
Pourtant, c'est ce qui s'est passé. La sortie en avril dernier de la première promotion de morchidate a donné lieu à une vive polémique, initiée par certains médias internationaux qui se sont empressés de dire que ces femmes allaient, comme leurs confrères hommes, avoir le statut d'imam, explique d'emblée un haut responsable du ministère des Affaires religieuses. Le ministre Ahmed Toufiq intervient et dément catégoriquement cette idée. Pour lui, il n'y a et il n'y aura jamais de femmes imams au Maroc. Jeudi 25 mai, pour mettre fin à ce débat, il sollicite l'avis du comité Al Ifta, présidé par le roi. Un jour après, la fatwa tombe comme un couperet. Les femmes ne sont pas habilitées à diriger la prière. Le rite malékite et la jurisprudence islamique sont unanimes à proscrire la direction par la femme de la prière des hommes. Il n'a jamais été prouvé, que ce soit dans l'histoire du Maroc et chez ses oulémas qu'une femme ait dirigé à la mosquée la prière des hommes ou des femmes, annonce la fatwa.
Revenez, ô esprits égarés !
Cet avis religieux a choqué par sa sévérité. D'autant que les théologiens sont unanimes sur le fait qu'il n'existe aucun texte religieux interdisant expressément l'imamat de la femme. Pourquoi les instances religieuses ont-elle fermé la porte de cette façon si ferme ? était-il nécessaire de recourir à une fatwa solennelle ? Oui, tranche un haut responsable du ministère, les questions religieuses sont sensibles et ne sont pas accessibles à tout le monde. Si les initiés peuvent faire la différence, il en va autrement pour la masse. Alors, il vaut mieux ne pas laisser les esprits s'égarer dans des débats vains et qui peuvent déraper.
Mais ne dit-on pas que la meilleure façon de faire de la publicité à un événement est de l'interdire ? La fatwa semble avoir ajouté de l'huile sur le feu. J'ai été choquée par la forme sévère de cet avis religieux que je trouve disproportionné par rapport à la réalité des revendications féminines. Les femmes marocaines n'ont jamais rien demandé à propos de l'imamat, estime l'écrivaine Asmae Lamrabet, connue pour ses écrits sur les femmes et l'Islam.
Chacun interprète la question selon son propre référentiel. Les positions réformistes restent cependant nuancées et ne vont pas jusqu'à décréter une interdiction ferme et irréversible. Il n'y a aucun texte qui interdise aux femmes de diriger la prière. Mais, en pratique, elles ont des indispositions biologiques (menstruations et grossesse) qui les empêchent d'assurer cette mission d'une façon pérenne, tient à préciser Ahmed Abaddi, directeur des Affaires islamiques. L'homme, très connu dans le milieu académique et religieux, a été rattrapé par cette polémique. Certains médias, qui n'auraient retenu que la première partie de sa déclaration où il affirmait l'absence de textes sur la question de l'imamat, en ont déduit qu'il s'opposait à la politique de son ministre.
Fouqaha machistes ?
Bref : beaucoup de surenchère. Mais le sujet de fond reste. Qu'est-ce qui empêcherait la femme d'être imam ? L'absence de cas dans l'histoire du rite malékite est-elle un argument suffisant, voire valable actuellement ? Dans l'Islam, cette question est régie par le consensus (ijmaâ). La femme ne peut pas diriger la prière. Elle peut le faire chez elle avec sa famille, mais pas à la mosquée, tranche Abdelilah Benkirane, responsable du Mouvement unicité et réformes (MUR).
Avec le MUR, pas la peine d'aller plus loin. Il verse dans la même thèse que la fatwa, ce qui n'est pas l'avis de tout le monde. C'est une aberration. Je ne sais pas pourquoi on justifie cette interdiction par la tradition. Les systèmes religieux ont été faits par des hommes et sont liés aux comportements sociaux. Nos fouqaha ont consacré l'infériorité des femmes comme l'ont fait leurs homologues dans d'autres religions. Dieu ne peut pas être partisan parmi ses croyants, s'emporte Mohcine Al Ahmadi, docteur en sociologie des religions.
Voilà qui pourrait bien plaire à ceux qui croient à la réinterprétation de la tradition religieuse. L'enjeu dans le système religieux est masqué, métaphorique, argumente notre spécialiste mais il est lié au système social. Entre les deux, le système juridique sert de pont. Imaginez alors les dégâts causés par toutes les lois, consacrant la domination des hommes !
Asmae Lamrabet admet certes qu'il y a eu un consensus à travers l'histoire sur l'interdiction de l'imamat de la femme. Mais elle précise que d'autres écoles théologiques (madahib) ne sont pas aussi catégoriques que le rite malékite. Elle cite, entre autres, le madhab hanbalite qui autorise la femme à guider au moins la prière des femmes.
Et si le leadership féminin n'était finalement qu'une divergence entre les écoles théologiques ? Cette brèche pourrait attirer bien des ennuis à nos oulémas conservateurs. C'est pourquoi, dans leur fatwa, ils ont veillé à verrouiller toutes les portes (en arabe sad addarii): si la femme était autorisée à diriger la prière des femmes, cela aurait conduit inéluctablement à leur isolement et elles n'auraient, de ce fait, plus besoin d'être associées aux hommes dans les mosquées où la possibilité leur est donnée de suivre la prédication et de participer aux uvres pies.
Les sirènes du désir
Les muftis n'ont rien laissé au hasard. Je n'ai rien contre le travail de ce comité. Mais ce qui m'embête, c'est cette façon rigide de fermer le débat qui porte un sacré coup au chantier de l'autonomie de la femme dans le champ religieux, analyse Lamrabet. Celle qui a écrit un livre sur la femme du prophète, Aïcha, et ses responsabilités religieuses en tant que mufti, n'arrive pas à comprendre cette agitation infondée sur l'imamat de la femme.
Les jeux sont faits. Avec les morchidate, le Maroc a accompli un pas en avant. Avec la fatwa, il a fait trois pas en arrière. Cet avis religieux va même jusqu'à dire que puisque la femme doit prier à voix basse, elle ne peut être imam : Insister sur les risques de tentation et de désir suscités par le corps et la voix de la femme au moment de la prière est un faux-fuyant. Si c'est le cas, le problème réside dans l'homme et pas dans la femme, proteste Mohcine Al Ahmadi. Pour lui, l'enjeu est ailleurs. Il est culturel et politique. Interdire à la femme d'accéder au petit imamat signifie lui interdire aussi le grand imamat (khilafa). Une femme calife, commandeur (se) des Croyants ! Juste le fait d'y penser est une révolution en soi.
Mais revenons à la réalité. La particularité du système religieux au Maroc est qu'il est contrôlé. Normal, du moment qu'il constitue un facteur de légitimité politique. Le Maroc a choisi le rite de l'imam Malek et en a fait un facteur de cohésion et d'union des Marocains. Remettre en question ce rite ou même l'écorner pourrait constituer un danger. Un grand danger. Or, il se trouve quil est considéré comme l'un des plus rétrogrades au niveau du statut de la femme. Tôt ou tard, la question inévitable se posera : Et si on réformait le rite malékite ? |
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Officiellement. Suivez le guide !
Les moindres gestes des imams et morchidate seront suivis et encadrés. Les autorités religieuses ont tout prévu. Un guide spécial a été validé par le Conseil supérieur des oulémas, qui dépend directement du roi. Son contenu n'est pas encore connu mais il édicte des règles que les imams et les morchidate doivent respecter pour éviter qu'ils soient manipulés par des milieux radicaux. Ils ne vont pas agir de leur propre chef ou prêcher leur propre point de vue, nous confie une source au ministère des Affaires islamiques. Les morchidate (conseillères) seront aussi waiidate (elles prépareront les esprits à recevoir l'enseignement religieux). Affectées dans les mosquées, les prisons et les associations, elles auront un rôle purement spirituel. Que veut le peuple ? |
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