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Cinéma et publicité. Casting, mode d'emploi
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N° 228
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ilham Mellouki

Cinéma et publicité. Casting, mode d'emploi

(AIC PRESS)

Chez nous, un nombre grandissant de Marocains et d'étrangers s'adonnent avec plus ou moins de succès à l'épreuve du casting pour espérer décrocher, un jour, le rôle de leur rêve. Retour sur un effet de mode.


9 heures du matin, Safia, jolie brunette de 22 ans à peine, émerge lentement de la couette et regarde son portable “Mince, je suis en retard. Je vais rater le casting d'une pub pour un shampooing. Heureusement, j'ai pris soin de me laver les cheveux hier soir !”. Juste le temps de sauter dan son jean et elle est déjà partie. Tout comme
elle, de nombreux jeunes et moins jeunes, de différents milieux sociaux, sont devenus adeptes de ces mises en scène devant caméra avec, ils l'espèrent, un contrat à la clé. Il faut dire qu'avec une moyenne de 20 à 30 longs métrages tournés annuellement au Maroc, l'offre est conséquente. Voyez plutôt : quelques tournages ont ainsi regroupé plus de 4000 figurants, dont presque 700 travaillent une année entière sur le film. 2005 a été une année-record par le nombre de fictions étrangères tournées et par le montant des bénéfices engendrés : 25 fictions (dont 8 américaines) et des bénéfices estimés à 800 millions de dirhams, intégralement dépensés sur le territoire marocain. La pub n'est pas en reste : une agence connue sur la place peut produire jusqu'à 300 spots publicitaires par an avec parfois 45 figurants par publicité. Tenté, il est facile de l'être pour grapiller un peu d'argent, juste pour le fun, pour en faire un gagne-pain ou pour aller au bout de ses rêves et devenir mannequin professionnel(le) ou présentateur télé. Le monde de l'audiovisuel fait toujours autant tourner les têtes. Néanmoins, avant de se lancer tête baissée, il est préférable de savoir comment tourne la planète casting car le parcours n'est pas sans obstacle.

Débuter dans le milieu
On peut penser qu'il est indispensable de s'inscrire dans une agence spécialisée. “Oui et non, comme l'affirme Mounia Khalil, trentenaire fashion et directrice d'une agence de casting, soit les gens viennent d'eux-mêmes, remplissent une fiche et déposent une photo. Soit la société de production cherche des gens vraiment particuliers. On affiche des annonces dans les rues où l'on est susceptible de trouver ce genre de personnes”. Autre technique : le bouche à oreille. Lionel, beau gosse Camerounais d'une trentaine d'années, mannequin et acteur de second rôle de temps à autre “Ailleurs, il faut passer par une agence. Au Maroc, elles sont rares”. Il interrompt la conversation, son portable vibre : “Allô, oui c'est moi. Un casting pour une paire de lunettes ? D'accord. Demain, à 10 heures je serai là”. A peine raccroché, le téléphone bouge de nouveau. Le jeune est très demandé visiblement “On peut m'appeler pour une pub pour une marque de sous-vêtements comme pour tenir le rôle de commandant d'armée dans une méga-production historique”. Pour revenir au thème des agences, il reprend “Ici ça fonctionne par relation. Tous les castings que j'ai pu passer viennent de personnes qui m'appellent ou d'une amie mannequin qui me prévient de la date d'un casting”.

Sous les projecteurs
Etape suivante : une fois connue la date, direction le studio. A priori, un rendez-vous a dû être pris avec le directeur casting. Aujourd'hui, dans cette agence bien connue des publivores, c'est casting limonade. Mehdi Bayed, directeur casting à Vidéorama, cherche aussi bien des jeunes filles de 16 à 22 ans que des hommes, minces de 20 à 35 ans qui aient “le sourire, le charme, plus que la beauté plastique, et le naturel. Voici des critères indispensables pour être choisi”. Profil auquel peut correspondre Lotfi, trentenaire maghrebi à la tchatche facile ? Oui, sans doute vu l'aisance avec laquelle il discute avec toutes les personnes présentes. Quelques minutes après son arrivée, l'homme est prié de se rendre dans le studio, où il devra se présenter, parler de ses loisirs devant la caméra. Marcher et se montrer de profil. Bref rien d'extraordinaire. Pourtant, devant l'objectif, après quelques minutes il perd une partie de ses moyens. “Je fais de l'animation depuis toujours, j'aime le faire et je suis bon. Je ne suis pas satisfait de moi aujourd'hui mais je continuerai coûte que coûte à passer des castings. Mon rêve : présentateur d'un jeu télé”. Côté studio, le directeur casting est passé rapidement à l'audition d'un garçon de douze ans. L'adolescent est visiblement mal à l'aise. A coup sûr, il ne sera pas appelé. Ici, nul promesse, juste un “On vous appelle si c'est bon”. Point barre. Ce n'est pas toujours le cas comme le regrette Patrick, un Français vivant au Maroc depuis belle lurette. “J'avais signé un contrat, aucune news pendant plusieurs semaines. Je les contacte donc, ils ont eu le culot de me répondre que les scènes où je devais tourner étaient annulées !” Une fois fini, l'attente est de rigueur afin de connaître la décision du directeur de casting. L'attente, toujours l'attente : Le monde féerique des stars glamour du petit écran est bien loin !

De nombreux Marocains espèrent eux aussi accéder à ce monde, empreint de rêve “On va me voir partout”. Isls viennent de tous les milieux : “Il y a aussi bien des femmes de 40 ans de classe sociale aisée, des jeunes moins argentés, des bébés de six mois que des octogénaires”, commente Mehdi Bayed. A tournage différent, casting différent. Grâce à son expérience, Lionel apporte quelques informations “Pour obtenir au moins un petit rôle, il faut avoir un bon niveau en français, en anglais. Dans le milieu du mannequinat, une certaine allure est indispensable. La plupart viennent d'un milieu friqué”. Fait incroyable : afin de concrétiser leur espoir de devenir un jour l'effigie d'une marque, quelques jeunes filles vont jusqu'à abandonner leurs études, affirmation confirmée par Widad, jeune modèle de 24 ans : “J'en connais qui ont tout arrêté pour se consacrer au mannequinat et qui, désormais, se rendent compte qu'elles ne gagnent pas grand -chose”. Pour Patrick, qui n'a fait que de la figuration : “Sur le dernier tournage auquel j'ai participé, beaucoup étaient des Tanjaouis issus de familles modestes”. “Dis-moi dans quel plan de la scène tu te trouves, je te dirai d'où tu viens”, peut résumer la réalité du marché.

Un gagne-pain ?
Une telle frénésie de tournages, qui induit un énorme besoin de main-d'œuvre, a créé une véritable industrie, inexistante au Maroc, il y a dix ans à peine. A Ouarzazate, de nombreuses personnes “vivent” désormais de leur job de figurant même si vivre semble un bien grand mot. Pour Patrick, qui se consacre seulement à cette activité depuis le début d'année, il est clair que non : “C'est impossible de vivre de la figuration”. Il était pourtant payé 900 DH par jour sur son dernier tournage, qui a duré plusieurs semaines mais un tel travail n'est qu'épisodique. Le reste du temps, il cherche à droite à gauche de nouveaux castings. Ses partenaires marocains, eux, ne bénéficiaient que de 600 DH à travail égal. Les productions se justifient par des difficultés à faire venir les gaouris alors qu'un Marocain sera rapidement remplacé. Injuste mais réaliste. Lionel ajoute pour conclure. “Même si je gagne 3000 DH pour un défilé ou 2500 DH en tant qu'acteur pour une pub, je n’envisage pas de faire carrière dans le métier car il faut être en permanence se tenir au courant de tous les castings qui se déroulent”. Si l'aventure vous tente, à vous de choisir: future grande star en galère ou petite étoile heureuse.



Et les pros ? Ça passe ou ça casse

Selon l'aveu de directeurs de casting, il est rare de refuser un acteur pour une pub : le réalisateur et le client se sont portés sur le choix d'un artiste, si ce dernier est disponible et accepte les conditions financières, nul besoin de discuter plus longtemps. En revanche, pour des raisons insolites, certaines personnes se sont vu refuser des rôles comme ce commissaire si connu du milieu que le client (un grand groupe de téléphonie) a préféré le remplacer bien qu'il correspondait parfaitement au rôle ! L'un des acteurs les plus in du moment, Driss Roukh, a su s'imposer dans l'univers casting. Après avoir débuté en Europe en 1993, il revient au bled en 1996 et tourne alors successivement des téléfilms pour les deux chaînes nationales et obtient des rôles importants dans de longs métrages marocains. Il passe également avec brio l'épreuve de plusieurs castings internationaux et apparaît sur grand écran dans de petits rôles. L'un des derniers en date, celui d'un commissaire dans Babel (dont une partie a été tournée dans notre pays) avec Brad Pitt en personne.

 
 
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