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Par Abdeslam Kadiri
Algérie. Un barbe-FLN aux commandes
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Abdelaziz Belkhadem, alors
ministre des Affaires étrangères
accueille chaleureusement
Abdelaziz Bouteflika à son retour
de France, fin décembre 2005. (AFP)
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Le président Bouteflika a cédé aux pressions du FLN. Il a accepté la démission du premier ministre Ahmed Ouyahia et l'a remplacé par Abdelaziz Belkhadem, un de ses dauphins. Décryptage.
Le président Abdelaziz Bouteflika est un habile tacticien. En limogeant le premier ministre, Ahmed Ouyahia, issu du Rassemblement national démocratique (RND), le 24 mai dernier, et en nommant à sa place Abdelaziz Belkhadem, patron du Front de libération nationale (FLN), il fait d'une pierre deux coups. Non seulement Bouteflika se débarrasse |
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d'un homme devenu encombrant par son franc-parler, sa rudesse d'action, son éradication de l'islamisme violent mais il place aussi un de ses hommes liges au pouvoir au moment où il veut faire passer une révision constitutionnelle taillée à sa mesure.
Officiellement et dans une formidable langue de bois, Ahmed Ouyahia a présenté sa démission au président, qui l'a acceptée et lui a rendu hommage. Dans la foulée, Bouteflika a désigné le nouveau chef du gouvernement, un de ses proches : Abdelaziz Belkhadem, le patron du FLN. Coïncidence : cet islamo-conservateur très proche du chef de l'Etat, dont il est le représentant personnel, est aussi l'homme qui, avec les islamistes modérés du MSP, a mené toute l'offensive contre Ahmed Ouyahia.
Lutte intestine de clans
En effet, depuis plusieurs mois, une sourde lutte, de moins en moins feutrée, opposait les deux hommes qui dirigent chacun une formation politique clé de la majorité présidentielle : le FLN de Belkhadem (appuyé par Aboudjerra Soltani du MSP islamiste), et le RND de Ouyahia. Les sujets de désaccords ne manquaient pas. Sur le plan économique, Belkhadem et ses amis reprochaient au gouvernement Ouyahia son manque de volontarisme pour lutter contre le chômage et la pauvreté alors que jamais depuis l'indépendance, les finances publiques, alimentées par la hausse du pétrole, n'ont été aussi florissantes. Sur le plan politique, le FLN ne reconnaissait pas au premier ministre démissionnaire de légitimité pour organiser les élections législatives de 2007.
D'autres signes avant-coureurs laissaient prévoir un climat délétère. L'absence de Ouyahia lors de la réception du président vénézuélien, Hugo Chavez, et du premier ministre turc, Erdogan, prouvent qu'il n'était plus en odeur de sainteté à la Mouradia.
En poste depuis 2003, Ouyahia a finalement claqué la porte, éreinté par les attaques frontales et répétitives de Belkhadem et de Soltani, lesquels ont revendiqué clairement son départ et son remplacement par un technocrate, un chef de gouvernement sans aucune appartenance partisane. Belkhadem et Soltani ont reproché à Ahmed Ouyahia d'être le secrétaire général du RND et de pouvoir truquer les futures législatives de 2007, des élections capitales pour le FLN... Devenu la cible de l'ancien parti unique, Ouyahia était dans une position d'autant plus inconfortable que le chef de l'Etat s'est toujours gardé de lui manifester publiquement son soutien. En poussant à la démission Ouyahia, Bouteflika a exaucé le vu des islamo-conservateurs. Il a surtout nommé son dauphin, Abdelaziz Belkhadem, à la tête de l'exécutif.
Coulisses d'un départ
Précisément, la factice Alliance présidentielle mise sur pied à la veille de l'élection présidentielle d'avril 2004 et sur laquelle repose le gouvernement, a volé en éclats. A cause d'abord de la crise kabyle : originaire de Kabylie, Ahmed Ouyahia a habilement dénoué la crise kabyle, allant jusqu'à se prononcer pour l'officialisation du tamazight (le berbère), qui ne dispose que du statut de langue nationale. Critiqué par ses alliés sur sa position, il a finalement été désavoué publiquement par le chef de l'État.
Le second point d'accroc, début 2005, est celui qui a provoqué la disgrâce d'Ouyahia : le projet du FLN de modifier la Constitution. Dans ce but, le patron du FLN a préconisé d'autoriser non plus deux mais trois mandats présidentiels, de passer du quinquennat
au septennat et enfin, de créer un poste de vice-président dépendant du chef de l'Etat ! En d'autres termes, de pérenniser à vie la fonction présidentielle. Ouyahia était opposé à ce renforcement des prérogatives de l'exécutif. Sur le fond, il préconisait un toilettage discret plutôt qu'un chamboulement profond. Mais Bouteflika sait qu'avec Belkhadem la révision de la Constitution, n'est qu'une simple question de temps. Le texte a déjà été préparé par le FLN.
Enfin, la question des salaires a fini par discréditer Ouyahia. Au mois de février dernier, alors que le pays est secoué par des conflits sociaux, Bouteflika soutient à contrecoeur son premier ministre qui refuse de céder sur les grèves et sur l'augmentation de salaire demandée par les enseignants, les vétérinaires, les médecins...
Rapprochement islamo-nationaliste
La presse française, Le Monde notamment, suppose que Ouyahia est tombé pour un tout autre motif : sa proximité avec les services de sécurité que dirige l'inamovible général Tawfik. Si l'armée en tant que telle a beaucoup perdu de son influence depuis l'arrivée d'Abdelaziz Bouteflika, les services continuent à peser sur la vie politique. En limogeant Ahmed Ouyahia, Bouteflika a peut-être voulu montrer aux services de sécurité qu'il n'entendait plus composer avec eux, écrit Jean-Pierre Tuquoi.
Le fait est que grâce à la nomination de Belkhadem comme premier ministre, Abdelaziz Bouteflika consacre le rapprochement islamo-nationaliste, au risque d'attiser dangereusement les tensions dans le pays. C'est bien la victoire des islamo-conservateurs qui est consacrée, celle d'un homme qui, à la suite des émeutes d'octobre 1988, prônait ouvertement une alliance entre le courant nationaliste et le mouvement islamiste, pour sortir le pays de la crise. Appartenant à ceux qu'on appelle les barbéfélènes, allusion à leur appartenance au FLN et à leur proximité avec les islamistes (barbe-FLN), il est le meilleur soutien de la politique dite réconciliatrice menée par Abdelaziz Bouteflika. Totalement fidèle au chef de l'Etat, il est en lice pour lui succéder. |
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Profil. Qui est Belkhadem ?
À 61 ans, élégant, grand et mince, Abdelaziz Belkhadem a vu son parcours coupé net par la guerre civile. D'abord enseignant originaire de l'ouest algérien, il appartenait au courant réformateur du FLN, l'ancien parti unique. Elu député dès 1977, président de l'Assemblée populaire nationale (APN) en 1990, il a appuyé le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche. Lorsque l'Assemblée est dissoute au lendemain des victoires électorales du Front islamique du salut (FIS), il est écarté des cercles du pouvoir. Il tente de maintenir le fil ténu du dialogue avec les islamistes dans une Algérie à feu et à sang. Il rencontre aussi des officiels iraniens à qui il tresse des lauriers pour leur révolution islamiste. Quand la guerre civile s'est abattue sur le pays, l'APN a été dissoute, Chadli destitué et le processus électoral interrompu. Trois décisions qui ont déplu à Belkhadem. Il a connu une longue traversée du désert de 1993 à 1999, date de l'élection de Abdelaziz Bouteflika en tant que président. Il refait surface en 2000 pour devenir, à la surprise générale, le patron de la diplomatie algérienne, sur laquelle veille le chef de l'Etat. A ce poste, il acquiert une expérience qui en fait un personnage-clé du système Bouteflika sans qu'il réussisse pour autant à se débarrasser de l'image de barbe-FLN, c'est-à-dire d'islamo-conservateur qui lui colle à la peau. La fidélité de Belkhadem au chef de l'Etat est totale : il l'a prouvé en empêchant le FLN de basculer du côté d'Ali Benflis, le rival de Bouteflika à l'élection présidentielle de 2004. Il est aujourd'hui récompensé. Il est attendu sur deux dossiers : la question des salaires et la révision constitutionnelle. |
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