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Analyse. Le PJD et Israël
Société. La saga Ousboue Al Farass
Portrait. Un Marocain au Mondial
Bassam Tahhan. "Je plaide pour un islam protestant "
Irak. Un mini Sabra et Chatila
Tunisie. Sus aux opposants !
Financement des PME. Une reforme pour rien
Carnet de bord. Sacré festival !
N° 229
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Nayda !*

* C’est parti !, On y va !
ou encore On fonce !(AIC PRESS)

L’Boulevard et toute la constellation qui gravite autour mettent en scène des jeunes qui créent leur propre réalité. À travers le parler vrai qu'autorise la Darija et l'hymne à la créativité que portent ces talents underground, naît un autre Maroc.


Ils créent leur Maroc

Un taxi kbir volant, saturé d'instruments de musique et de passagers en dread locks, propulsé par les feux verts de ses réacteurs par delà les toits casablancais et les ksars du sud vers un horizon futuriste. Nayda !
a-t-on envie de hurler à la vue de l'affiche et du spot artistiquement déjantés, spécialement concoctés par quelques talents gravitant autour de la constellation L'Boulevard pour cette édition 2006. Nayda ! ont dû pousser, comme cri de ralliement créatif, Aziz Maaqoul, Karim Rafi, Réda et Hicham Bahou, Simo Slaoui, Hicham Bajjou et Adnan Laâyouni, en rassemblant leurs savoir-faire respectifs, du graphisme à la modélisation en passant par le montage et la composition. Nayda ! le ton est donné, d'un Boulevard qui, au bout de huit ans déjà, est définitivement plus que le plus important festival de musiques actuelles en Afrique et dans le monde arabe. C'est surtout un véritable mouvement vers l'avant, énergique, énergétique et positif, dont la progression se calcule non seulement en nombre de spectateurs dans les stades et de groupes sur scène, mais aussi en termes d'initiatives lancées, d'idées cogitées, de projets menés et de talents révélés. Nayda ! C'est le mot magique d'une génération qui puise dans sa langue maternelle mais aussi dans sa propension à créer les ressorts pour re-générer un autre Maroc. Moins guindé, plus vrai.

C.M.


Par Dominique Caubet*

Génération darija !

Bigg. (JEAN BERY)

Dans L'Boulevard, la darija est une marque de fabrique. Dans le monde de créateurs qui gravitent autour du festival, elle est une manière d'affirmer sa personnalité et de renouer avec la société. Découvrons ce Maroc qu'une génération réinvente à travers sa langue maternelle. La vraie.


“ça va, a drari ?” (les jeunes). Il est minuit 30, ce samedi 3 juin, au stade du COC. La voix de Momo (un des organisateurs historiques du Boulevard), éraillée par la fatigue, s'élève comme chaque soir pour parler au public du Boulevard et s'assurer qu'il se dispersera dans
l'ordre… Il leur parle, comme dans la vie, en darija, parfois mélangée de français : “Kounou gentils (Soyez gentils)”. Message, toujours en darija : “Ne cassez rien, d'accord ? Pour que le Boulevard puisse continuer à bien se passer”.

Pas de grands discours, ni d'envolées lyriques où l'orateur s'écoute parler, ici on emploie la langue de tous, la darija et les jeunes apprennent à se parler vrai et surtout à s'écouter. Le Boulevard fait un travail d'éducation que l'école marocaine n'a pas su faire. Cela suppose que ses organisateurs ont su se remettre en cause et montrer par l'exemple comment des jeunes peuvent se prendre en charge et réaliser certains de leurs rêves…

Parler vrai et à tous
“Ne rien attendre des autorités et s'organiser, se regrouper pour faire ce que l'on aime”. L'édito de Momo et Hicham dans la dernière livraison du Kounache del Boulevard écrit en darija - c'est une première ! - le dit clairement. Il demande aux jeunes de monter des associations et d'organiser eux-mêmes leurs propres concerts, sans rien attendre de personne, ni même du Boulevard. De même, la décision de demander cette année une contribution de 20 DH aux jeunes pour les quatre jours se traduit de façon humoristique et concrète : “Cette année le Boulevard va vous demander une collaboration symbolique, ‘bakiya dyal Fortuna’”, un paquet de cigarettes plutôt bon marché. C'est clair, c'est parlant.

Le rapport entre les boulevardiens a quelque chose de sain. Les festivaliers se respectent mais se débarrassent de l'obséquiosité ambiante, des salutations interminables, des sourires forcés à des gens qu'on ne peut pas encadrer. Au Boulevard, soit on tombe dans les bras les uns des autres avec de grandes et bruyantes accolades, soit on se serre la main puis le poignet, puis les poings fermés se touchent : “itoub !” (ça baigne) ou “tcho !” (salut). Quand ça va bien, “bi khir !” ; en se quittant, tlah' !. On commence même à y entendre le “wesh ?” (alors, ça va ?), expression algérienne importée via la France où toute la jeunesse l'utilise désormais.

Tout se passe en darija et même les étrangers venus donner un coup de main pour la semaine s'y mettent ! On parle la langue dont tous les Marocains partagent les dits et les non-dits, mais on emploie beaucoup les parlers jeunes dont l'évolution est aussi rapide dans les grandes villes du Maroc que dans les banlieues d'Europe. Comme le dit Bigg, le rappeur bidaoui de 23 ans qui vient de sortir un album remarqué Mgharba tal mut : “J'utilise la façon de parler des jeunes pour parler vrai et dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas”. Voilà, donc, à quoi sert la darija : parler vrai et à tous.

Parler pour dire quoi ? Autre chose que la pensée unique inculquée, en arabe classique et en français scolaire, dans les écoles et à la télé. Difficile quand on doit lutter contre la mentalité des supporters des équipes de foot locales, où on apprend plutôt à siffler les vainqueurs s'ils ne sont pas de votre équipe. D'ailleurs, la proclamation des résultats du Boulevard de l'estrade le 4 juin en a été une illustration parfaite. Les gagnants venus d'autres villes ont été hués par des spectateurs assis dans les gradins… comme au foot. A ce propos, Bigg dit dans une interview accordée à l'hebdomadaire Le Reporter : “Je veux avoir en face de moi des spectateurs qui ne cassent pas du bus en sortant ; tout le contraire des supporters du Wac et du Raja que le foot n'a pas éduqués et que mon rap éduquera certainement”. Difficile aussi quand certains ne rêvent que de frauder ou casser.

Par-delà les mots, le Boulevard permet à chacun d'être lui-même. Comme le dit Momo, “les jeunes, garçons et filles, peuvent enfin pendant ces quatre jours, s'habiller comme ils le veulent, se parer, se maquiller” : superbes XXL pour le rap, looks et maquillage noirs pour le rock qui est essentiellement métal au Maroc, rastas, babas, serouals et chemises colorées pour la fusion. Cette année, tout le monde cherchait à arborer le ruban rouge de la lutte contre le sida, distribué par l'ACLS (il n'y en avait pas assez pour tout le monde, ni assez de préservatifs d'ailleurs), mais c'est un bon début. Surtout que les gens apprennent à en parler sans détour, dans la langue de tous les jours.

Langue de débat et de création
Qui a dit que la darija n'est qu'une “langue de rue” ou un “argot” ? Qui, de tous ces jeunes présents au COC, savait avant le Boulevard, qu'elle ne se limitait pas à ça ? Comme toutes les langues du monde, la darija a un niveau littéraire différent de celui des échanges quotidiens. La darija littéraire, c'est la langue du zajal, du melhoun, d'El Mejdoub, des proverbes, des contes, des énigmes, et plus récemment celle des Ghiwane. C'est par la poésie des m3ani (allusions) que la parole libre passait chez les Ghiwane et à Hay Mohammadi. Ce quartier qui a abrité les migrants venus du sud du Maroc et du Sahara, revendique jusqu'à aujourd'hui une darija particulière et riche. Edmond Amran El Maleh dit de la darija de Nass El Ghiwane, “fi-ha l-3atriya” (elle est épicée). Les épices d'aujourd'hui n'ont peut-être pas le même goût que celles d'hier mais elles sont bien présentes. Dans le rap, les textes sont teintés d'un lyrisme qui passe par les mots des jeunes des quartiers. On y retrouve le parler vrai qui prend parfois des chemins plus directs et donc plus crus.

Les textes des groupes de fusion, tel Hoba Hoba Spirit, disent aussi un amour du pays, une volonté d'y rester, de ne pas “brûler” (partir en Europe), une fierté vraie d'être marocain, bien loin de la langue de bois nationaliste. Et c'est justement la darija qui permet de véhiculer ce patriotisme bon enfant. Reda Allali, le leader du groupe dit d'ailleurs que la darija a un avantage sur les langues soigneusement codifiées et dotées d'académies, puisqu'elle a la liberté de créer des mots et des formes nouvelles sans s'attirer les foudres de qui que ce soit. Et cette liberté se retrouve au Boulevard dans une création issue des quartiers populaires, sans pour cela être vulgaire (adjectif encore trop souvent associé à darija). Ici, la langue marocaine rime avec mixage, mélange, interculturalité. Cela se voit jusque dans les noms des groupes. La langue du bled se mélange au français ou à l'anglais : H-Kayne, Dayzine, Haoussa, Shabka, Zenka Flow, 7akmin etc. Cette recherche de singularité est tout juste le premier palier d'une vitalité et d’une créativité sans fin.

Dernière invention du Boulevard, la darija devient aussi (enfin !) langue de débat. Ainsi, cette année, a été organisée à l'Institut français de Casa une table ronde sur “Darija, langue de création actuelle”. Tout naturellement et au dernier moment, les intervenants ont décidé, grâce à la complicité du modérateur, Ali Essafi, de tenir ce débat passionné sur la darija… en darija justement. L'idée correspondait bien à la démarche du Boulevard : faire et pas seulement dire, montrer que c'est possible, se lancer, aller de l'avant… nayda !!! Même chose pour la décision au moment du bouclage de faire l'édito du Kounache del Boulevard en darija. Ces Marocains-là décident de se réapproprier leur langue.

Langue de quartier, phénomène urbain
Tout cela n'est pas tombé du ciel. Les groupes actuels émanent des grandes villes du pays. Nouvel artiste issu du quartier mythique, Hay Mohammadi, Barry aime à souligner la présence de vocabulaire venu du sud rural ou sahraoui, avec la génération de son grand-père Messaoud Bahri ou les parents de Boujmîa (un des membres créateurs de Nass el Ghiwane). Il rappelle que, comme au souk, le quartier avait sa halqa (place où se produisent conteurs et artistes) et son mejdoub (saisi par la folie, la transe), Bâ Salem, qui tournait dans le quartier et dont certaines phrases ont inspiré des chansons des groupes des années 70. “Nous avons grandi et été élevés en darija”, dit Barry. Parlant du rôle de ces groupes, Bigg, enfant de Roches Noires, dit qu'on ne peut imaginer un Maroc d'aujourd'hui sans les Ghiwane qui l'ont bâti musicalement parlant, hier : “Tout en étant pauvres, ils ne se sont pas vendus pour devenir riches... Cest des mecs vrais ; 80% de mon album est inspiré directement de ce mythe”. Il ajoute que si on ne peut pas leur rendre ce qu'ils ont donné au Maroc dans les années 70, on peut au moins suivre le chemin qu'ils ont tracé.

Sans renier cet héritage très lié au monde rural, c'est bien le parler des jeunes des grandes villes qui est à l'œuvre dans les textes d'aujourd'hui, et qui leur donne un caractère urbain. Née à Casa, Marrakech, Meknès (ville du Melhoun) ou Rabat, cette création s'inspire également d'une réalité partagée et c'est ce qui touche le jeune public. La langue de création lui parle parce qu'elle ne porte pas les gènes de son origine, tout juste les marques de sa réalité.

Bigg dit que l7ouma (le quartier) est l'inspiration de tous ses textes, c'est son vécu avec le bon comme le mauvais. Il en est lui-même un représentant à travers ses écrits. Pour lui, “le quartier correspond à la jeunesse. Et la darija en est indissociable dans la mesure où on ne peut imaginer un quartier où les jeunes parlent autre chose que la langue de leurs tags sur les murs et de leur culture. Il faut cesser d'en avoir honte !”. D'autant que seule cette expression spontanée reflète le Maroc réel, actuel.

Langue de communication moderne
Contrairement à une idée trop longtemps répandue, la darija est une langue qui s'est parfaitement adaptée à la modernité, et cela sans doute grâce à une forme de liberté qui la caractérise. Elle a su en 2000 prendre le chemin d'Internet, dans les forums, les mails ou les chats ; mais aussi celui des SMS écrits en e-darija . C'est par millions que tous ces messages s'échangent quotidiennement au Maroc. Les réseaux ont parfois été initiés par des jeunes éloignés du bled mais ils ont été relayés par les cybercafés du Maghreb où les jeunes se connectent pendant des heures. La darija est très présente sur les forums qui permettent à des jeunes vivant dans le monde entier de discuter en instantané.

Mais c'est la pub qui a su, la première, avec un certain talent, s'adresser à tous en darija. Dès 1973, l'agence Shem's avait lancé la campagne pour les oranges avec “Ana limouna” pour l'Office chérifien des exportations ; plus de trente ans après, dans sa récente campagne pour le téléphone fixe, Méditel a choisi comme nom “Tilifoun dialdar” (le téléphone de la maison), décliné en graphie latine et arabe, selon une étude très serrée des emplacements des panneaux publicitaires. A un niveau moins visible et plus routinier, la sécurité routière a depuis longtemps choisi la darija pour faire passer des messages importants, ce qui fait que longtemps le seul ouvrage publié en darija au Maroc s'appelait “Koudlarout”. Mais, comme le disait Réda Allali lors de la table ronde du Boulevard : “Va-t-on laisser aux commerçants le monopole de la compréhension ?” Ne serait-il pas temps de se servir de la darija pour faire passer d'autres messages, plus stimulants, pour permettre un véritable accès de tous à l'information et à la citoyenneté ? Voilà ce qui anime cette génération, la volonté de renouer le lien avec leur société… leur réalité.

* Spécialiste de la darija. Elle prépare actuellement un livre sur l’émergence d’une “movida marocaine”




Post 16 mai. L’origine d'une dynamique

L’Boulevard comme la darija ont connu, après le 16 mai 2003, une dynamique nouvelle ; l'affaire des musiciens accusés de satanisme, les divers attentats dans le monde impliquant des Marocains en 2003-2004, ont eu l'avantage de libérer la parole sur ce qui avait pu amener le Maroc vers une telle dérive. Un des facteurs pointés du doigt a été l'enseignement et l'impasse où il se trouve, essentiellement à cause des méthodes basées depuis plus de vingt ans sur l'apprentissage par cœur. Et on a commencé fin 2003 à entendre des voix s'élever de divers horizons pour une réhabilitation de la darija comme langue connue de tous.
Noureddine Ayouch a annoncé son intention de lancer une chaîne de télévision entièrement en darija, Moufida. La chaîne a pour objectif de “montrer l'autre face du Maroc, celle qui bouge, qui entreprend, qui réussit, qui n'est ni fataliste, ni obscurantiste”. Le projet est resté lettre morte mais a été transformé en interne comme une chaîne propre à sa fondation de micro-crédit, Zakoura.
De son côté à Tanger, Elena Prentice publie depuis quatre ans un hebdomadaire gratuit en darija, Khbar Bladna. Elle a aussi lancé une série de publications, guides pratiques, recueils de melhoun et de zajal et de prose avec la parution en février 2006 du livre de Youssouf Amine Elalamy Tqarqib ennab (lire p XX). A cette occasion, a été lancé officiellement au Salon du Livre de Tanger, un prix littéraire récompensant l'écriture en prose en darija, Bladi Bladna (voir khbarbladna.com).
À ce sujet, Le Maroc a été présenté comme pionnier en la matière par le quotidien Al Charq Al Awsat et la chaîne qatarie Al Jazira.



Codes. Aménager la darija

Si l'on veut promouvoir la darija, il faut lui en donner les moyens, comme on le fait pour toutes les langues dans ce cas. C'est par exemple le cas du lithuanien ou de l'estonien que l'on a dû adapter depuis qu'ils sont entrés dans l'Europe. Comment "aménager" la darija (c'est-à-dire, la doter d'une orthographe, créer des mots nouveaux, éditer grammaires et dictionnaires pour adultes et pour enfants, etc.), et qui doit le faire ? Les jeunes sont déjà passés à l'action, en effectuant un passage à l'écrit spontané en graphie latine pour Internet et les textos en utilisant les moyens du bord, le clavier latin. Certains écrivains, comme Youssouf Amine Elalamy ont choisi la graphie arabe, histoire de permettre aux semi-lettrés d'accéder à leur littérature. Les institutions doivent-elles s'en mêler ? A Malte, quand le maltais est devenu langue officielle avec l'anglais en 1932, c'est la graphie de l'Union des écrivains qui a été choisie. Le travail avait été fait en amont par des artistes qui s'en étaient emparés. Tout dépend en fait de qui on vise : si la darija est choisie dans un but de démocratisation, afin que plus de monde ait accès à l'écrit, c'est la solution retenue par l'équipe d'Elena Prentrice qui est la meilleure : darija écrite en graphie arabe vocalisée… Mais d'autres, lettrés au départ, ont plutôt tiré leur graphie vers celle de la langue standard, ce qui suppose qu'on sait déjà lire le classique. A qui s'adresse-t-on ? Et la darija pour quoi faire ? That's the question.

Par Cerise Maréchaud et Chadwane Bensalmia

Génération darija !

(AIC PRESS)

Nayda ! C'est le mot de passe qui ouvre sur un laboratoire d'énergies créatrices, le signal de départ d'une course de fond vers un Maroc décomplexé : le voici en six étapes. A vos marques !



Écrire
“Darija, langue de création actuelle”. La table ronde organisée par l'Boulevard n'est pas de trop pour rendre justice à cet “outil dynamique” (traduisez baguette magique) qui ouvre la voie (et la voix)
à l'authenticité, à la liberté et à la virtuosité. Et ce n'est pas que littérature : en donnant à la darija ses lettres de noblesse, en l'érigeant comme le moyen d'expression, si ce n'est comme un acteur à part entière de son mouvement, “L'Boulevard est le seul évènement qui se soit frayé un chemin entre la majorité intellectuelle vieille école arabisante et la caste des nantis occidentalisés complexés sur le plan identitaire”, estime le réalisateur Ali Essafi. Son très beau film Le blues des Chikhate, projeté dans le cadre du premier festival du documentaire musical en marge du Boulevard, célèbre pour sa part le lien - tissé par la darija - entre la nouvelle scène marocaine et ces femmes, pionnières du “parler vrai” et piliers du patrimoine musical marocain, démontant au passage le cliché voulant que cette génération d'artistes alternatifs soit coupée de ses racines et aliénée par les influences étrangères.

Tout sauf aliénée, encore moins aliénante, la darija est au contraire cette langue libératrice “sans lois ni règles” qui évolue à la vitesse du son. “Des centaines d'expressions naissent chaque jour à Hay Mohammadi ou Derb Kébir, explique le rappeur casablancais Bigg, derniers exemples à l'appui. Je viens d'apprendre les mots ‘gorara’, qui veut dire foule ou attroupement, et ‘wagha’, genre de métaphore pour dire ‘tu m'emmerdes’. OK les paroles peuvent être vulgaires parfois, et les Marocains ne sont pas habitués au langage cru. Mais je n'invente rien, je dis ce que j'entends dans la rue”. Référence directe à la vignette culte “Parental advisory” scannée sur son premier et très réussi album Magharba 'tal l'mout, preuve sonore que sincérité peut rimer avec virtuosité, d'où certains morceaux tout droit sortis des tripes, de manière quasi instinctive, comme “El Khouf”, titre phare repris en chœur par la foule du Boulevard, qui parle “de la peur, et par extension, de tout ce qui est pouvoir”. “J'ai conçu l'instru de ce morceau de trois à cinq heures du mat', puis les paroles de cinq à neuf, avant de sauter dans le train de onze heures pour Marrakech, de tracer au studio des Fnaïre pour l'enregistrer de quinze heures à huit heures le lendemain. Tout ça le jour de l'an”. Son inspiration ? “J'étais en train de mater le film sur Derb Moulay Cherif, La Chambre noire. Avant même de le finir, j'ai composé la musique dans cette atmosphère. Et surtout en pensant que ça existe encore, la peur du flic, du GUS, du prof…”

Bigg, au même titre qu'H-Kayne ou que les Algériens Intik, détient une place de choix dans l'environnement musical naturel (et dans la voiture) de Youssef Amine Elalamy, écrivain, qui vient de sortir le premier ouvrage en darija urbaine moderne, Tqarqib en-nab (ragots) chez l'éditeur tangérois Khbar Bladna. Succession de courts portraits de Marocains hauts en couleurs, “petites capsules qui explosent à la figure et déclinent en quelques mots les traits et contradictions des personnages et de la société”, Tqarqib en-nab explore la richesse littéraire de la darija, avec laquelle “on peut tout faire”, assure l'auteur, évoquant les effets d'allitération et d'onomatopée de son titre, “sorte de caquètement des canines” propre au tberguig. “Ecoutez ‘Messaoud’, de Awdellil. Un titre qui parle avec ironie de ce pauvre gars rejeté et défavorisé récupéré par les barbus. C'est, à mon sens, le meilleur de la poésie marocaine actuelle, une véritable littérature”. Youssef Amine Elalamy, qui a notamment réécrit une version rap de son roman Paris, mon bled, dont quatre chapitres sont en darija, se dit faire “complètement partie de la génération L'Boulevard”, un mouvement qui l'a “forcément titillé pour écrire Tqarqib en-nab”. “Leurs textes relèvent réellement de la création. Il me paraît urgent d'en faire une anthologie, pour que le public prenne conscience de leur portée créative, qu'ils deviennent un support écrit, une référence”.


Composer
En écriture comme en musique, la créativité et le réalisme vont de pair. Et la réalité des “musiciens” du Boulevard est celle d'une génération curieuse, ouverte sur une infinité de genres musicaux où les influences individuelles et les goûts personnels vont d'un extrême à l'autre, du raï au métal rock, du ragga au jazz. Mais le package, le conditionnement final sont marocains. Un morceau comme “Aissawa style” (H-Kayne) en est d'ailleurs une parfaite illustration. La recette ? “La musique est, par définition, l'expression d'une quête identitaire, s'empresse de préciser Othman des H-Kayne. C'est une règle qui prévaut pour nous aussi. On expérimente, on tente des choses. La seule contrainte à laquelle on se soumet est de produire une musique sans fard ni maquillage. Et on a le sentiment de ce même souci quand on écoute Darga ou encore Dayzine. C'est de la musique 100% vraie”.

Il y a huit ans, avant que L'Boulevard n'en offre la possibilité, parler d'une musique marocaine actuelle était, c'est le cas de le dire, une aberration. Aujourd'hui, les groupes qu'il a révélés ont chacun leur propre style. Darga, Hoba Hoba Spirit, Dayzine, H-Kayne ont chacun un son qu'on reconnaît aisément. Et ces formations, ces aînés de la nouvelle scène, ont engendré derrière eux des dizaines d'autres. Certains, pour éviter le doublon, ont tenté et réussi de nouvelles expériences (qu'on n'aurait probablement jamais effleurées avant la plate-forme L'Boulevard). A-t-on alors besoin de citer les Midnight Shem's et leur gospel made in Morocco ? D'autres ont encore du mal à se trouver une nouvelle identité, indépendamment des influences de leurs aînés. En écoutant les Casa Crew, on ressent immédiatement l'inspiration Fnaïre et H-Kayne. Les Mazagans ou les Rif Gnawa renvoient, eux, vers Darga et Hoba Hoba. Rap, hip hop, fusion, il n'est plus de doute que l'avenir de ces musiques promet de plus belles choses. La machine est bien huilée. Et les ateliers du Boulevard sont là pour veiller à leur professionnalisation.

“La culture de la fusion est largement installée, désormais. A mes yeux, c'est à une musique comme l'électro qu'on doit aujourd'hui rendre justice. Il n'y a qu'à voir la réactivité du public pour s'en rendre compte”, poursuit Othman. Dans le genre, on peut évoquer, sans réserve, Zayan Freeman, aujourd'hui une référence dans le milieu. Son album Transversal reflexion of sound est le résultat d'une créativité musicale poussée à l'extrême où les rythmes ahwash épousent ingénieusement l'ultrason. Le Djing n'est pas non plus en reste de cette ébullition. Le Casaoui DJ Key, aux commandes de la communauté des DJ, ou encore DJ Hak'x, classé second en 2005, au Thirst (le concours international de Djing sponsorisé par Heineken) ont une signature et au-delà, sont devenus une adresse pour leurs compères. Le premier a même installé des studios de formation au Djing au sein de sa boîte de production (Funky Noise). La scène se structure petit à petit. Au bout de huit éditions, L'Boulevard a permis la naissance d'une musique marocaine, réaliste, riche, transversale. Une musique qui parle la langue de sa génération.


Editer
Emblème d'une “génération L'Boulevard” qui sort de ses tripes ses propres médias, en pied de nez à la globale mollesse des organes traditionnels (notez le silence flagrant de 2M sur l'édition de cette année), L'Kounache a fait du chemin depuis la dizaine de feuilles volantes agrafées à l'arrache en guise de programme. Il a su s'imposer comme un magazine culturel alternatif au style graphique léché et futuriste, aux rubriques inventives et au ton connaisseur, grâce au concours de plumes aiguisées et décalées. Illustrateurs, graphistes, journalistes, chroniqueurs et photographes sont tous des initiés de la communauté L'Boulevard, emmenés par la ténacité créative de Hicham Bahou.

Résultat : un magazine beau comme un collector, fignolé à la sueur du front de sa vingtaine de concepteurs bénévoles, dans un état second, sous la lune de nombreuses nuits blanches au creux d'un petit local casablancais… Un magazine dont la nervosité et l'harmonie artistiques le doivent aussi à la poussée d'adrénaline annuelle, puisque L'Kounache, un rien têtu, obéit à la tradition de ne voir le jour qu'en deux ou trois petites semaines top chrono, malgré ses poussées de croissance d'une dizaine de pages par an, 60 en 2006. Alors L'Kounache, petite révolution éditoriale à l'horizon des kiosques marocains ? Juste une semi-révolution, tant que l'équipe n'aura pas trouvé l'équation de sa pérennité. Pas besoin de faire un dessin, c'est là son leitmotiv : faire de L'Kounache un magazine régulier et professionnel, à vocation trimestrielle puis, pourquoi pas, mensuelle, avec pour créneau et credo de fédérer les créateurs de musique alternative marocaine. Mais au-delà, tendre un microphone virtuel à la jeunesse du pays “bach ykhalliw-houm yetneffsou”, dixit Kounache 2006, avant-goût de ce que pourrait être une publication polyglotte français-darija-arabe, faite par des jeunes et pour les jeunes, d'où l'intérêt pour les annonceurs qui joueront le jeu… en s'inspirant du web.

Aujourd'hui, trois principaux sites musicaux alternatifs affichent leur créativité, fraîcheur et savoir-faire sur la Toile : le “doyen” Marockmag.com, créé en 2003 et emmené par le charismatique RaVeN, qui totalise déjà 100 000 pages vues par mois et s'est imposé comme une référence de la scène rock metal marocaine ; le petit dernier Nextline.ma, né en mars 2006 et managé par une équipe de 13, majoritairement féminine, qui fait le choix de la transversalité en abordant tous les styles musicaux mais aussi le ciné et la littérature, mêlant interviews, “livereports” de concerts, portraits, dossiers et chroniques, le tout sur une page séduisante, structurée et intelligente ; sans oublier bien sûr le fulgurant raptiviste.net, créé en octobre 2005 par trois complices fous de hip hop : Youssef “Usef” Amerniss, 22 ans, webmaster de son état, Rita Allam, 21 ans, directrice de rédaction du site, et Soukaïna Merjane, 21 ans. Entre Fès et Salé, ce trio, épaulé par une poignée de collaborateurs, traque l'info hip hop marocaine et mondiale, appuie la sortie des albums locaux, abrite le “chat” nocturne entre fans et artistes, multiplie interviews, spéciaux et chroniques, diffuse en exclu les clips concoctés par Funky Noise, prépare actuellement une net-tape succulente et apporte la final touch à sa radio online. Résultat : déjà plus de deux millions de téléchargements, 7000 à 10 000 visites par jour, les premières annonces publicitaires, un projet d'association et des partenariats avec L'Boulevard, Urban Live et le festival de Casa. Vous avez dit ébullition ?


Produire
ça a commencé avec les Fnaïre. A peine élus meilleur groupe dans leur catégorie en 2004, ils se sont empressés de franchir le pas. Un investissement de 50 000 DH en matériel, un petit local en guise de studio, une volonté de fer, et le tour est joué. Pour eux comme pour les Hoba Hoba Spirit, attendre la solution providentielle n'était pas à l'ordre du jour. Le système D s'est imposé de lui-même, en piochant dans sa bourse personnelle ou en économisant sur les cachets des concerts. La technique a fait ses preuves. Les Hoba Hoba Spirit en sont d'ailleurs à leur second album autoproduit. Idem pour les 10 “fusionneurs” de Darga, qui ont financé la production de leur premier opus avec le cachet de la tournée promotionnelle Maroc 2010. “A cette date, l'autoproduction est notre seule alternative. Il n'y a pas de labels, pas de boîtes de production et les quelques propositions qu'on nous a faites ne correspondent pas à nos attentes financières ou musicales. On aime notre musique et on n'a pas envie qu'elle soit aliénée par les exigences commerciales. Alors, si le prix à payer est l'autoproduction, on le paiera” affirme Badr des Darga.

Il est rejoint dans son élan par DJ Key, fondateur de Funky Noise, la boîte de production à l'origine de Maroc street life (2005), le premier court métrage dédié au hip hop. DJ Key a ensuite signé le clip “F'mo Hadak” des H-Kayne : “On ne va pas attendre éternellement qu'on vienne nous prendre la main et nous produire. Il fallait bien passer du stade amateur au professionnel. En produisant, on nous prend au sérieux. Et puis, au niveau de l'image, des clips, des films, c'est encore le vide. Il faut bien commencer quelque part”.

Commencer, voilà un verbe qui décrit bien la production, car mis à part ces téméraires, les boîtes de production se comptent sur les doigts d'une seule main - pour une scène qui foisonne. Seuls à sortir du lot, les H-Kayne qui ont signé leur contrat avec Platinium et plus récemment Barry, dont le premier album, sorti parallèlement au Boulevard a été financé par une coproduction TelQuel/Sigma Technologies. “En matière de musique, produire n'est pas le plus dur. Notre véritable souci se situe au niveau de la distribution. Le piratage nous oblige à imaginer des canaux de distribution originaux, presse, web. Trouver des solutions économiques qui permettent ensuite aux artistes que nous produisons de vivre de leur métier”, explique Ali Kettani, DG de Sigma Technologies. En attendant un vrai marché de la production musicale et des solutions alternatives, le système D demeure le modus operandi de la majorité pour les Fnaïre, Darga et autres qui, ont intégré le piratage comme une fatalité et continuent à s'autoproduire.


Organiser
Le défi du Boulevard tient en une équation : concilier développement d'un évènement professionnel pionnier et esprit familial, bénévole, pédagogique et, répète-t-on, désintéressé. L'Boulevard grandit, ça crève les yeux. On évoquait l'an dernier son adolescence, le voici projeté dans le monde adulte, émancipé de la “tutelle” contestée de la Fédération des œuvres laïques (FOL). “ça n'a rien changé en termes d'indépendance car nous avons toujours été autonomes. Mais, précise Hicham Bahou, ça a posé des problèmes logistiques. Pas de local donc beaucoup de déplacements, des problèmes de communication, des coups de fil passés depuis les portables perso, l'obtention du récépissé [de l'EAC L'Boulevart, ex ACAL] à la dernière minute, plus de stress, moins d'efficacité…”

Qu'à cela ne tienne, le festival - et son équipe de 150 personnes - dont une poignée de salariés, ont accueilli 42 groupes devant un stade COC à saturation, notamment pour De La Soul, plus gros cachet de l'histoire du Boulevard. “C'est surtout un mythe, une école, une institution pour les puristes, dont la portée dépasse tous les groupes qu'on a pu inviter et qu'on invitera”. Un succès garanti par le coup de main de Hicham Kabbaj du British Council. Mais grandir, c'est aussi devoir gérer la gourmandise des annonceurs. Et qui n'a pas remarqué la campagne envahissante de Nokia ? “L'évènement grandit et Nokia a sorti le double du budget de l'an dernier, ce qui a entraîné l'absence d'un second gros sponsor comme Coca”, explique sobrement Hicham Bahou, non moins soucieux de l'enjeu de mieux préserver, à l'avenir, l'identité du Boulevard.

“La qualité globale du tremplin a vraiment augmenté, même si ça se sent avant tout pourle hip hop et la fusion où certains ont acquis le niveau de groupes européens, quand le rock metal souffre encore de grosses lacunes techniques”. Paroles de Ludovic Larbodie, fondateur du rendez-vous français Garorock, dont 17 membres sont venus collaborer avec l'équipe casablancaise, via le partenariat lancé cette année. Optique avant-gardiste oblige, des rencontres succulentes sont au programme en 2007 : “H-Kayne et High Tone, Hoba Hoba Spirit avec les Ogres de Barback et Les Tambours du Bronx avec des Gnawa…” Sans oublier le projet d'importer à Marrakech et environs le festival De l'Oxygène pour les oreilles, rendez-vous atypique d'Ax-les-Thermes en France, mêlant sports extrêmes et scène alternative, dont Ludovic Larbodie est également responsable.

Pédagogique, L'Boulevard l'a toujours été, entre scène tremplin et ateliers, avec cette année le premier festival du documentaire musical, destiné à faire découvrir le patrimoine marocain, à révéler et accompagner les talents de l'audiovisuel naissants, à l'instar d'un DJ Key “qui a produit en quelques mois trois clips meilleurs que ce qu'ont fait la RTM et 2M en des années”. S'appuyant sur l'initiative d'Attac, qui s'est greffé au festival des documentaires, Ali Essafi estime que là est le rôle du Boulevard : “Faire converger des mouvements neufs dans leur démarche, témoignant d'une attitude décomplexée. C'est de ça dont le Maroc a besoin”. L'auteur Youssef Amine Elalamy ne le contredira point : “C'est un chantier, tourné vers l'avenir”.


Filmer
Boulevard 2006. Troisième jour. Au menu, du métal rock. Sur l'esplanade du stade du COC, les caméras du réalisateur Ahmed Boulane se gavent d'images. Son prochain film est inspiré de ce qui est désormais appelé “l'affaire des satanistes”. Derrière son poste, Boulane regarde défiler, avec gourmandise, des centaines d'images, authentiques, uniques, et impossibles à reproduire d'une génération qu'on ne croise pas dans la rue, ou du moins avec une telle concentration. Musique, paroles, look, attitudes, état d'esprit, tout y est. L'Boulevard a rassemblé la génération urbaine du Maroc entier dans le même espace et la sert sur un plateau d'argent à qui veut s'en servir. L'année dernière, l'équipe de Tracks, l'émission d'Arte, s'est délectée en réalisant son reportage sur la nouvelle scène musicale marocaine.

Résultat, au-delà de la musique, une image du Maroc qu'on n'avait encore jamais vue, celle d'une génération entière. “Même ici au Maroc, beaucoup n'ont encore jamais entendu parler du Boulevard” relativise, réaliste, Hicham Bajjou, le vocaliste de Dayzine. Il co-signe, avec Mohamed Slaoui, autre pilier de la famille EAC (Education artistique et culturelle), le premier documentaire consacré au Boulevard : les deux potes ont accompagné le mouvement depuis sa naissance. “L'idée nous est venue à l'édition 2005. On s'est rendu compte que la réalité de la génération Boulevard n'est visible que durant la manifestation. Le Boulevard ne peut pas être réduit à la simple scène musicale. A son démarrage, c'était certes un petit tremplin pour jeunes musiciens. Mais, aujourd'hui, c'est devenu le mouvement de culture urbaine du Maroc par excellence, le seul qui nous rassemble autour de notre quête d'identité nord-africaine et universelle. Et encore un fois, ce n'est pas tant la musique. Le Boulevard est d'abord une aventure humaine. Un repère identitaire pour des centaines de milliers de jeunes”, poursuit ce dernier.
Le documentaire dont la sortie est prévue pour la fin de ce mois porte d'ailleurs le titre très explicite de Génération Boulevard, où le musical est imbriqué avec l'associatif, le politique et les soucis générationnels. Bref, la retranscription d'une réalité qu'on ne voit sur aucun écran aujourd'hui. D'ailleurs, les deux auteurs sont eux-mêmes enfants de ce Boulevard. “C'est un début”, conclut Hicham Bajjou. Le pendant image du Boulevard pointe à peine. Ainsi, la programmation de projections de documentaires musicaux venues compléter l'édition 2006 laisse présager d'une plus grande ambition, probablement celle d'une génération de réalisateurs made in L'Boulevard.



Audiovisuel. L'Boulevard sur les ondes

Nulle surprise dans le fait que Momo Merhari ait été régulièrement contacté par des porteurs de projets radios. Parmi les quatre poids lourds qui étaient en lice pour l'octroi de licences, deux au moins - dont la lauréate Hit Radio de Younès Boumehdi et celle de Mehdi Benslim, un «recalé» qui n'a pas dit son dernier mot - sont résolument tournés vers L'Boulevard, en tant que mouvement. Besoin d'une radio miroir de la jeunesse marocaine, stop à la libanisation, promouvoir la nouvelle scène musicale… les motivations concordent et promettent une petite révolution pour ces nouveaux artistes jusqu'ici grandement snobés par les médias. “Je bosse sur mon projet depuis 1993 mais le succès du Boulevard a confirmé mes choix”, affirme Younès Boumehdi. Pour sa part, Mehdi Benslim est allé jusqu'à proposer à Momo Merhari et Hicham Bahou une émission hebdomadaire spéciale Boulevard. Un projet loin d'être enterré : selon lui, de nouvelles radios devraient naître d'ici six mois...



Festivals. L’effet émulation

2002 le ministère de la Culture fait appel à Total Eclipse pour se produire lors du festival d'été d'El Jadida. C'est la première fois que «la musique du Boulevard » sort de son petit microcosme, qu'elle s'exporte au-delà des frontières de la salle de concert de l'Association culturelle et artistique laïque (ACAL), à l'époque abritée par la FOL (Fédération des œuvres laïques). Au lendemain de ce “précédent”, les autres festivals se sont progressivement intéressés aux musiciens de la nouvelle scène, avec en tête de liste, le Festival Gnawa d'Essaouira. Suivront ensuite les Mawazine, Rawafid, Tanjazz, le festival de Chefchaouen et celui de Casablanca. Il n'y a presque plus aucun festival qui ne compte dans sa programmation des formations issues du Boulevard. Mais la véritable émulation n'a commencé qu'en 2005. Cette année-là, le festival Jazz aux Oudayas a fait appel à l'association Envol pour proposer une scène “jeunes espoirs”. La compétition n'est toujours pas à l'ordre du jour. “Notre souci premier est d'offrir une scène où les musiciens peuvent se produire, se professionnaliser ou simplement de leur donner l'envie de continuer, de travailler plus sérieusement leur musique”, affirme Jaâfar Hamza, président d'Envol. Un an plus tard, l'autre festival r'bati, Jazz au Chellah, saute le pas vers un nouveau tremplin : “génération Mawazine”. Un nouveau Boulevard à l'horizon ? “Certainement pas, commente Jafar Hamza, mais les bonnes idées sont faites pour être reproduites”.

 
 
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