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N° 229
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Le Maghreb devrait attaquer la FIFA”

Antécédents
Najib Salmi
Journaliste sportif

1948. Naissance à Sidi Kacem sous le nom de Saïd Hajjaj.
1968. Baccalauréat “spécial” au lycée Descartes.
1968. Intègre L’Opinion en tant que correcteur.
1969. Adopte le pseudo Najib Salmi.
1972. Assiste à la prise d’otages israéliens aux JO de Munich.
1976. Couvre, avec deux autres journalistes marocains, la finale de la Coupe d’Afrique, remportée par le Maroc.
Smyet Bak ?
Mohamed Hajjaj Hachmi Zerhouni.

Smyet mok ?
Zahia Sabr.

Nimirou d’la carte ?
A 25 366.

Comment dois-je vous appeler, Najib Salmi ou Saïd Hajjaj ?
Il n’y a que mes proches amis et ma famille qui m’appellent par mon vrai nom, Saïd.

Vous avez connu la célébrité sous un pseudo que vous n’avez même pas choisi. Ce n’est pas frustrant ?
Je m’y suis fait. Je le porte depuis si longtemps… Au moins 37 ans, c’est plus vieux que la majorité des Marocains aujourd’hui.

Vous n’êtes pas devenu un peu schizophrène, à la longue ?
J’ai toujours considéré que le journaliste ne doit pas développer d’ego surdimensionné. J’ai appris que la célébrité et la gloire pouvaient très vite s’évaporer. Je ne vis pas dans l’univers de Najib Salmi. Je fais mon travail avec beaucoup d’humilité et avec des gens dont on ne voit jamais le nom comme les imprimeurs ou les correcteurs.

Quelle est votre astuce pour suivre la Coupe du Monde ?
Je suis abonné depuis 1997 aux bouquets satellites français à travers des amis installés à l’étranger. Ce n’est peut-être pas légal mais ça m’a permis de résister aux cartes piratées.

Vous avez de la chance, vous !
J’ai payé pendant de longues années pour cette chance. Maintenant, ce qui arrive est déplorable. Tant qu’une chaîne de télévision cryptée continuera à représenter le monde arabe aux yeux de la FIFA, on ne s’en sortira jamais. Pourquoi un pays comme le Maroc, avec ses chaînes et sa tradition footballistique irait-il supplier une boîte privée ? Aujourd’hui, même l’Allemagne est frustrée parce que la Coupe du Monde ne sera pas retransmise partout dans le monde. Au journal, j’ai pris la télé par ADSL de Maroc Telecom. Mais c’est trop cher. C’est scandaleux de demander aux Marocains de payer l’équivalent d’un salaire moyen pour suivre le Mondial.

L’Algérie en a fait une affaire d’Etat, le gouvernement subventionnera même des cartes ART… Vous trouvez cela courageux ou insensé ?
L’Algérie a accepté les 20 minutes bien avant nous puis a politisé l’affaire quand elle s’est sentie dupée. Et puis franchement, pourquoi faire tout ce scandale pour se plier au diktat de la FIFA au final ? Les pays du Maghreb devraient plutôt déposer une plainte contre la Fifa qui se doit, dans son cahier de charges, de diffuser le Mondial partout dans le monde.

Qu’est-ce qui vous retient depuis 37 ans à L’Opinion ?
Peut-être la liberté que j’ai gagnée ou qui m’a été accordée par inadvertance. Quand j’ai commencé à L’Opinion, nous étions une famille de rédacteurs, nous avons toujours été libres de travailler. Je suis peut-être un sédentaire. Je me contente de peu. J’ai été contraint d’avoir un portable, je n’ai pas de permis de conduire, je ne peux donc pas aller bien loin. D’ailleurs, j’ai trouvé que beaucoup de gens ne l’avaient pas non plus comme Tayeb Seddiki, Khalid Jamaï, Eddy Mitchel, Thierry Ardisson… Nous sommes un petit club. Finalement, peut-être que je me sens bien à L’Opinion.

Comment avez-vous pris le départ d’El Guerrouj ?
Généralement, les athlètes arrêtent après une défaite. En 1991, Aouita a arrêté parce qu’il a été doublé par Morcelli. Il ne s’est même pas battu pour la deuxième place et a été huitième lors de sa dernière course officielle. Le directeur de L’Equipe avait alors écrit que pour les grands athlètes, “on est premier ou rien”. Ça s’applique aussi à El Guerrouj, mais lui est parti au bon moment, après une victoire. C’est rare.

Quelque part, c’est vous qui avez lancé Aouita…
C’est L’Opinion sportif. Aziz Daouda était venu me voir en 82 pour me dire que le jeune Aouita a fait 3.32.52 sur le 1500 m. A l’époque, c’était complètement étranger aux Marocains. Quand j’ai saisi l’importance du record, nous avons titré en première page, avec un renvoi aux pages sportives “En demi-finale de la Coupe du Monde, le Maroc bat l’Angleterre 5-0”. En pages sportives, nous expliquions que c’était en fait une image, une manière de mesurer à quoi équivalait l’exploit d’Aouita.

Qu’attendez-vous pour écrire vos mémoires ?
Tous mes proches me posent la question. Je crois qu’ils ont raison. Il faut que je laisse quelque chose.

 
 
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