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Par Selma Mestiri
Tunisie. Sus aux opposants !
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Dans un tribunal de Tunis,
en mai 2006. Depuis le 6 mai, les
avocats protestent contre une
réforme de la justice, déjà peu
indépendante
(AFP)
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Les démocrates tunisiens font de plus en plus entendre leur voix. Mais encouragé par les réactions frileuses de l'Union européenne, le régime de Ben Ali continue de réprimer l'opposition.
LOffice de tourisme tunisien pourra-t-il toujours vanter la Tunisie comme une terre de sérénité sans se faire accuser de publicité mensongère ? Etat policier étroitement encadré, le fief du président Zine El Abidine Ben Ali a de nouveau réprimé ces derniers jours. Au menu : le micmac politico-judiciaire autour de la Ligue tunisienne des |
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droits de l'homme (LTDH), sur fond de tensions sociales.
LTDH : l'interminable feuilleton
Minée par des tensions internes, cela fait neuf mois que la LTDH, doyenne des organisations de défense des droits de l'homme en Afrique et dans le monde arabe, tente de tenir son 6ème congrès national. Le conflit qui l'agite oppose des membres de la Ligue proches du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, le parti au pouvoir) à la direction de la LTDH. D'abord programmé pour septembre 2005, le congrès avait été suspendu après une décision de justice, suite à la plainte de 22 adhérents contre la direction pour violation du règlement intérieur et abus de pouvoir. Son président Mokhtar Trifi et le comité directeur accusent les autorités d'inciter à une contestation interne, dans le but de faire disparaître l'organisation. Le 27 mai, alors que la LTDH tentait une énième fois de se réunir à Tunis, la police est intervenue, empêchant les militants, les invités étrangers (notamment une députée européenne, des diplomates européens et américains) ainsi que les journalistes de se rendre au siège de l'organisation. Devant les barrières métalliques installées autour du siège, des incidents ont opposé les dizaines de policiers présents aux militants refoulés. Les autorités tunisiennes, elles, font mine de ne pas être concernées par l'affaire. C'est une affaire interne, dans laquelle l'autorité ne veut pas s'immiscer, a ainsi indiqué Abdelaziz Ben Dhia, porte-parole de la présidence. Une vieille tactique, affirme à TelQuel Kamel Jendoubi, président du Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie. Pour lui, les autorités tunisiennes cherchent à pourrir la situation en étouffant la Ligue par tous les moyens. La presse tunisienne - si on peut appeler presse des bouts de papier, ironise M. Jendoubi - n'a pas fait mention de l'interdiction du congrès, se contentant de reprendre, mot pour mot, les déclarations du porte-parole de la présidence. Dernier rebondissement dans l'affaire : alors que le jugement devait être rendu le 3 juin, le tribunal de première instance de Tunis a reporté son verdict au 8 juillet, en pleines vacances d'été, sans qu'aucune explication ne vienne éclairer cette décision.
Réaction frileuse de l'Union européenne
Paris a regretté les incidents autour de la LTDH mais a tenu à réaffirmer son appui à la politique de réformes économiques que conduit la Tunisie et à ses nécessaires prolongements dans les domaines des droits de l'homme et de l'Etat de droit. Une réaction qui a provoqué la colère de nombreux défenseurs des droits de l'homme. Soutenir le régime tunisien au motif qu'il réalise de bonnes performances économiques est une position politiquement inefficace et moralement condamnable parce qu'elle suppose que les Tunisiens sont simplement des estomacs, s'est indigné le secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Driss El Yazami. La députée européenne Hélène Flautre a estimé pour sa part que la Tunisie était responsable de violations massives des engagements bilatéraux avec l'UE, appelant cette dernière à mettre en uvre une stratégie offensive et contraignante à l'égard de Tunis. Pour Kamel Jendoubi, la timidité de l'UE, en particulier de la France, de l'Espagne et de l'Italie, ne fait qu'encourager le régime à agir comme bon lui semble. Les autorités tunisiennes font peu de cas de ces mises en garde répétées. Quelques jours avant l'interdiction du congrès, la Tunisie a de nouveau fait honneur à sa réputation de terre hospitalière en expulsant un membre suisse de l'ONG Amnesty International, pour comportement outrageant et indécent, violation des lois du pays et atteinte à sa souveraineté. Le crime de Yves Steiner ? Avoir évoqué publiquement un discours du président suisse au Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) en novembre 2005 à Tunis, appelant la Tunisie à respecter la liberté d'expression
Le militant a été malmené par les forces de l'ordre : saisi par la nuque, sa tête plaquée contre les genoux, son téléphone portable a également été confisqué, affirme Amesty dans un communiqué, en accusant le gouvernement tunisien de vouloir intimider les défenseurs des droits de l'homme.
Tensions sociales
Concernant le milieu judiciaire, une autre affaire a causé des remous en Tunisie. Les membres du Conseil national de l'ordre des avocats (CNOA) ont suivi une grève de la faim de 48 heures pour dénoncer des atteintes à l'indépendance du barreau, comme une récente intervention de la police dans les locaux du Conseil. Les avocats veulent avant tout protester contre une tentative de reprise en main par le régime de la profession, avec la création programmée d'un institut de formation censé, selon le ministre de la Justice Béchir Tekkari, réhabiliter l'éthique de la profession qui s'est dégradée ces dernières années en raison de certains agissements irresponsables. En outre, les grèves se sont multipliées dans divers domaines. Les infirmiers et agents de la santé publique ont fait grève la semaine dernière pour exiger la hausse de leurs salaires et la gratuité des soins dans les hôpitaux publics. Suivie à 95%, cette mobilisation a fait suite à celle des enseignants, qui ont exigé le 18 mai l'amélioration de leurs conditions et le respect des libertés syndicales. Mais d'après les autorités tunisiennes, dans le domaine des droits de l'homme comme pour le reste, la Tunisie n'a de leçons à recevoir de personne. |
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Ridicule !
La France donne un prix à Ben Ali
Pendant que l'opposition tunisienne tente de lutter contre le régime, une institution française qui n'a pas peur du ridicule a décerné un prix à Ben Ali. Ce dernier a reçu le 29 mai la médaille d'or de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres de l'Institut de France, pour récompenser l'engagement de la Tunisie dans l'éducation et la culture, qui garantissent le développement durable et barrent la route à l'obscurantisme et au fanatisme. Et début mai, la Tunisie, comme douze autres pays africains, a été élue au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Une grande marque de confiance de la communauté internationale, qui traduit la reconnaissance des nations du monde pour l'action inlassable menée par le pays en faveur de la protection et de la promotion des droits de l'homme sur la base d'une approche équilibrée, s'est félicité, sans rire, le ministère tunisien des Affaires étrangères. |
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