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N° 229
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB trouve que c’est une drôle d’idée que de vouloir tout faire avec ses parents.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem ne comprend plus grand-chose à la société qui l'entoure. Tout le monde semble obsédé par une seule et même question : qui est marocain et qui ne l'est pas ? Qui nous représente et pourquoi ? ça a commencé avec le film Marock. Zakaria Boualem est allé le voir, il n'a pas aimé. Il l'a trouvé un peu neuneu. Ensuite, il s'est baladé sur les forums consacrés au film pour découvrir que la question qui angoissait le plus les internautes, c'était : “il ne représente pas les Marocains”. Cette problématique a beaucoup perturbé notre héros. Il a vécu un truc similaire en 2003, lorsqu'il est allé aux Etats-Unis. À force de regarder des films américains, il pensait être accueilli par une délégation de la mafia, quelques cow-boys aussi et un troupeau de blondes échappées de Malibu. Rien du tout. Il s'attendait à se faire agresser à chaque coin de rue, à voir des poursuites de voitures et des braquages de banques. Que dalle. Le peuple américain est très poli, même un peu neuneu lui aussi. La réalité américaine ne ressemble pas à ses films. Conclusion : un film ne représente personne. Il faut demander cela aux documentaires, par exemple. Donc, il ne comprend pas pourquoi on demande à n'importe quel film marocain de représenter le Maroc. Il y a une deuxième objection qui le fait beaucoup rire : “On ne peut pas le regarder avec ses parents”. Réponse de Zakaria Boualem : mais quelle drôle d'idée que de vouloir tout faire avec ses parents. Zakaria Boualem souhaite préciser à ces brillants polémistes qu'il existe tout un tas d'activité
qu'on ne fait pas avec ses parents et que ça n'a jamais été un problème. De leur côté, les parents ont des activités qu'ils ne font pas avec leurs enfants, et tout va bien, et merci.

Mais le sommet a été atteint avec une émission de 2M consacrée à la culture. On y voyait un certain Monsieur Berrechid, artiste de théâtre de son état, qui déclarait notamment : “Mais que fait la douane pour nous protéger de cette musique ?”. La musique en question, c'était du rap... marocain ! Ce concept de musique clandestine a fait beaucoup réfléchir notre héros. Il a compris que pour ce monsieur, la musique est un produit comme un autre. Une sorte de fromage qu'il faut empêcher d'entrer au pays. Pourquoi ? Parce que lui-même produit du fromage, alors il protège son marché. Si le fromage qui le dérange est produit au Maroc, alors il faut l'interdire quand même, au nom de normes de qualité qu'il définit lui-même, bien sûr. D'un seul coup, tout devient clair : le drapeau marocain est devenu un logo. Confisqué par un petit groupe, celui qui parle le plus fort. Celui qui défend ses petits intérêts et qui n'a pas peur du ridicule. Celui à qui on ne demande jamais de comptes parce qu'il attaque toujours le premier. Celui qui a attendu l'explosion des festivals populaires pour les critiquer, sans avoir jamais rien fait de sa vie pour le peuple. Un groupe privé qui gère le logo Maroc, qui exclut qui il veut pour protéger sa petite soupe fade. Et puis, il y a les autres, ceux qui cherchent le pouvoir, qui agitent à longueur de journée des concepts douteux. Ceux qui répètent ce que les gens ont envie d'entendre : on vole le peuple, on distribue nos millions, pardon, nos milliards aux étrangers, les juifs manipulent tout, le peuple n'a pas besoin de musique puisqu'il a faim, etc, etc, etc... Sans jamais rien prouver, juste en appliquant le théorème marocain qui dit qu'une connerie répétée trois fois devient une vérité. En face de cette fine équipe, Zakaria Boualem constate qu'il n'y a personne. Il se souvient alors qu'un prof d'histoire de Guercif lui avait raconté la montée du fascisme dans l'Europe des années 30. ça avait commencé avec la censure, avec la lutte contre toute forme de culture non “conforme”. Et ça avait marché. Grâce à la lâcheté des élites intellectuelles.

 
 
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