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Par Khalid Tritki
Bouthayna Iraqui Houssaïni
1984. Ouvre sa première pharmacie
1989. fonde son entreprise Locamed
1999. Devient championne du Maroc de jet ski
2000. Sélectionnée parmi 7 entrepreneurs internationaux pour un programme de l'ONU |
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Khadija Doukkali
1995. Prend les rênes de l'entreprise familiale
2000. Entame un ambitieux plan de restructuration
2003. Devient présidente de la fédération des produits de la mer à la CGEM
2006. Met sa société à l'arrêt pour difficultés financières |
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Élections. La guerre des patronnes
Deux candidates se disputent la présidence de l'association des femmes chefs d'entreprises du Maroc. Deux personnalités au profil et au parcours diamétralement opposés. Portraits.
Le 28 juin prochain, les membres de l'Association des femmes chefs d'entreprises du Maroc (AFEM) doivent élire leur présidente. Deux candidates sont en lice : Bouthayna Iraqui Houssaïni, patronne de Locamed, une société de distribution de matériel médical et orthopédique, et Khadija Doukkali, gérante de la PEVAP, une société opérant dans la pêche hauturière. Les deux femmes sont actuellement en campagne pour s'adjuger la place de la très médiatique Saloua Karkri Belkziz, la présidente sortante. Et si l'ambition est une, la méthode et le style de gestion diffèrent. Pour s'en convaincre, il suffit de suivre les pas des deux candidates tout en décortiquant les arguments électoraux de chacune. Mais précisons d'emblée qu'il n'y a aucun enjeu économique dans cette élection. L'AFEM ne représente pas des intérêts sectoriels, ni des lobbies. L'association est tout juste un club de femmes qui se sont regroupées en réseau pour promouvoir le management au féminin. Aide à la création d'entreprise, formation à la carte au Maroc et à l'international et surtout des services pour les membres du club, tels sont en bref les objectifs. La prochaine présidente se doit, logiquement, de s'inscrire dans la continuité de l'action des mères fondatrices (dont notamment Saloua Karkri Belkziz), tout en apportant sa propre touche. Qui des deux candidates est capable de relever ce (petit) défi ?
Deux femmes, deux histoires
Si tout réussit à Bouthaïna Iraqui Houssaïni, Khadija Doukkali, sa rivale, cumule les déboires. La première, docteur en pharmacie, se lance dans le monde de l'entreprise dans le secteur médical, d'abord dans la vente de médicaments, avant de passer, quelques années après, à la distribution de matériel médical. La formule a pris et l'entreprise compte actuellement 43 employés et trois points de vente. Le succès est tel que des opérateurs français ont approché la dame pour une prise de participation dans la société. Objectif : s'attaquer au marché maghrébin. Bouthaïna Iraqui a décliné l'offre car, selon ses termes, elle ne cherche pas à grandir à tout prix. Je fais mon bonhomme de chemin en comptant sur mon engagement et celui de mes collaborateurs, explique-t-elle avec un brin de fierté. Elle prône un style de gestion participatif et préfère les méthodes consensuelles pour impliquer tout le monde autour d'elle.
En face d'elle, Khadija Doukkali a investi le secteur de la pêche par filiation. Son père a mis le pied dans le métier au milieu des années 80 grâce à un plan de coopération allemand. Les Doukkali avaient alors décroché un prêt auprès de la KFW, une banque allemande, pour l'achat de bateaux de pêche hauturière (pêche du poulpe). Peu d'années après, un contentieux éclate entre les deux partenaires. Finalement, la banque allemande récupère ses bateaux et les revend à une autre société de la place. A cette époque, à la fin des années 80, Khadija Doukkali commence à prendre les rênes de l'affaire familiale pour entamer un nouveau départ. La nouvelle commandante de bord se révèle d'une poigne de fer. Elle est plutôt adepte du management autoritaire et règne sans partage. Son défaut : son arrogance qui lui fait perdre tout contact avec le terrain et ses spécificités. Preuve en est le clash social qu'elle a vécu en juin 2005. Suite à un licenciement abusif, le tribunal social accorde à l'un de ses employés une indemnité de 94 000 DH. La société résiste jusquà la saisie dun de ses bateaux de pêche. Après quelques barouds dhonneur, Khadija Doukkali finit par se tempérer. Quelques mois après, elle lance ses bateaux dans une campagne hasardeuse. Ses navires prennent le large, cap sur la Guinée équatoriale. Pour revenir bredouilles, deux mois plus tard. À titre indicatif, pour 60 jours de mer, un bateau consomme environ 240 tonnes de gasoil, soit 120 000 dollars par bateau
Khadija a laissé partir sept bateaux pour voir revenir, finalement, quelques marins atteints de la fièvre jaune
La société des Doukkali est actuellement à l'arrêt mais Khadija, elle, a sept vies. Elle arrive toujours à tirer son épingle du jeu
De l'associatif à la politique
En effet, malgré les déboires qu'a vécus sa société depuis le début des années 2000, Khadija Doukkali a quand même réussi à trôner à la tête de la Fédération des produits de la mer, un organisme affilié à la CGEM. Comment ? C'est le mystère total. Un proche de la fédération se contente d'évoquer un hypothétique effet de mode : La règle était de mettre les femmes en avant, Khadija Doukkali a surfé sur cette vague jusqu'à la confédération patronale. Son mandat arrive à terme cet automne, elle se lance désormais à l'assaut de l'AFEM. Passera-t-elle cette épreuve avec succès ? Tout est possible, ironise un membre influent de l'AFEM. Les deux candidates adoptent des styles de campagnes diamétralement opposés. Bouthaïna Iraqui a entamé sa tournée cette semaine dans le but de convaincre par son plan d'action : le renforcement des structures régionales, l'amplification des actions de formation et surtout la concrétisation des projets d'incubation entamés d'abord à Rabat et qui seront étendus vers d'autres villes du royaume. La patronne de Locamed mobilise une équipe autour d'elle et dispose d'emblée de l'appui de la présidente sortante. En revanche, Khadija Doukkali cherche à impressionner plutôt qu'à convaincre. Selon des témoignages recueillis auprès de femmes chefs d'entreprises, ses rabatteuses ne cessent de marteler qu'elle est ministrable, qu'elle est une femme d'influence très proche de Driss Jettou et qu'elle dispose d'une grosse fortune. La seule vérité dans tout ceci, c'est que Jettou a été le voisin de palier des Doukkali. Sans plus. Quant à la fortune, elle n'égalera pas celles des Amrani et Bensalah dont les filles siègent au bureau de l'AFEM, confie ironiquement une femme chef d'entreprise. Il reste la ministrabilité. Entre nous, qui n'est pas ministrable dans ce pays ? Vous aussi, Mesdames vous l'êtes ! |
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