Wa derrej a khouya !
Notre véritable identité ? Nous lavons tous les jours sur le bout de la langue !
Mercredi soir, je suis tombé par hasard sur une émission sportive de 2M. Sur le plateau, il y avait trois animateurs. Le premier parlait en arabe classique, le second en arabe médian (cette langue bizarre qui consiste à fondre des mots darabe classique dans des structures grammaticales darijophones), et le troisième parlait en français. Si chacun avait animé un tiers de lémission, à la limite, ça aurait ressemblé à quelque chose. Mais ces trois hommes ont choisi de
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discuter, chacun restant cantonné dans sa langue ! Imaginez la scène : le francisant pose une question malicieuse, larabisant classique lui fait une réponse humoristique
et cest le troisième larron qui rigole ! Ces trois messieurs sont manifestement polyglottes, tant mieux pour eux. Mais imaginez le désarroi de la grande majorité des téléspectateurs qui, eux, ne le sont pas ! Au final, les seuls qui ont pu suivre cette émission sans problème sont ceux qui maîtrisent les trois langues à la fois. Soit une petite élite. Et le plus drôle, cest que celui ou celle qui a fixé létrange fonctionnement linguistique de cette émission pensait, zaâma, rapprocher la télé du peuple, censé être multilingue !
Mais ne soyons pas nihilistes, pour reprendre un mot à la mode. Même franchement à côté de la plaque, cet effort de 2M était louable. On commence à comprendre, à la télé, que larabe classique tout seul (et a fortiori le français tout seul)
ça ne marche pas, tout simplement. Quelque chose est en train de bouger et ne serait-ce que pour ça, bravo ! Mais posons quand même la question : par quel cheminement tortueux la volonté de se rapprocher du peuple a-t-elle conduit... à sen couper complètement ?! Cest sans doute le fruit de la désastreuse politique éducative et linguistique suivie depuis lindépendance : faire simple et clair (je parle à la télé comme je parle dans la vie) est devenu au-dessus de nos forces. Faire pompeux et compliqué, par contre, est devenu notre seconde nature.
Il faut à tout prix que nous sortions de ce brouillard linguistico-indentitaire. Il faut trancher, et faire simple : notre seule langue commune, cest la darija. Certains traduisent darija par arabe marocain. Je ne suis pas daccord avec cette traduction. Cest du marocain, tout court. Oui, le marocain comporte une majorité de mots dorigine arabe. Mais une courte majorité. Dedans, il y a presque autant de mots dorigine berbère (sarout, lalla), dorigine française (tomobile, berouita), ou encore espagnole (scouila, couzina)
Mais attention : sils sont dorigines diverses, tous ces mots appartiennent sans ambiguïté à la langue marocaine. Jentends dici la question : Alors le marocain, cest du nimporte quoi ?. Pas du tout ! Quelle que soit leur origine, tous les mots de notre langue ont un point commun : ils se conjuguent en marocain. Quon passe au pluriel (souaret, lalliyati, couzinat), au mode possessif (tomobilti, berouittou, secouiltha), ou à toutes les formes de conjugaison possibles, la structure grammaticale est marocaine, et rien dautre. Cest quand même incroyable que nous nous interrogions encore sur notre véritable identité, alors que nous lavons tous les jours sur le bout de la langue !
Mais il y a mieux encore : le marocain est une langue super flexible, prête à toutes les innovations et à tous les néologismes. Cest ce que les spécialistes appellent une langue vivante. En comparaison, larabe est disons moribond (bach nebqaou gentils). Exemple, linformatique. Comment dit-on clique sur la souris en marocain ? Cliki fla souris. Simple, non ? Et vous savez comment ça se dit en arabe classique ? Jai vu ça dans un manuel technique, vous nallez pas le croire : ça se dit taq taq âla lfara. Vous riez ? Vous avez raison. Mais quand vous aurez fini de rire, sil vous plaît, réfléchissez sérieusement à tout ça. Au fond, ça na rien de drôle. Cest même triste, de passer à ce point à côté de soi-même
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