Prisonniers salafistes. Bras de fer mortel
Politique. Du rififi au Parlement
Législation. Pourquoi les pharmaciens ont peur
Société. L'enfant sauvage
Reportage. Randomania
Guantanamo. Trois suicides de trop
Irak. Les dernières heures de Zarqaoui
Élections. La guerre des patronnes
Lazywall. Le mur du son
Tanger. Cinéma Rif, le retour
N° 230
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine Culture

Rachid Taha.
(Remi Boissau)

Festival d’Essaouira. Taha Boulba

Que dire de Rachid Taha, programmé en concert de clôture du prochain festival d’Essaouira ? L’homme est un vrai rockeur, autodestructeur, animé de l’énergie pure des premiers temps du punk, capable de sauter musicalement des Bnet Marrakech (sur l’album Diwan) à Brian Eno (sur son dernier opus, Tékitoi), ceci sans jamais rien perdre de son intégrité musicale. Souffle politiquement incorrect, dans un monde artistique de plus en plus aseptisé, Taha, qui n’a jamais joué au bougnoule de service contrairement à d’autres chanteurs au faciès typé, possède sur scène l’inconstance des êtres torturés : un coup brillant, un coup aux
limites du n’importe quoi. Avec lui, la frontière entre le sublime et le ridicule est toujours très fine, et dépendante de son humeur et des produits consommés avant de monter sur scène. Il est capable d’un concert hot à l’IF de Meknès où le public, stupéfait, se laisse mener par un Taha déchaîné dans sa reprise de “Rock the Casbah” des Clash, avant une apothéose de possédé où il est presque entré en transe. Et quelques mois plus tard, foirer (musicalement parlant) sa prestation au complexe Zaf Zaf de Casablanca, chantant faux, sans le charme de ses déraillements vocaux, violeurs de gamme impénitents. À n’en pas douter, l’ambiance souirie très désinvolte plaira à Rachid Taha qui, s’il est en forme, mettra le feu au public de la place Moulay Hassan.

Dimanche 25 juin à 15h.



Sortie. Fast and funny

Visuellement, le film est impressionnant. Pixar nous avait habitué à une technique parfaite et des effets visuels réalistes, mais là le résultat est simplement orgiaque. Quoi ? Des voitures sur-customisées, rondes et gouailleuses. Le héros, Flash Mc Queen, est un obsédé de l’accélérateur qui va apprendre l’amitié au contact de la Porsche Sally et Doc Hudson, le long de Radiator Springs. Certes, les dialogues ne volent pas très haut et les bons sentiments peuvent faire sourire. Mais ils ne dégoulinent pas au point d’ennuyer. Les gags, inspirés, sauvent l’essentiel. Et le plaisir esthétique est dans les détails, comme les reflets sur les carrosseries. De quoi oublier le scénario, un peu fadasse. Lorsque les voitures traversent des paysages sublimes, on pense aux voyageurs de la légendaire Route 66 dans les road movies. Avec les habituels rednecks à l’écart des highways. Pour ceux qui ne comprennent rien à la fascination des Américains pour les courses de Nascar, John Lasseter vous fait voyager sans vraiment ménager ses montures. Mais où s’arrêteront-ils ?!

Au Mégarama.



Roman. Houria d’outre tombe

Connue depuis Le Corps dérobé comme un écrivain anti-conformiste, Houria Boussejra récidive à titre posthume. Les impunis ou les obsessions interdites (Ed. Marsam), elle a commencé à l’écrire en 1997, quatre ans avant son décès en août 2001. En plus de décrire la soumission volontaire et imposée aux femmes, l’auteur situe ses personnages (inspirés de ceux qu’elle a connus après l’alternance) au cœur du pouvoir, là où la cruauté redouble d’intensité. A sa mort, le manuscrit est resté comme un testament de sa désillusion. Abdeljalil Lahjomri, qui a préfacé le livre, le dit si bien : “Ecrire, c’est mourir un peu”.


Théâtre. Perec fried potatoes

La compagnie r’batie du Clair Obscur clôt sa tournée avec la pièce virtuose de Georges Perec, La poche parmentier. Mise en scène par Jean-Luc Joly, qui a le double mérite de maîtriser l’art théâtral et l’univers “perecquien”, la pièce est un sublime huis clos. Avec six personnages en quête de sens, ayant comme unique occupation l’épluchure des pommes de terre, cette œuvre oscille entre les attentes, les répétitions et les silences de l’absurde, et les thèmes du souvenir, du temps et de l’absence de mémoire si chers à l’auteur oulipien. La pièce est jouée avec maestria, par une Michèle Manzoni qui déploie une palette de jeu très large, un Marc Dubruille flamboyant, un Emmanuel Bonnettat inventif, une Françoise Moulay sobre, une Agnès Sefrioui surprenante, une Imane Zerouali aux variations judicieuses et un Mohamed Benazzouz, impressionnant par sa présence. À ne pas manquer.

Le vendredi 23 juin à l'institut français de Casablanca, 20h30.



Concert. Salif, furtif

Salif Keita en clôture du festival des musiques sacrées, il faut avouer qu’on ne pouvait espérer mieux. Un concert du griot blanc, c’est ce qu’il y a de plus sacré, ça ne peut être que grandiose ! On se prépare pour, on s’impatiente, on fantasme et on réaménage tout son agenda pour être de la fête. Et puis, le jour J arrive. Et là, une fois sur le site du concert, la réalité vous rattrape. Le public présent n’a rien des fans de Salif. Il n’a même pas l’air de connaître le grand homme, ni sa musique. Sinon, il ne serait pas venu tiré à quatre épingles, chargé d’enfants et petits-enfants comme pour un mariage guindé. Un concert de Salif est une transe du corps et de l’esprit, ça ne se regarde pas assis, sage, les bras croisés, en se demandant si les autres bourgeois de la ville ont remarqué que vos chaussures sont mariées à votre sac à main. Pas étonnant que le griot malien se soit finalement contenté d’une petite heure de scène. Quel gâchis !


Festival. Jailhouse Jazz

Jazz au Chellah, fidèle à sa tradition, réitère cette année son expérience des concerts acoustiques à destination des détenus de la prison de Salé, des internés en psychiatrie de l’hôpital Arrazi et des enfants des rues du cirque Chemsy. “C’est la philosophie du festival, aller vers tous les publics” , explique Rosamaria Gili, conseillère culturelle de la Commission européenne à Rabat, institution organisatrice de Jazz au Chellah. Ainsi donc, le 17 juin , Mouloud Meskaoui ira mettre le souk à la prison de Salé tandis que la chemaâ (bougie) de Jil Jilala éclairera l’esprit des patients d’Arrazi. Qui ira jazzer avec les enfants du cirque Chemsy, le 20 ? On ne sait pas encore. Les artistes invités sont sollicités à leur arrivée mais les volontaires ne manqueront sans doute pas, le principe du jazz hors les murs rencontrant la faveur des jazzmen à chaque édition.


Dessin animé. Kirikou, p’ti bou de chou

Notre vaillant Kirikou revient nous faire coucou dans Kirikou et les bêtes sauvages, dans le cadre de la tournée cinématographique du Festival d’animation de Meknès. Ce n’est pas la suite du premier volet comme l’explique le grand-père de Kirikou, conteur africain : “L'histoire de Kirikou et la sorcière était trop courte. On n'a pas eu le temps de rapporter tout ce que l'enfant avait accompli en bonnes actions. Il faut que je vous les raconte.” On retrouvera ce minuscule héros tantôt jardinier, détective, marchand, médecin. Kirikou et les bêtes sauvages, réalisé par Michel Ocelot, et présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2005, brille par les couleurs qu’il nous donne à voir, les rythmes qu’il nous fait entendre. Une ode à la beauté de l’Afrique.

Lundi 19 juin à 14h30 et 16h30, IF Oujda, Cinéma le Paris.



Musique. Paris rappé

Avant de “ragoter” dans Tqarqib en-nab, premier roman en darija urbaine moderne et adaptation quasi impulsive (un mois pour l’écrire) de Miniatures, Youssef Amine Elalamy s’était tout de même fait la main. Trois ans après la sortie de Paris mon bled, croquis mordant et poétique des Français d’origine maghrébine, l’auteur s’est piqué d’une lubie : en faire une version rap trilingue français-anglais-darija, qu’interprèterait le chanteur Barry. Aujourd’hui, la prose est prête. Mais l’écrivain touche-à-tout voit les choses en plus grand : créer la BO de son livre et, pourquoi pas, une comédie musicale imbibée de l’atmosphère beur et hip hop de Paris, mon bled, où se mêleraient tissus beldi et tee-shirts XXL. Un chouette pari.


Magazine. Pipeule sur papier

MVM a du souci à se faire, la presse paillettes fait des petits. Le 22 juin prochain naîtra Marrakech People, bimestriel gratuit couvé depuis un an par la société lyonnaise Jet People, et dont le baby-sitting pré-distribution sera assuré entre annonceurs et lieux branchés (Bô Zin marrakchi, Hilton rbati…).
Cousin du site marrakechpeople.com, le mag, concocté par une équipe confidentielle, reprendra le flambeau des rubriques familiales – fêtes, carnet mondain, les gens, agenda people… Ce premier numéro a déjà deux bonnes fées penchées sur son berceau : Claude Challe et Saïd Taghmaoui. Sans oublier le petit frère Maroc People, en route pour la rentrée. Parce que Nador et Tata aussi ont leur jet set…


Le livre.

Comme c’est rafraîchissant de lire des poèmes à l’ancienne, romantiques, en rimes, enjoués, sans contorsions mais avec une sensibilité transparente. Circé Garofalo vient de nous en offrir une large palette. Sous un titre mi-hédoniste mi-fait accompli, Aujourd’hui est un recueil qui vous marque par la simplicité déconcertante de son écriture, la profondeur des émotions qui s’en dégagent et la force des souvenirs qui le ponctuent. Le regard pénétrant, la rencontre indélébile, le feu de la passion, le souvenir marquant, l’attachement aux êtres aimés, le constat d’un présent qui suspend le rêve, d’un élan à l’autre, les poèmes se suivent et ne se ressemblent pas. Mais ils ont tous la même âme secrète : l’amour du verbe.

Ed. Amalthée (2006)




Humeur : Très Grand Casablanca

Hassan Hamdani

La jeune fille est attablée au café avec le jeune homme. Ils boivent leur consommation et s’informent sur leurs lieux de résidence respectifs : la fille est du Maârif-rive droite, celle des grands magasins et des embouteillages ; le garçon est de Nassim-friche gauche, celle des kissariate désertes et du vide automobile. “Et tu viens souvent à Casablanca ?” l’interroge-t-elle, comme on demanderait à un paysan, en goguette dans la grande ville, si la récolte s’annonce bonne. “Euh… oui”, répond le jeune homme, très surpris par la question, lui qui n’a jamais trait une vache de sa vie. L’histoire d’amour impossible crevait les yeux, pourtant. Quelle jeune fille, avec un minimum d’ambition, voudrait mélanger ses parties intimes avec celles d’un type qui a un projet social pour adresse ? Quand on est loin des yeux, on est loin du cœur, et a fortiori de la culotte des autres. Pour s’éviter les vestes XXL, le jeune homme aurait dû lire les études du Haut commissariat au plan. Elles sont très instructives si on lit entre les lignes. Qu’y est-il dit en filigrane ? Un garçon, vivant à trois lignes de bus du premier vendeur de strings, a peu de chances de tomber les qoqate rotanisées ou toute espèce apparentée. Ce facteur de développement humain est trop souvent négligé. Fort heureusement pour notre orgueil national. Il nous placerait derrière l’Arabie Saoudite et la Libye…



Ghenni gharnati !
La capitale de l’Oriental ouvre ses portes au festival de musique gharnatie. Rendez-vous à 20h à la place Lalla Meriem, où sera notamment rendu un hommage à Oustad Abderrahmane Tazi, président de l’orchestre gharnati de Rabat. Du vendredi 23 au dimanche 25 juin à Oujda.


Danse avec l’autre
Hommes, femmes, (à) jamais ensemble. Le 23 et 24 juin, Bouchra Ouizguen et Taoufiq Izeddiou, les deux piliers de la compagnie Anania, danseront leur Déserts, désirs, sur la scène du festival Montpellier Danse 06. Quelques pas pour raconter l’histoire à la fois simple et complexe des deux sexes.


Café psycho
Oyez, passionnés du triture-méninges. L’Amphytrium, espace “art et de culture” et salon de thé casablancais, lance son café psycho : une séance tous les quinze jours. Première : le 23 juin à 18h avec Bernard Corbel, psychologue et coach, qui viendra débattre de développement personnel. Infos : 022 39 82 64

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés