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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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La darija libère les esprits et décrasse les oreilles

À sa manière caustique et inimitable, l’écrivain et chroniqueur Lotfi Akalay réagit au dernier éditorial de TelQuel


Les racines d’ARB sont marocaines, son édito le confirme s’il en était besoin. Aux langues qu’il cite, celles qui concourent à façonner notre darija, il convient d’ajouter l’anglais. En tangérois, le jean se dit “traouzess” et la cuisine “ktchina”. Au milieu du siècle dernier, quand les dockers tangérois se partageaient la recette de la journée, ils avaient recours au comptage “ha penny, ha pennek”. De 1660 à 1680, les Anglais ont occupé Tanger et les échanges avec Gibraltar n’ont jamais connu d’interruption.
Nous avons le privilège de vivre une époque où notre langue bourgeonnante (toute langue vivante bourgeonne à l'infini) se différencie et s’enrichit d’apports multiples, faisant de la darija la langue nationale et bientôt littéraire. Nous apprenons sans complexe à puiser dans les cultures universelles comme le firent les Arabes médiévaux en prenant dans la civilisation grecque ce qu’elle avait de meilleur à leur offrir. L’arabe structure notre darija mais il reste une langue liturgique vouée à devenir plus tôt qu’on ne l’espère – ou le redoute – une inestimable pièce de musée. A leur insu, les partisans du tout-à-l’arabe n’agissent pas autrement quand, dans leur demeure, tout est en arabe hormis le “bienvenu” imprimé sur leur paillasson. Ils ont bien raison, on ne foule pas aux pieds les reliques.
C’est Kateb Yassine qui a dit, je crois, que la langue arabe sera vivante quand nous l’aurons violée. Je me souviens que, dans les années soixante-dix, existait un ciné-club à Agadir qui réunissait chaque mercredi tout ce que la ville comptait de cinéphiles. Les débats étaient passionnés jusqu’au jour où une voix du fond de la salle a lancé un sinistre “arrrrreb !”.
Silence timoré de l’assistance en majorité francophone. L’animateur brisa la glace en invitant l’initiateur de cette objurgation à s’exprimer dans la langue d’Ibn Khaldoun et (hélas pour elle) d’Ibn Taymiyya. Le mercredi suivant, les arabisants étaient majoritaires. Le troisième mercredi, ils avaient totalement investi la salle sans coup férir. Au bout de quelques semaines, le ciné-club cessa d’exister, mourant de sa belle mort faute de cinéphiles dignes de ce nom.
Tant que nos écoliers baragouineront l’arabe dans la salle de classe (quand ils ne bavardent pas entre eux) et la darija partout ailleurs, y compris dans leurs rêves, le Maroc fera du ciment, pour employer le jargon des pilotes quand leur avion ne prépare pas son décollage.
Outre sa vertu vernaculaire, la darija libère les esprits, décrasse les oreilles et nous apprend à appeler un chat un chat, et, plus qu'accessoirement, une chatte une chatte. Ils en savent quelque chose, les parents qui promènent leur fillette dehors dans la bruyante promiscuité populaire. C’est dans la rue que sont déflorés les conduits auditifs de nos enfants. Juste un exemple ; la seule marque de soda qui ne fasse pas de pub en arabe sur les ondes de Médi-I, et dont l’étiquette n’est pas traduite dans la langue du pudibond PJD, c’est Hawaï. Sans la censure, j’aurais eu l’audace d’expliquer pourquoi aux malentendants et aux puceaux.

Lotfi Akalay



Monsieur Daniel, ce n’est pas Rabat-sur-Seine !

J’ai lu avec étonnement dans le n°223 de TelQuel que monsieur Daniel pensait que Mohammed V ne voulait pas d’une monarchie constitutionnelle. Il a sûrement raison en tant que riverain de la Seine mais, sur les bords du Bouregreg en 1955-56, Mohammed V n’avait pas de lunettes parisiennes : il voyait d’ailleurs le Maroc d’alors sans lunettes, dans sa réalité qui n’avait rien de commun avec l’imaginaire de Jean Daniel en 2006 !
Il ne le voyait pas non plus avec celles de Ben Barka, Youssoufi, Bouabid, Allal El Fassi… qui rêvaient de faire à Mohammed V le coup de Bourguiba au Dey Moncef ou celui de Boumedienne à ce naïf de Ben Bella !
Il se trouve en effet que Mohammed V et le prince héritier savaient ce que moderniser le Maroc veut dire et ne se sont pas laissé enfermer dans le piège dans lequel les “pieds rouges” voulaient les prendre.
Certes, Hassan II était autoritaire mais, grâce à Dieu, c’était aussi un homme d’état qui a su éviter au pays une prétendue démocratie “socialiste et populaire”, civile ou militaire, du style de celle qui, chez les voisins de l’est, a engendré corruption, népotisme, ruine de l’agriculture et de l’industrie et surtout 150 000 morts, tragique bilan auquel il faut ajouter le pire : la ruine de l’unité du Maghreb.
Personnellement, je n’ai pas attendu monsieur Daniel pour dénoncer les torts de Hassan II mais sans masquer le fait qu’il pouvait se prévaloir de l’excuse de la provocation venant de ceux qui, de l’étranger, appelaient à la chute de la monarchie.
Seulement je ne suis pas un homme de média, juste un universitaire qui “pratique” le Maroc professionnellement, scientifiquement (cf mon ouvrage, Hommage à Hassan II : Regards sur la modernisation de l’Etat) et surtout amicalement depuis le 15 janvier 1953, tout en étant basé à Grenoble, sur les bords de l’Isère que je n’ai jamais confondus avec ceux du Bou Regreg.

Michel Rousset, universitaire, Grenoble.



Droit de réponse.
"Haïfa n’a rien à nous reprocher"


Dans votre article intitulé “Haïfa contre Citadine” (TelQuel n° 229), vous avez prêté à la star libanaise Haïfa Wahbi l’intention d’attaquer notre magazine Citadine “qu’elle accuse, écrivez-vous, d’avoir publié une série mode d’elle en caftan sans sa permission”. C’est de son plein gré que Haïfa Wahbi a posé, le vendredi 31 mars 2006, pour cette série de photos, en présence de son manager Mme Cynthia, de toute l’équipe de Citadine, et de la couturière Samira Haddouchi qui a mis à sa disposition les caftans en question. Nous ne voyons pas comment nous aurions pu forcer Haïfa Wahbi à cette séance photos qui a duré près de quatre heures, sans son assentiment, ni sur quel motif elle pourrait ester en justice.

Citadine

 
 
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