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N° 231
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“On ne fait pas de politique avec ses organes génitaux”

Antécédents
Sana Elaji
Ecrivain

1977. Naissance à Casablanca.
2002. 2002. DESS en management de projets Internet.
2003. Premier roman Majnounatou Youssouf.
2005. Anime des chroniques dans l’émission Entreprendre,
2006. Conceptrice-rédactrice puis chargée de presse.2005. Anime des chroniques dans l’émission Entreprendre, TVM.
2006. Conceptrice-rédactrice puis chargée de presse.
Smyet Bak ?
Abdellah Elaji.

Smyet mok ?
Mennana El Hanafi.
Nimirou d’la carte ?
BE 691730.

Romancière, comédienne, chroniqueuse, blogueuse, publicitaire… Vous faites tout ça parce que vous avez une revanche à prendre ?
Une revanche sur le temps, peut-être. Beaucoup de choses me passionnent et j’aimerais avoir le temps de tout faire, de tout découvrir. Mais je n’ai qu’une vie, malheureusement.

Votre premier roman raconte l’histoire de Zineb, une jeune fille qui assume sa passion charnelle et sa relation illégitime avec son amant. Comment a réagi votre père à la lecture de votre texte ?
Mon père ne l’a jamais lu parce qu’il est analphabète. Il est simplement fier que sa fille ait sorti un livre, qu’elle passe à la télévision et qu’elle écrive régulièrement des chroniques dans la presse. Mes frères et sœurs ont lu le roman sans que cela provoque une polémique à la maison.

Dans vos chroniques, la virginité est une mascarade, la fidélité un mythe et le mariage traditionnel, une forme de prostitution. Vous n’avez pas trouvé mieux pour provoquer ?
Ce sont mes opinions. Et je ne les exprime pas pour provoquer. Je ne suis pas contre les filles qui veulent rester vierges ou ceux et celles qui choisissent de se marier à la traditionnelle. Le problème, c’est que souvent, c’est la société qui nous impose ces comportements. Ce n’est pas la fille qui choisit de rester vierge, mais elle sait que c’est la seule manière de prouver son “honnêteté”. En se mariant, on choisit peut-être son partenaire mais pas l’institution du mariage puisque la société ne tolère aucune autre forme de vie commune. Je ne conçois pas de prendre une décision aussi importante simplement parce que je risque de regretter, dans l’avenir, de ne pas l’avoir prise. C’est complètement irrationnel.

Pourquoi refusez-vous de vous fondre dans la masse ?
Parce que la masse me révolte. Parce que même notre élite est rattrapée par des concepts d’un autre âge (jnoun, shour, virginité, etc.). S’ils y trouvent un équilibre, tant mieux. Mais souvent, on continue de tenir un discours moderniste et rationnel et de jouer le jeu de la masse quand ça arrange. C’est plus facile de mener une double vie que de se remettre en cause.

Peut-être que la masse est une fatalité, finalement…
Peut-être, mais en attendant qu’elle me rattrape, je préfère nager à contre-courant. C’est important qu’il y ait toujours des gens qui aspirent à changer des choses dans une société.

Pourquoi le corps vous fascine-t-il autant ?
Parce que j’ai beaucoup travaillé sur moi pour aimer mon corps. Parce que le corps de la femme relève de la hchouma dans notre société. Lors de la récente polémique sur les femmes imams, j’ai été hallucinée par les arguments des hommes qui se disent perturbés de voir une femme prosternée devant eux. Même en faisant leur prière, ils ne voient que le corps.

Votre seule tare, finalement, c’est d’être féministe…
Je le suis tellement que je suis devenue anti-féministe. Même si je reconnais à nos valeureuses militantes leurs différents combats, je refuse l’attitude adoptée pour défendre les droits de la femme. Je refuse le système du quota, par exemple. Sur le terrain, une femme a les mêmes moyens de convaincre qu’un homme.

La discrimination positive est un principe instauré par l’ONU, Madame la rebelle !
La discrimination n’est jamais positive. Je comprends que ce soit un système transitoire en attendant que les choses changent. En attendant, je ne serais pas fière d’accéder au Parlement ou au gouvernement parce que je suis une femme. On ne fait pas de politique avec ses organes génitaux, mais en tant que citoyen engagé pour son pays.

 
 
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