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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Bart Schut

Immigration. Hollanda et nous

“Vitre biométrique”, derrière
laquelle les demandeurs de visa
passent un examen
(B.S / TELQUEL

Un test d'intégration mystérieux, un institut culturel qu refuse de prodiguer des cours de langue à de futurs demandeurs de visas, une méfiance excessive à l'ambassade des Pays-Bas… Finalement, la lune de miel entre Amsterdam et Rabat aura été de courte durée.


2005 a été une année-phare pour les relations maroco-néerlandaises. Quatre siècles d'histoire commune ont été célébrés cette année-là. Les officiels ont évidemment essayé de tirer le maximum de cet événement. Ainsi, une kyrielle de personnalités néerlandaises
(ministres, députés, maires et même le prince héritier Willem-Alexander) ont visité notre pays. Tous ont souligné les excellentes relations entre les deux Etats. En public seulement, car la politique néerlandaise semble suivre un tout autre programme. D'où la question : que veulent vraiment les Néerlandais ?

Le test, un mur infranchissable
“Rendre les Pays-Bas aussi inaccessibles que possible aux Marocains”, répond Naïma Azough, députée au Parlement néerlandais pour la Gauche Verte, un parti de l'opposition. Cette députée sait de quoi elle parle. Car si elle s'intéresse aux questions d'immigration et d'intégration, c'est parce que ses racines sont au Maroc. Azough fait allusion à “l'examen d'intégration civique”, un test que, depuis le 15 mars, les non-occidentaux doivent passer avant même de demander un visa.

Naïma Azough a tout de suite rejeté l'idée selon laquelle l'examen a été conçu pour que les candidats à l'immigration s'intègrent plus rapidement et plus facilement dans la société néerlandaise. “Il s'agit tout simplement d'une mesure pour rendre plus difficile l'entrée aux Pays-Bas… plus difficile et plus chère”, dit-elle, “elle vise à restreindre l'immigration et est spécialement conçue pour empêcher les étrangers, notamment les Marocains et les Turcs, d'entrer aux Pays-Bas”.

Les frais d'examen sont excessivement élevés : 350 euros pour le test et 65 pour la documentation. A ce rythme, on n'ose même pas deviner combien coûteraient par exemple des cours de néerlandais commercial. Car le gouvernement néerlandais a clairement refusé de prendre en charge les cours de langue. Ce n'est qu'après avoir réussi l'examen que le candidat peut demander un visa, lequel lui coûtera au moins 850 euros, qu'il soit accordé ou refusé ! Actuellement, les seuls moyens d'obtenir un visa sont le mariage ou le regroupement familial, mais là aussi les conditions requises pour l'obtention du sésame deviennent de plus en plus difficiles. C'est comme si les Néerlandais avaient accroché un grand panneau à l'entrée de leur pays avec, écrit en grandes lettres : “Vous n'êtes pas les bienvenus ici” alors que jusque-là, ils étaient connus pour leur tolérance, leur ouverture et leur hospitalité envers les immigrés.

Soudain, le Maroc !
En vérité les Pays-Bas et le Maroc se sont ignorés des siècles durant. Le royaume chérifien représentait pour les Néerlandais “un simple point sur la carte”, a reconnu leur consul à Casablanca. Pour les Marocains, les Pays-Bas sont le pays des fromages, des tulipes et des joueurs de football. Ce sont là des clichés bien sûr. Or, la réalité est évidemment tout autre. Les Pays-Bas jouent un rôle vital pour le nord du Maroc car environ 90% des 300 000 Marocains qui vivent aux Pays-Bas (sur une population totale de 16 millions) sont originaires de la région se situant entre Tanger et Oujda. Il n'y a qu'à visiter les villes de Nador ou d'Al-Hoceima en été pour s'en rendre compte. Et il n'est pas rare d'être pris dans un embouteillage au milieu de voitures flambant neuves portant les plaques minéralogiques jaunes des Pays-Bas !

En 2004, Mohamed Bouyeri a replacé le Maroc sur la carte aux yeux des Néerlandais. Ce jihadiste maroco-néerlandais, assassin du cinéaste Theo van Gogh, leur a rappelé qu'un grand nombre de gens qui vivent dans leur pays ont une religion et une culture différentes. Bref, des gens dont ils ne connaissent absolument rien et avec lesquels ils n'ont que peu de choses à partager. La réaction a pourtant été démesurée. Des mosquées et des écoles islamiques ont été mises à feu et, du jour au lendemain, l'immigration est devenue un problème. Du coup, les Néerlandais ont réalisé que les Marocains étaient sous-représentés dans tous les secteurs sociaux, excepté en ce qui concerne le chômage et les prisons. Il va sans dire que cette situation a eu des répercussions sur le champ politique.

L'intégration forcée est devenue le nouveau mot-clé. Les immigrés doivent s'y astreindre avant même de fouler le sol des Pays-Bas. La ministre de l'Immigration et de l'Intégration, Rita Verdonk, “La dame de fer”, a déclaré que tout demandeur d'un visa-résident doit d'abord réussir l'examen d'intégration civique qui consiste à tester les connaissances des candidats en matière de langue et de culture néerlandaises, avec des questions du genre : “Qui est le prince héritier des Pays-Bas ?” Ou encore : “Est-ce que l'homosexualité est légale aux Pays-Bas ?” Les ministres néerlandais qui ont visité le Maroc l'année dernière ont fait preuve d'un manque de réalisme politique et d'une grande naïveté lorsqu'ils ont demandé à leurs homologues marocains que la double nationalité des enfants nés aux Pays-Bas de parents immigrés soit supprimée.

Attitude de méfiance
La nouvelle attitude de méfiance est manifeste à l'ambassade des Pays-Bas à Rabat où l'hospitalité brille par son absence. “Reste là où tu es”, voilà le message. Les personnes qui attendent leur visa ou leurs papiers professionnels sont obligées de s'asseoir à même le trottoir sous un soleil de plomb. Pire, elles n'ont même pas le droit de le faire le long du mur de l'ambassade et doivent attendre de l'autre côté de la rue. Le même traitement est appliqué aux journalistes. Pour attendre la sortie des personnes qui ont subi le test d'intégration, ils sont sommés par les responsables de la sécurité de se tenir à une distance respectable même s'ils sont citoyens néerlandais ! Entrer pour voir de près dans quelles circonstances les Marocains subissent le test est interdit et le personnel de l'ambassade refuse de donner des interviews à ce sujet. Pourquoi donc ?

“L'ensemble de l'opération est enveloppé de mystère”, confirme Naïma Azough, “le gouvernement veut taire le véritable objectif de ce test”. Pour les demandeurs de visas, qui attendent assis sur le trottoir, l'objectif de l'examen n'est pas clair non plus. Ils se plaignent de son coût élevé et de la difficulté d'étudier le néerlandais dans des villes comme Al Hoceima, Nador ou Berkane. “De plus, souligne Meryem, une candidate de Taza, pourquoi devrais-je étudier le néerlandais ? Tout ce que je veux faire là-bas c'est rester à la maison et prendre soin de mon mari et de mes enfants”. Allez donc lui dire qu'un test de 30 minutes, rue de Tunis, est un gage d'intégration.



Institut néerlandais. Culturel mais pas trop !

L’ Institut néerlandais au Maroc (NIMAR) qui a ouvert récemment, est plus connu pour ce qu'il ne fait pas. Il ne dispense pas de cours de néerlandais alors que des centres comme l'Institut français, le Goethe Institute ou l'Instituto Cervantès en font leur vocation première. Sur ce point, Maria Van der Hoeven, ministre néerlandaise de la Culture et de l'Education qui est venue la semaine dernière inaugurer le NIMAR s'explique : “A l'institut, il n'a jamais été question de donner des cours pour débutants”. Etrange, quand on sait que le lancement de “l'examen d'intégration civique” a créé un marché de plusieurs milliers de Marocains qui désirent, chaque année, étudier la langue néerlandaise.
C'est d'autant plus étrange quand on apprend que les initiateurs de NIMAR, l'arabisant Jan Hoogland et le directeur Paolo De Mas ont, en fait, demandé que la langue soit enseignée à l'Institut. “La ministre a d'abord donné son accord mais un beau matin, on a reçu un coup de fil nous apprenant que le NIMAR n'est pas concerné par la question”, explique Hoogland.
La seule explication serait que les officiels de La Haye ne veulent pas que les Marocains passent et réussissent leur examen d'intégration. Naïma Azough, la députée de gauche maroco-hollandaise n'y va pas par quatre chemins : “Le gouvernement doit donner aux immigrants la chance de réussir l'examen, en laissant le NIMAR par exemple dispenser des cours de langue de manière correcte et accessible. Le fait qu'ils s'y refusent montre toute l'hypocrisie derrière cette initiative”. Des enseignants du Rif ont déjà commencé à offrir leurs services à des immigrés potentiels malgré leur manque de qualifications et, dans certains cas, sans eux-mêmes maîtriser le néerlandais !

 
 
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