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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

Moyen-Orient.
Téhéran - Gaza. L’axe de la résistance


Miltants du Hamas
dans les rues de Gaza. (AFP)

Imperceptiblement, un axe de résistance anti-américain s'organise avec la victoire des islamistes dans le Moyen-Orient et l'entêtement de l'Iran à garder son arsenal nucléaire. Les Etats-Unis se décideront-ils quand même à attaquer Téhéran ?


Les nuits du président américain doivent être courtes. “L'axe du mal” que George W. Bush s'est échiné à définir était une funeste invention au lendemain des attentats du 11 septembre. On se rappelle bien comment, dès son arrivée au pouvoir, l'Irak de Saddam Hussein est subitement devenu la cible de la nouvelle administration américaine,
dominée par les néo-conservateurs proches du vice-président Dick Cheney. En face, un axe de la résistance religieux et militaire est en train de prendre corps et de s'organiser pour faire front à l'Amérique.

Le casse-tête du Hamas
L'arrivée des islamistes en Irak, Egypte, Palestine est un chamboulement majeur dans le Grand Moyen-Orient. Les chiites en Irak, le Hamas en Palestine et les Frères Musulmans en Egypte sont arrivés à s'imposer en l'espace de quelques mois. Les raisons de cette percée islamiste ont été évoquées (TelQuel n°211) : long apprentissage de la logique de la démocratisation, réputation de probité des islamistes, passé glorieux de martyrs, débâcle des partis traditionnels (corruption), action sociale... Imperceptiblement, un front religieux se met en place et provoque l'inquiétude des Occidentaux, Etats-Unis en tête.

En promouvant la démocratie dans le monde arabo-musulman, l'Amérique a cru qu'elle parviendrait à faire reculer l'islamisme. Faux calcul. Aujourd'hui, Américains et Européens se demandent comment réagir à la victoire du Hamas et de Ismaël Haniyeh. Plusieurs pays ont même menacé de couper les vivres à l'Autorité palestinienne, qui vit de l'aide étrangère.

Actuellement, l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas tente de convaincre le Hamas de Haniyeh de participer à un référendum, sous-tendant une reconnaissance de l'Etat d'Israël, ce que refuse catégoriquement Haniyeh. La visite de ce dernier à Téhéran montre que, mis sous embargo, il cherche appui auprès de la puissance honnie de la région.

Pékin et Moscou pro-iraniens ?
Sur le front militaire, l'Iran justement est la principale préoccupation américaine. Le régime de Téhéran n'a pas l'intention de renoncer à ses ambitions nucléaires, en dépit des ultimatums successifs de l'ONU. Certes, pour le moment, la diplomatie est privilégiée mais l'issue du bras de fer demeure hasardeuse. Et malgré une opinion publique hostile à la guerre, George W. Bush pourrait voir là une occasion de régler certains problèmes intérieurs.

Le 19 avril dernier, l'administration Bush indiquait qu'au nom du droit à l'autodéfense elle pourrait intervenir militairement contre l'Iran. Le guide de la révolution, Ali Khamenei, répondait une semaine après que son pays frapperait tous les intérêts américains dans le monde s'il était attaqué. Les Etats-Unis et, derrière eux l'Occident refusent que l'Iran puisse se doter de l'arme nucléaire. Le Conseil de sécurité de l'ONU a, le 29 mars dernier, donné un mois à Téhéran pour suspendre ses activités nucléaires. A l'échéance dite, le 28 avril, le rapport de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) à l'ONU a confirmé que l'Iran poursuit l'enrichissement ,ce dont se vante Ahmadinejad. Le Conseil de sécurité de l'ONU se concerte pour voir quelles sanctions adopter.

Si les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont prêts à sévir, la Russie et la Chine ménagent la chèvre et le chou, peu enclines à soutenir le leadership mondial des Etats-Unis que l'Iran brave. De plus, l'Iran est pour elles, en raison de l'embargo américain qui dure plus de vingt-cinq ans, un partenaire commercial à choyer et, pour la Chine, un précieux fournisseur d'énergie. Moscou et Pékin, comme dans le cas de l'Irak, jouent donc la retenue. Au fond, la vraie et terrible question est : les Etats-Unis pourraient-ils attaquer l'Iran, avec ou sans l'ONU ? Depuis l'aventure irakienne, on sait que l'administration Bush est prête à tout quand elle estime sa survie en jeu. “Côté iranien, on peut aussi craindre, étant donné la nature du régime actuel, que le jusqu'au-boutisme l'emporte”, souligne Dante Sanjurjo dans Politis du 4 mai dernier.

L'Iran en position de force
Comme l'expliquent deux universitaires américains, John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt dans leur livre Le lobby d'Israël et la politique américaine, la peur des islamistes et de l'Iran a été diabolisée aux Etats-Unis par des lobbies israéliens. La guerre en Irak serait due, en grande partie, à ce lobby. Car l'Irak, comme la Syrie et l'Iran, représente davantage une menace pour Israël que pour les Etats-Unis. “S'ils ont pu vivre avec une Union Soviétique nucléaire, une Chine nucléaire, ils peuvent vivre avec un Iran nucléaire”, nuancent les auteurs. Le lobby pro-israélien a réussi à détourner les Etats-Unis de leur intérêt national, “tout en convaincant les Américains que les intérêts des Etats-Unis et d'Israël étaient, pour l'essentiel, identiques”. A l'heure de l'affaire iranienne, il faut rappeler qu'Israël a toujours refusé de signer les conventions internationales limitant les armes nucléaires, et même de reconnaître l'existence de telles armes sur son sol …

Pour Azadeh Kian-Thieebaut, chercheuse au CNRS-Monde iranien, interrogée par Politis, “les Iraniens se sentent en position de force et ils ont raison, car les Etats-Unis sont embourbés en Irak, l'Afghanistan n'est toujours pas stabilisé et les petites sanctions que l'ONU choisira ne pourront pas déstabiliser le régime. Les menaces de frappes sur des sites nucléaires sont peu prises au sérieux car les conséquences pour les intérêts américains dans la région sont énormes”.

En tenant tête à Washington sur le nucléaire, Ahmadinejad étend sa popularité. Les Iraniens ne comprennent pas pourquoi ils n'auraient pas droit au nucléaire civil alors que l'Inde, le Pakistan et Israël ont pu se doter de l'arme atomique sans problème. Mais l'Iran cherche aussi probablement à se doter de l'arme atomique même si aucune preuve ne permet de l'affirmer. Les Américains et l'Union européenne ont leur part de responsabilité : ils auraient dû mieux négocier sur ce point avec Khatami, bien plus conciliant qu'Ahmadinejad.

 
 
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