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Par Hassan Hamdani
Reportage. Taha Boulba
Qu'il se passe un truc spécial avec le public, on attendait ça depuis le concert de clôture des Wailers, il y a deux ans
Et Rachid Taha est arrivé, archange rock aux pays des gnaoua, venu boxer et secouer les 50 000 spectateurs de Bab Marrakech.
En coulisses, Rachid Taha chauffe le moteur à coups d'alcool fort. Dandy éclatant, félin, vêtu d'un costume cintré scintillant et d'une chemise incandescente, du sur-mesure qui laisse entrevoir un torse de poids plume, la tête toujours couverte d'un chapeau improbable, fidèle compagnon de tournée, il salue les photographes d'une pirouette |
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de matador, avant une mise à mort où il sera peut-être le taureau. Il a une énorme pression sur le dos. Il se sait attendu au tournant, avoue Dominique Caubet, une de ses amies, qui le couve comme une mère poule. Il n'existe pas de programmation sans risques. On savait qu'il avait une forte personnalité et qu'il serait tout simplement lui-même, justifie Neïla Tazi, directrice du festival gnaoua. C'est un pari avant-gardiste mais fidèle à la ligne éditoriale du festival qui refuse le confort, surenchérit André Azoulay, le mentor d'Essaouira venu glisser quelques mots d'encouragements à Rachid Taha avant le combat. Si l'idée, c'était l'inconfort des montagnes russes, le choix du rocker caméléon ne pouvait pas mieux tomber
Merde in France
Rachid Taha n'a jamais fait dans le fauteuil de ministre ou le sofa moelleux et ce, depuis ce samedi soir de 1982 où il a crevé l'écran télé français avec son groupe Carte de Séjour, prenant la parole au nom dune génération d'enfants d'immigrés- C'étaient nos parents qui s'excusaient. Pardon m'siou, est-ce que je peux passer, m'siou. Ses acolytes et lui-même ont balancé leur rock en arabe devant un parterre d'artistes médusés, venus débattre de l'avenir de la chanson française. Il est là, devant eux, debout et fier, le futur de la chanson française, dans ce quatuor de la banlieue lyonnaise qui va ouvrir la voie aux futurs Zebda, Mano Negra et Négresses Vertes. Carte de Séjour a été une curiosité sociale, avant d'être une curiosité musicale, nuancera-t-il cependant avant un concert à l'IF de Meknès en 2004. Au sein de la formation rock lyonnaise, puis en solo, Rachid Taha va écrire en chansons une certaine Histoire de France illustrée qui garde encore de son passé colonial, ce gamin arrivé en France en 1968, à l'âge de 10 ans, avec ses parents oranais. Le jeune Rachid grandit face à la ligne bleue des Vosges. Victime du racisme de ses camarades, puis ouvrier d'usine, il comprend très vite que cette ligne ne sera sans doute jamais black, blanc, beur, malgré les sirènes trompeuses du futur sacre de la France à la Coupe du Monde 98. Il ne raconte rien d'autre quand Carte de Séjour reprend en 1986 Douce France de Charles Trenet, avec une ironie très réaliste face à la montée du Front national qui fait déjà 15% aux élections et au débat sur le code la nationalité qui bat son plein. Il n'hésite pas à s'en prendre à un Jack Lang, parangon de la culture officielle et djeun's socialiste, quand ce dernier essaie de récupérer le coup d'éclat en distribuant Douce France, version zmagri, aux élus de la république française, à l'assemblée nationale. Près de 20 ans plus tard, c'est un Rachid Taha encore plus radical qui se présente à Essaouira. Son dernier album Tékitoi (2004) cri en forme de SMS, parle de la France en proie aux doutes, aux tensions sociales et religieuses. A la trappe Zizou ( Zidane) et consorts, il revient à la mémoire (de Rachid) comme un parfum familier
auquel il répond, dans le morceau Tékitoi par un uppercut au menton, loin des métaphores de ses précédents albums : Y'en aura de la bavure et des collés au mur, et dans ce tas d'ordures, y'aura ti toi, y'aura ti moi ?. Peut-être bien lui dans quelques instants
Knocking on Hell's Doors
Un flic en coulisses annonce au talkie-walkie à la sécurité extérieure qu'al rock star kharja. Rachid Taha s'appuie sur le bord de la scène et se lance dans la fosse aux lions, dans un face-à-face avec les 50 000 personnes massées à Bab Marrakech. Il a l'air d'un martyr chrétien, avec ce sourire las (mais, presque enfantin) de ceux qui assument leur foi en l'absence de foi, les quiproquos à dissiper sans cesse, le prix à payer pour sa liberté musicale et de ton, et le risque, en bout de parcours, de n'être jamais compris des siens. Déjà en sueur au bout de deux morceaux, Rachid Taha a son premier clash avec le public. Hier, j'étais à Prague, ils bougeaient plus que vous lance-t-il à la foule. Le public met du temps à se mettre dans l'ambiance, Rachid Taha s'agace : bête de scène, il ne peut pas s'exprimer pleinement sans répondant en face. Il ne joue pas à domicile mais chez l'adversaire dans des conditions climatiques peu amènes pour son show : à 16 h, sous le soleil qui tabasse alors qu'il est plus habitué aux concerts nocturnes en plein air ou aux clubs enfumés où l'alcool rafraîchissant vous sublime au lieu de vous assommer. Pour relancer l'ambiance, Rachid Taha lance au public ce qu'il attendait : le classique Abdelkader ya Boualem revu et corrigé à la sauce Carte de Séjour car l'artiste trouve les paroles originales intégristes, comme il l'a expliqué au public souiri. Rachid Taha dissimule un cadavre raï dans son placard depuis l'album 1, 2, 3 Soleils avec Khaled et Faudel. Depuis ce disque, on nous prend pour Crosby, Still and Nash plaisante-t-il lors de sa conférence de presse d'avant concert. Mais il a beau en rire, la momie est bien là qui rôde dans le public, il doit lui insuffler vie (presque contraint) à chacun de ses concerts en oumma âarabiya de Amman au Caire, en passant par Oran et Casablanca, pour espérer placer ses morceaux personnels aux tonalités techno, dance et rock. Essaouira ne déroge pas à la règle, le syndrome Hôtel California l'a touché aussi. La ville de la fusion aura droit à son Ya rayah version traditionnelle, avec en renfort paradoxal, Nabil Guennouni, chanteur métal de Reborn. Avant que Noël le guitariste et Hakim à la mandoline électrique puissent enfin violer allégrement l'ode à la nostalgie de Dahmane El Harrachi (version qui a ponctué les défilés de Versace en 1998), à coups de riffs métalliques, avec juste ce qu'il faut de mélopée moelleuse.
Killing an arab
Rachid Taha désoriente l'Orient en détournant son patrimoine musical, mais aussi en ébranlant ses mythes. Il lit des poèmes d'Abou Nouwas sur l'homar au public, et reçoit en retour un skeri pour applaudissements. Avant de chanter Bent Essahra, chanson symbole pour lui, il tient un discours sur la fraternité entre Algériens et Marocains, est sifflé puis contré par une partie du public qui scande des ssahra maghrabiya déplacés. Rachid Taha ne se démonte pas et accepte un combat qu'il sait presque perdu d'avance. Il en a harangué des foules arabes à rebrousse-poil, contrairement à leurs leaders, chantant ses rébellions en arabe, langue dont il veut faire une arme de destruction massive déclare-t-il juste après la sortie de l'album Tékitoi. Il appelle la foule d'Essaouira à faire les comptes sur un lancinant chant soufie Nahou' houme hasbou'houme qui aurait pu prendre un air d'IER repris par le public souiri, si la très grande majorité était venue pour autre chose que derdeke, aoud derdeke, zid derdeke. Il est en porte-à-faux des deux côtés de la Méditerranée. Les seuls à le reconnaître comme un grand artiste et à écouter son discours sont les Anglais qui ont écrit qu'il était le dernier des rockers D'ailleurs, Brian Eno qui n'était plus monté sur scène depuis 20 ans, l'a fait avec Rachid à Paris en 2005 raconte Dominique Caubet qui a interviewé Rachid Taha pour son ouvrage Les mots du Bled. Rachid désoriente aussi l'occident : victime de racisme intellectuel quand il est critiqué car il nest pas solidaire de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un arabe ou un musulman. J'ai dit chez Thierry Ardisson que la guerre en Irak aura eu au moins un bienfait, celui de voir un peuple arabe voter. Sa déclaration, qui serait passée inaperçue sous la plume d'un éditorialiste parisien, a fait l'effet d'une bombe venant d'un arabe. On n'ose imaginer la réaction de la foule si Rachid avait abordé le sujet avec eux. Puis le concert s'achève sur Garrab, un morceau où Rachid Taha entre presque en transe quand le public est en communion avec lui. Le chaman mécréant, comme on l'a aussi surnommé, aura combattu jusqu'au bout. Il peut repartir ghalbou safi, comme il le chante.
Merci pour le joli match, m'siou Taha. |
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Il la dit !
De Gaulle a donné l'indépendance à l'Algérie parce qu'il ne voulait pas que quarante ans plus tard, ce soient des bougnoules qui gouvernent l'Europe.
Les Français ont tous leur disque 1,2,3, Soleils comme ils ont tous un couscoussier.
Sarkozy, c'est Iznogoud qui veut devenir calife à la place du calife.
Le raï est mort. Il s'est suicidé.
L'arabe, c'est mon anglais à moi, à lire de droite à gauche.
Un mec du Golfe m'a abordé un jour en me proposant 50 000 dollars pour une soirée privée. Je lui ai dit : tu me prends pour une pute ou quoi ?
Je suis Coran-alternatif
c'est l'islam que j'ai appris. ça n'a rien à voir avec les idées véhiculées par les intégristes, ces imams autoproclamés qui viennent d'on ne sait où, qui ne connaissent rien. Ce sont de nouveaux fascistes.
Il y a beaucoup de fanfares dans la musique française et pas beaucoup d'originalité. Elle ressemble beaucoup plus à de la variété française des années 70-80 qu'à du rock'n'roll pur et simple. |
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