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N° 232
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Festival.
Essaouira. Deconnecting people


(MAP)

Bulle pacifique, ville musicale, espace de liberté, sas de décompression ouvert aux quatre vents… Essaouira, c'est tout ça et plus encore : un ville où il faut se déconnecter pour se reconnecter aux autres.


“Cette année, j'ai senti dès jeudi qu'on avait plus de monde que l'année dernière”, constate un membre de l'organisation du festival d'Essaouira. Nous ne sommes que samedi matin et Gnaoui futé annonce déjà un week-end souiri pédestre embouteillé. Dans tout ce joli magma coloré de bipèdes paisibles comme Baptiste, entre les grappes de jeunes chevelus en roue libre, les familles avec bébés, les
couples et ceux en passe de le devenir, il y aura obligatoirement des têtes connues et beaucoup de bises à faire. À force de se balancer des “on se voit à Essaouira ce week-end” toute la semaine, tant la ville est devenue un rendez-vous incontournable, il va bien falloir les prendre ces cafés promis et les faire toutes, ces bises dues. Il y a urgence. Il faut trancher dans le vif. Il faut éteindre son portable et partir flâner en ville. Essaouira en période de festival devient paradoxale, c'est dans l'anonymat de sa foule que l'on redécouvre les joies du groupe. À deux maxi. Amoureux si possible, ou tout du moins avec l'illusion agréable de l'être, tant la ville s'y prête (et si la personne qui vous accompagne n'est pas atteinte de téléphonite aiguë). Lundi, il faudra bien entendu justifier, auprès de tout ce beau monde, cette disparition subite et son manque de souab. Mais l'excuse est toute trouvée. Essaouira est une ville où les gens deviennent injoignables comme par magie. Phénomène naturel dû au vent ? Saturation du réseau ? Peu importe, les gens ne cherchent pas vraiment à élucider ce mystère, ils ont trop de choses importantes à ne pas faire : s'interroger, stresser, angoisser, s'énerver, s'engueuler, tirer la gueule, travailler… et répondre au téléphone. Et tant de tâches ingrates à exécuter : bronzer au café, frimer un peu mais sans en avoir l'air, se tourner les pouces dans le sens des aiguilles d'une montre, faire la moule pour reposer ses pouces, écouter le tempo gnaoui se propager dans toute la ville au gré des haltes musicales, regarder déambuler les filles (ou les garçons), suivre des yeux certaines ou certains, puis à pied, si les regards s'accrochent, les inviter à écouter Pat Metheny, rouler des cigarettes marocaines pendant qu'il réinvente le jazz, se prélasser, humer l'atmosphère (elle a une jolie tête d'atmosphère enfumée, Essaouira) et… vérifier qu'on a bien éteint son téléphone.

 
 
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