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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Immobilier. Addoha La belle affaire

Anas Sefrioui, le patron
du groupe Addoha. (DR)

Au départ petite structure spécialisée dans le lotissement, Addoha est aujourd'hui un monstre de l'immobilier. La conjoncture l'a bien servi mais aussi le flair et le savoir-faire de son promoteur, Anas Sefrioui.


La cotation en bourse de Douja promotion groupe Addoha (DPGA) n'est, désormais, qu'une question de jours, le temps de finaliser les résultats de la souscription à l'achat des 35% du capital introduits en bourse et de remettre leur dû aux nouveaux actionnaires de la société immobilière. Selon les premières indiscrétions, le marché a offert plus
qu'il n'en fallait, la société ayant été souscrite plus de 15 fois. En plus simple, DPGA ne demandait que 2,7 milliards de dirhams en contrepartie de 4,7 millions d'actions à 585 DH l'une, et le marché lui a fait une offre virtuelle de 15 fois plus. Cela veut dire une seule chose : les épargnants ont confiance dans la valeur. “L'immobilier est le secteur qui marche le mieux actuellement et cela va durer encore longtemps. Le marché financier le sait, les épargnants également. Avec un peu de transparence, les promoteurs immobiliers peuvent drainer de l'or”, confie un trader de la place. Anas Sefrioui, président directeur général de DPGA, l'a compris. Il en recueille, actuellement, les fruits : il empochera plus de deux milliards de dirhams à la suite de la vente de ses actions, soit, selon des estimations non fondées qui circulent sur le marché, plus de vingt fois la mise de départ au moment de la création de la société. Comment a-t-il fait ? C'est là toute l'histoire.

La vague des 200 000 logements
Douja Promotion, c'est son nom de baptême juridique, n'est au départ (à la fin des années 80), qu'une petite structure qui s'essaye au lotissement. Son promoteur, Anas Sefrioui, déjà introduit dans l'industrie puisque fils d'industriel, veut changer de cap. C'est l'immobilier qui l'attire. De petit lotisseur, il passe à la promotion en s'attaquant à de petites unités. “S'il avait continué à ce rythme, il aurait certainement abandonné la promotion pour se consacrer à l'industrie”, glisse un concurrent immobilier. En effet, le patron de Douja Promotion sait, à travers son expérience dans la fabrication des emballages pour le ciment, qu'il vaut mieux faire du volume que de la vente au compte-gouttes. Le gouvernement va lui donner l'occasion tant attendue. L'année 1994 restera bénie pour les Sefrioui : Hassan II lance le programme des 200 000 logements. Certes, ce dernier n'a jamais été vraiment réalisé mais il a créé une dynamique où les gouverneurs étaient les rabatteurs par excellence. “Le roi a lancé le programme, Driss Basri a passé la consigne aux autorités locales, et les gouverneurs ont accueilli à bras ouverts les promoteurs qui s'y risquaient”, témoigne un agent d'autorité à la retraite. Sefrioui, avec son flair de chasseur d'opportunités, se jette à l'eau. En 1995, soit un an après le discours royal, le premier programme Addoha, portant sur 2371 logements à Aïn Sebaâ, voit le jour. “Le succès de cette opération nous a ouvert les yeux, il fallait reprendre encore et encore”, explique Abderrazak Waliallah, directeur général adjoint de DPGA. Addoha 2 est lancé et un autre, puis un autre… La marque Addoha se popularise à tel point que le fondateur de Douja Promotion l'adopte en tant que raison sociale. Le groupe Addoha est né.

Pas question de construire
Contrairement à ce que pensent les profanes, Addoha n'a jamais construit un seul mur. C'est ce qu'on appelle dans le métier, un tâcheron en col blanc. L'idée est simple : Addoha signe des conventions avec l'Etat donnant lieu à des avantages fiscaux, achète le terrain et choisit une société pour construire les logements. C'est de la promotion pure. “Notre métier, ce sont les services, un savoir-faire qui repose sur une longue expérience et des process certifiés”, résume Waliallah. Cette culture est tellement ancrée dans l'entreprise que ses cadres cherchent constamment le moyen de vendre mieux. Leur meilleure trouvaille date de 2003 : le guichet unique. “Il est inconcevable de laisser un acheteur se perdre dans les procédures administratives et financières”, martèlent les cadres de DPGA. Commerciaux nés, les managers de Douja Promotion ont pris conscience que souvent, leur cible n'a pas le bagage administratif et financier indispensable pour maîtriser les rouages immobiliers. Avec des acheteurs potentiels qui ne sont pas bancarisés, il est en effet difficile de parler d'un achat à crédit. “Il est quasiment sûr qu'ils ne franchiront jamais la porte d'une banque”, ironise Waliallah. En revanche, si la banque vient à eux, les chances qu'ils signent un contrat d'achat sont grandes. Du coup, DPGA a installé dans son siège de Casablanca des représentations bancaires, des notaires, un fondé de pouvoir des impôts et un autre du cadastre. Tout se passe dans un seul endroit sans va-et-vient déroutant ni tarif exorbitant, DPGA ayant négocié des tarifs préférentiels avec les professionnels. Mais pour que ce beau monde accepte de se déplacer vers Addoha, il faut une raison qui en vaille la peine.

Douja Promotion a une capacité de production de 10 000 logements par an, soit autant d'opérations bancaires et autant d'actes notariaux. Pour un tarif standard de 2000 DH par acte de vente, les notaires qui siègent chez Addoha peuvent, si toutes les opérations passent par eux, réaliser 20 millions de dirhams de chiffre d'affaires par an. Calculez les commissions bancaires et le cumul des taux d'intérêts… Et ce n'est pas fini ! à partir de 2007, la capacité de production de la société immobilière passera à 15 000 logements par an. Hassan Ben Bachir, conseiller financier du président, précise que “l'entreprise dispose déjà d'une réserve foncière de 1,5 milliard de dirhams, c'est-à-dire de suffisamment de terrains pour tenir jusqu'en 2012. A cela s'ajoute une convention signée avec l'Etat en décembre 2005 et portant sur 50 000 logements contre un investissement de 10 milliards de dirhams”. C'est dire que le meilleur reste à venir.

 
 
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