Y a quà
Dans ce pays, on confond programme politique et catalogue de vux pieux
Un taux de croissance stable de 8%. Tel est lobjectif annoncé cette semaine dans une interview par Lahcen Daoudi, léconomiste en chef du PJD, en cas darrivée de son parti au pouvoir en 2007. Mais comment M. Daoudi a-t-il calculé ce chiffre ? Comment cet homme, qui a de sérieuses chances dêtre notre prochain ministre des Finances, compte-t-il procéder pour réaliser une aussi bonne performance, sachant que la croissance du PIB a été de 1,8% entre 1991 et 1999 et |
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de 4% entre 1999 et 2003, et sachant que, selon quil pleuve ou non, notre taux de croissance peut faire un bond (ou une chute) de 10 points dune année à lautre ? Invité à détailler sa recette par linterviewer (de LEconomiste), le leader islamiste imberbe sest immédiatement replongé dans les généralités oiseuses qui sont le propre de la classe politique marocaine : Nous allons mettre à plat lexistant et procéder de manière méthodologique, pour combattre le fléau du chômage, il faut intervenir à la racine, etc.
Fausse alerte, donc. Jusquà preuve du contraire, les partis politiques marocains nont pas encore compris en quoi consiste, au juste, un programme politique. Aux dernières législatives, en 2002, ils avaient tous (ou presque) publié sur leur site web ce quils avaient appelé des programmes. Je les avais compilés, à lépoque et je conserve toujours le fichier dans mon disque dur. Croyez-le ou pas, sur une cinquantaine de pages, il ny avait pas une seule fois le mot dirham !! Quant au signe %, il était présent en tout et pour tout trois fois, et dans le seul programme du MP. Ce parti sétait en effet fixé pour objectif de baisser le taux de chômage à 10%, accroître le taux dinvestissement à 30% et réaliser un taux dépargne publique à 28%. Fort bien, mais comment ? Silence et flou artistique
En 2002, en guise de programmes, les partis avaient compilé des séries de phrases qui commençaient par lutter contre (le chômage, lanalphabétisme
), réformer (lEtat, lenseignement, ladministration, la justice
), ou encore le classique promouvoir (linvestissement, lemploi, lartisanat), etc. Des verbes à linfinitif, voilà lessence de ce que nos politiciens appellent un programme. Pour aller au bout de leur logique, il eût été judicieux dajouter y a quà avant chacun de ces verbes : y a quà réformer, y a quà promouvoir, etc. En clair, les textes quon appelle programmes politiques, dans ce pays, ne sont que des catalogues de vux pieux. A chaque ligne, on a envie de hurler mais comment tu vas faire ça, bon Dieu ??!!!.
En Angleterre, dès quun parti passe à lopposition, il sempresse de former un shadow cabinet, ou gouvernement de lombre. Il nomme ainsi un shadow ministre des Finances, un shadow ministre de lIndustrie, etc., jusquà reconstituer un gouvernement virtuel complet. Objectif : se tenir au courant, en permanence, de lévolution chiffrée de chaque secteur. Et ce, dans lobjectif délaborer, en permanence là aussi, un programme politique alternatif. Un vrai programme politique, soit une série de buts chiffrés et une série de moyens, non moins chiffrés, pour atteindre ces buts. Dans les démocraties européennes, les débats politiques ne se focalisent pas sur les buts nominaux, puisquils sont naturellement les mêmes pour tout le monde (cest évident : personne nest contre lemploi ou linvestissement
). Les débats se focalisent plutôt sur les moyens : tel parti dit quil parviendra à tel but (chiffré et daté) de telle manière (chiffrée et séquencée) ; eh bien nous, nous disons (chiffres à lappui) que cette manière-là est mauvaise, et voici (chiffres, dates et séquences à lappui) la manière que nous proposons et pourquoi (comparaison chiffrée et datée à lappui) elle est meilleure.
Et au Maroc ? Billevesées et généralités à tous les étages
Enfin, jusquà présent. Une année pleine nous sépare des législatives et les partis sont encore en train de peaufiner leur programme disent-ils. On verra bien
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