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Par Driss Bennani
Droits de lhomme.
AMDH. Les derniers refuzniks
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Abdelilah Benabdesslam (g),
Abdelhamid Amine (d).
(TNIOUNI / AJO)
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Radicale mais efficace, amateur mais indispensable
Depuis 27 ans quelle existe, l'Association marocaine des droits humains ne laisse personne indifférent. Et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle changera !
Avocats, enseignants, journalistes, militants
le vieux local de l'AMDH ne désemplit jamais. Pour beaucoup, c'est même devenu une annexe du bureau ou de chez soi (c'est selon). Un arrêt obligatoire sur l'avenue Allal Ben Abdellah, et tant pis pour les quatre étages sans ascenseur. Ici, on n'offre pas de thé, ni de café. Et une fois sur deux, on a de |
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fortes chances de se voir coller une mission par l'infatigable Abdelhamid Amine, ou par l'un de ses lieutenants. Un communiqué à relire, un mail à envoyer, une information à recouper
il y a toujours à faire à l'AMDH. De toute façon, ironise ce militant, franchir la porte du siège est déjà un acte militant. On sait à quoi s'attendre. Un siège ? Plutôt un appartement où règne un joyeux bordel. Un trois pièces - salon style art déco, tapissé d'affiches et de tracts. On s'installe là où il y a de la place, sans chichi. Ici, on milite
et on tient à le faire savoir. 27 ans après sa création, l'AMDH est restée la même. Une association avant tout de militants, fidèles à un idéal universel des droits humains, farouchement opposés aux pratiques autoritaires d'un Etat presque démocratique.
L'AMDH, c'est surtout la dernière voix dissonante. L'association qui dit non et qui dénonce les dépassements de l'autorité jusque dans les villages les plus éloignés du pays, affirme le journaliste Redouane Ramdani. L'association est partout et sur tous les fronts. Droit des travailleurs, indemnisation des victimes des années de plomb, solidarité avec des grévistes de la faim tunisiens ou égyptiens, réforme constitutionnelle, égalité des sexes. La globalité des droits de l'homme (politiques, économiques, sociaux) sont un principe fondateur de l'association. L'un ne va pas sans les autres, tranche Abdelhamid Amine, quatrième président de l'ancêtre incontesté du mouvement de défense des droits de l'homme au Maroc.
Les débuts difficiles
Tout commence en juin 1979. Au plus sombre des années noires du Maroc indépendant, un groupe de militants forme une association de défense des droits de l'homme. A cette époque, le pays traverse l'une de ses périodes les plus sanglantes. Plusieurs syndicalistes et militants de partis politiques sont jetés en prison. D'autres sont condamnés à l'exil ou disparaissent dans des conditions mystérieuses. Dans ce contexte, l'association s'est presque naturellement créée à l'initiative de quelques militants restés en liberté et des familles des victimes, se rappelle Abdelhamid Amine. Ce ne sera d'ailleurs que la troisième organisation de défense de droits de l'homme créée en moins de dix ans. Sera-t-elle la bonne ? Car avant l'AMDH, il y a d'abord eu ce comité de lutte contre la répression, créé à l'initiative d'ingénieurs, d'étudiants, d'avocats et d'écrivains. Il disparaîtra au bout de trois mois quand ses principaux initiateurs se retrouveront derrière les barreaux. L'Istiqlal, qui n'appréciait pas le ton virulent du comité, en profitera pour créer la Ligue de défense des droits humains. Une organisation docile et effacée, sans faits d'armes particuliers.
Durant ses premières années, le défi de l'AMDH sera donc d'exister, puis de durer malgré la sauvage répression du régime. Elle attendra d'ailleurs la sortie de prison de ses principaux dirigeants pour hausser le ton. Son premier prétexte : les émeutes de 1981. A cette époque, politique et associatif sont indissociables, l'AMDH est l'anti-chambre des partis de gauche. Il arrivait que dans une réunion, un militant s'exprime ouvertement au nom du PPS, de l'USFP ou de n'importe quel autre parti de gauche. Aujourd'hui, les frontières sont établies. Plus personne n'osera le faire, explique un responsable de l'association. En 1984, de violentes émeutes secouent le nord et le sud du pays. L'AMDH est à nouveau sur le devant de la scène politique. Dans un discours mémorable, Hassan II tient pour responsable les gauchistes, les islamistes et les sionistes. Il n'en faudra pas plus à ses services pour dresser des listes noires et embarquer la plupart des dirigeants de la jeune association. C'est le premier coup dur. Jusqu'en 1988, l'AMDH gèlera toutes ses activités.
En cette fin des années 80, il fallait donc tout reprendre à zéro. C'était d'autant plus difficile que c'est à ce moment que des divergences sont apparues au sein de la direction de l'association et qu'une partie de militants USFP ont créé l'OMDH, témoigne Amine. Qu'à cela ne tienne, un comité restreint s'active pour la tenue du deuxième congrès de l'association, sans cesse interdit par les autorités. Mais en 1989, il ne reste presque plus personne à l'AMDH. Le comité administratif ne compte plus que 6 membres au lieu de 30. Le bureau politique tourne avec deux personnes. C'est une association bannie. Pour donner du souffle à son action, l'AMDH conclut un étonnant mariage de raison avec la ligue istiqlalie de défense des droits de l'homme. Nous étions tous gagnants. Grâce à ce partenariat, nos communiqués étaient désormais publiés sur les colonnes des journaux de l'Istiqlal et la ligue sortait de sa léthargie, affirme un cadre de l'association. Bien vu. En 1989, l'AMDH tient enfin son congrès et renouvelle sa direction. 10 ans après sa création.
Les temps changent
Au début des années 90, le régime change de stratégie. Au placard la confrontation et la répression, l'ère est à l'apprivoisement (déjà !). Hassan II crée le CCDH et invite toutes les associations actives dans le domaine à y siéger. Toutes acceptent, sauf l'AMDH. Le conseil n'est pas indépendant, argue-t-elle. Guédira (conseiller de Hassan II) est furieux. Si vous ne rentrez pas au conseil, considérez que vous n'existez pas, dira-t-il sèchement aux dirigeants de l'époque. Il n'en sera rien finalement et plus forte que jamais, l'AMDH tient son congrès ordinaire en 1991. Le congrès de la rupture. L'association y installe ses principes fondateurs.
L'universalité des droits humains comme seul référentiel (toutes les autres associations citent également l'islam), la globalité des droits de l'homme et l'action de masse. Nous considérons que les droits de l'homme ne tombent pas du ciel, ne sont pas accordés par un zaïm et ne peuvent être l'affaire d'une élite, aussi honnête soit-elle. C'est à la masse de les arracher et de les préserver, affirme Amine. C'est le début réel de l'aventure. L'AMDH se positionne définitivement à gauche et ne trahira plus jamais son ton radical, limite manichéen. Même le changement de règne ne la fera pas bouger d'un pouce. Plus encore, sous Mohammed VI, l'AMDH profite de l'ouverture des premières années pour passer à la vitesse supérieure. En 2000, elle publie une première liste nominative de tortionnaires et demande l'ouverture d'une enquête sur leur réelle implication dans des crimes de torture et d'enlèvement. Ce sera le premier clash sous Mohammed VI. La manifestation de l'association devant le Parlement est interdite. Ses membres sont arrêtés puis condamnés à des peines avec sursis. Sous Hassan II comme sous Mohammed VI, l'AMDH est considérée comme une organisation imprévisible et subversive. Quelques mois avant le 16 mai, elle inondera les rédactions marocaines et internationales de ses communiqués condamnant l'enlèvement et la torture d'islamistes dans des centres de détention secrets, ce qui fâchera considérablement les sécuritaires de la nouvelle ère. Il faudra ensuite attendre la constitution de l'IER pour que l'AMDH sorte des rangs (encore une fois) pour organiser ses auditions parallèles. A cette différence qu'à l'association, les victimes peuvent citer les noms de leurs tortionnaires. Bref, les faits d'armes de l'AMDH sont nombreux et ne font pas toujours l'unanimité. Ils sont peut- être radicaux, parfois même maladroits. Mais c'est quand même une association qui tire vers le haut. Un épouvantail contre les excès dans toutes les régions du pays. N'importe quel gouverneur y penserait à deux fois avant de porter atteinte à la dignité d'un citoyen, affirme R. Ramdani. Car aujourd'hui, l'AMDH est une machine redoutable. Grâce à ses 69 sections éparpillées sur tout le territoire, elle garde un il sur tout ce qui se passe. Et il suffit qu'un citoyen soit maltraité par un agent d'autorité dans un bled perdu pour qu'un virulent communiqué signé AMDH tombe dans la journée. Grâce à ses relations privilégiées avec une grande partie de la presse privée, le communiqué est presque automatiquement repris par les quotidiens et les hebdomadaires de la place. Effet boule de neige garanti
Ses recommandations sont souvent reprises par les organisations internationales de défense de droits de l'homme. Tant mieux, répond Amine. Ces organisations sont de toute façon plus écoutées que nous par les responsables marocains.
Association amateur
Malgré ce poids considérable, l'AMDH reste une association aux moyens limités. Deux chiffres pour illustrer cela : l'association emploie trois personnes pour gérer une structure qui pèse plus de 7000 adhérents. Tout est donc fait par des bénévoles, avec ce que cela comporte comme risques : déperdition de l'information, problème d'archivage et de recoupement, manque d'enquêtes sur le terrain, etc. L'association tente de combler cela en misant sur la formation continue de ses responsables régionaux mais reste consciente de la nécessité de professionnaliser ses méthodes de travail. Cet officiel va encore plus loin dans la critique : l'amateurisme des méthodes de l'AMDH fait qu'elle donne toujours une lecture politique aux événements au lieu de simplement relater ce qui s'est passé. On dirait que ces gens cherchent encore à prendre leur revanche sur un Etat qui les a persécutés pendant de longues années.
Et pourtant, l'AMDH change. A en croire ses responsables, elle rajeunit même. Nous avons initié les clubs de droits de l'homme dans les lycées et les colonies de vacances . C'est pour nous un vivier considérable de jeunes et futurs militants, affirme Amine. Notre génération finira par disparaître, il faut passer le flambeau, reconnaît un vieux militant. Il faut aussi diversifier son action. Abdelhamid Amine parle ainsi de l'urgence de s'attaquer à la question de l'environnement. Après les années noires, l'AMDH vire-t-elle au vert ? |
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Femmes. La méthode AMDH
En 2006 comme en 1990, quand les responsables de l'AMDH découvrent qu'un membre de l'association (sans responsabilités particulières) dans une petite ville est bigame, il est immédiatement exclu. L'association de défense des droits de l'homme est intraitable dès lors qu'il s'agit de femmes. Il faut dire que l'association revient de loin. Jusqu'en 1991, aucune femme ne siégeait au bureau central, ni dans la commission administrative. Et jusqu'à cette date, l'égalité hommes/femmes était, selon plusieurs responsables de l'AMDH (essentiellement provenant du mouvement national), contraire aux principes de la Charia. Depuis, beaucoup de choses ont changé. Aujourd'hui, les femmes constituent plus de 28% des instances élues de l'association et 18% de la totalité des membres. Et ce n'est pas fini. A l'horizon 2007, l'AMDH veut atteindre la cap de 10 000 adhérents, dont 2500 femmes (contre 1000 aujourd'hui). Le mot d'ordre a d'ailleurs déjà été lancé : chaque adhérent devra recruter une adhérente en 2006. A ce rythme, la gente féminine risque de rafler la majorité ! |
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