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Par Karim Boukhari
Mémoire.
Rif. Lautre musée
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Abdelkrim Khattabi
(turban, au centre) au Caire
en 1955, lors dun entretien
avec Mohamed El Fassi (g),
Mohamed El Yazidi et
Allal El Fassi (d). (AFP)
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Maintenant que le tant controversé musée Ameziane est sur pied, peut-être serait-il temps de construire le très attendu musée Khattabi à Ajdir
Récits, attentes et frustrations au cur du Rif.
Les Rifains attendaient le musée Abdelkrim Khattabi, ils se retrouvent avec le musée Mohamed Ameziane. La formule, qui appartient à Mimoun Charqi, membre du groupe de recherche Mohamed Abdelkrim Khattabi, résume le malaise qui secoue le Rif depuis que, le 27 mai, un musée privé portant le nom du maréchal Ameziane a vu le jour. Le |
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véritable problème est celui de l'histoire et de la mémoire du Rif qu'il serait dangereux d'exposer d'une manière partielle. Si Franco fait partie de l'histoire de l'Espagne, Ameziane fait partie de celle du Rif, mais il n'est pas le seul, alors où est Abdelkrim Khattabi ? Où sont toutes les autres figures qui ont façonné l'histoire du Rif ?.
Le musée Abdelkrim en suspens
Pour bien situer les origines de la polémique, il faut sans doute remonter à l'année 2001, où la fondation maroco-espagnole Al Idrissi (pour la recherche historique, archéologique et architecturale), essentiellement composée de Rifains expatriés en Espagne, a décidé de réparer un insupportable oubli de l'histoire en construisant un musée, le Centre d'Etudes Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi. L'historien Ahmed Tahiri, dirigeant de la Fondation, explique non sans amertume : Nous avions du soutien logistique et financier en Espagne et au Portugal, notre but était purement culturel, loin de tout opportunisme ou tentative de récupération politicienne, mais
.
Tahiri et ses amis ont mis deux ans pour faire les choses dans les règles de l'art. Au-delà d'un important travail de documentation historique et architecturale, ils réussissent l'exploit (c'en est un) de convaincre jusqu'à la famille Khattabi, installée en Egypte principalement, de leur céder le domaine familial à Ajdir. Le musée devait ainsi voir le jour là même où le grand Khattabi vivait, au cur du Rif. Avec la caution morale de la famille, le soutien de plusieurs associations locales et un montage financier solide, il ne restait plus qu'un dernier détail avant de lancer, pour de bon, les travaux d'aménagement : une autorisation officielle.
Jusque-là, explique un membre de la Fondation Al Idrissi, toutes les démarches avaient eu lieu avec la bénédiction des représentants de l'autorité locale. Ne restait plus que le feu-vert de Rabat
. En août 2003, profitant du passage programmé du souverain par Al Hoceima, la fondation remet le dossier au cabinet royal. Depuis, rien. Aucune nouvelle. Comme si le projet n'avait jamais existé. En février 2004, la région fut le théâtre d'un terrible tremblement de terre qui l'a remise, malgré elle, au devant de la scène. Le projet du musée Khattabi semble avoir été enseveli avec les décombres du tremblement de terre
Non seulement le projet a été injustement mis à l'écart mais on a appris, après coup, que le ministère de la Culture l'avait repris à son compte après l'avoir vidé de son sens, s'insurge Ahmed Tahiri. Le musée de substitution, qui n'a d'ailleurs toujours pas vu le jour, ne porterait pas le nom de l'illustre combattant du Rif. Autant de motifs qui ont provoqué l'ire, légitime, de la fondation Al Idrissi qui explique, dans un communiqué publié il y a quelque temps : Comment le ministère (de la Culture) peut-il envisager de construire de nouveaux musées alors qu'il n'a même pas réussi à mener à bien la restauration de bâtiments existants ?. Question sans réponse.
Pourquoi le musée Ameziane dérange
L'histoire du musée Khattabi qui n'a jamais vu le jour, a mis de larges pans de la société civile rifaine, et même espagnole, en émoi parce qu'elle mettait en doute la sincérité du Maroc officiel à réhabiliter (et restaurer) la mémoire véritable du Rif, et de ses hommes. Beaucoup de bonnes volontés, à commencer par la famille Khattabi et ses proches, ont mis leurs projets en suspens, en attendant d'y voir plus clair. Ils guettaient un geste (de bonne volonté) officiel
, résume encore le chercheur Mimoun Charqi. Le 27 mai 2006, ce geste allait venir mais pas tout à fait dans la direction attendue, avec l'inauguration, près de Nador, d'un musée dédié au maréchal Ameziane.
La polémique du musée Ameziane est née d'un incident protocolaire : le patronage royal accordé à l'événement et la présence de plusieurs représentants gouvernementaux à l'inauguration. Parce que, contrairement à Khattabi, le patronyme Ameziane ne fait pas l'unanimité dans le Rif. En fait, rectifie Mimoun Charqi, il y a deux Ameziane dans le Rif. Le Chérif Mohamed Ameziane, proche des résistants, et que les Espagnols appelaient El malo (le mauvais Ameziane) et l'autre Ameziane, père du maréchal, qui collaborait avec l'occupant et que les Espagnols surnommaient El bueno (le bon Ameziane). Ajoutez-y le fait que le maréchal a participé, en tant que jeune officier espagnol, à la guerre du Rif, et vous obtenez un cocktail molotov qui a bel et bien explosé ce 27 mai 2006 dans tout le Rif. Résultat : voilà qu'aujourd'hui on en vient à considérer le maréchal comme l'un des héros (aux côtés d'Oufkir et du prince héritier) de la répression du Rif dans les années 1958-1959, ce qui est historiquement loin d'être avéré
En fait, la surenchère et les amalgames auraient pu être évitées, comme nous l'ont expliqué plusieurs chercheurs qui connaissent bien le Rif, si le patronage royal n'avait pas été accordé, sans doute précipitamment, à l'inauguration du musée Ameziane. Ou alors si le Rif comptait déjà son musée Abdelkrim Khattabi (cela fait tout de même près de 80 ans que les Rifains, et les Marocains en général, l'attendent), voire son musée Bouhmara, alias Jilali Zerhouni, un personnage controversé qui a longtemps joué au vrai-faux sultan et qui a pu aussi gouverner la région entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. L'histoire du Rif appartient aussi à ceux qui l'ont faite, indépendamment de leur héroïsme réel ou supposé, des Khattabi père et fils aux Ameziane, en passant par Bouhmara et tant d'autres. |
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Projet. En attendant Abdelkrim
Lidée d'un musée Ameziane est l'uvre de sa fille Leïla, épouse Benjelloun, qui a investi dans un local familial pour le transformer en espace dédié au parcours du maréchal. La marraine du projet a longtemps parcouru les routes du Rif, notamment depuis l'implantation d'un programme de scolarisation au nom de la fondation qu'elle dirige. Le musée est un prolongement de l'action de scolarisation et de désenclavement de la région, et les deux sont tout à fait honorables, note ce militant associatif à Nador. Une conjoncture malheureuse (abandon du projet du musée Khattabi, caractère officiel de l'inauguration du musée Ameziane) en a décidé autrement. A Nador, un premier sit-in a déjà eu lieu pour protester contre l'ouverture du musée. Certains avancent l'idée d'une pétition, d'autres celle d'une plainte (mais contre qui ?). Et si, pour fédérer tout ce beau monde, on laissait Ameziane en paix pour autoriser enfin un musée Khattabi ? |
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