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Par Youssef Aït Akdim
Mauritanie. Le printemps continue
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Dimanche 25 juin, les
Mauritaniens ont massivement
approuvé la nouvelle
Constitution. (AFP)
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La nouvelle Constitution proposée par la junte militaire au pouvoir en Mauritanie a été massivement approuvée par référendum le dimanche 25 juin. Une étape de plus franchie depuis le coup d'état d'août 2005 sur la voie de la transition démocratique, en attendant les prochaines échéances cruciales pour l'avenir du pays.
Depuis son indépendance en 1960, la Mauritanie n'a jamais changé de maître sans passer par l'étape du coup d'Etat. Mode habituel d'alternance à la tête de l'Etat depuis le renversement de Mokhtar Ould |
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Daddah en 1978, et le coup d'État en décembre 1984, organisé par Ould Taya, le putsch militaire du 3 août 2005 ne devait rien changer au paysage politique mauritanien. Accueillie par la condamnation des chancelleries occidentales et des organisations internationales, l'Union africaine refusant toujours - au moins dans un premier temps - de reconnaître les changements politiques issus de coups d'Etat militaires, la prise de pouvoir par le Conseil militaire pour la justice et la démocratie du Colonel Ely Ould Mohamed Vall a pourtant suscité l'espoir des Mauritaniens.
Souhaitant mettre fin aux pratiques totalitaires du régime qui ont engendré une dérive dangereuse pour l'avenir du pays, Ould Mohamed Vall a promis de s'engager à créer les conditions favorables d'un jeu démocratique ouvert et transparent sur lequel la société civile et les acteurs politiques auront à se prononcer librement. Les premiers signes positifs n'ont pas tardé avec la nomination d'un gouvernement composé de technocrates, chargé de faire respecter un calendrier de transition démocratique précis pour remettre le pouvoir à des institutions légitimes dans des délais raisonnables et avec l'instauration d'une commission électorale indépendante. Après le référendum constitutionnel du 25 juin 2006, des élections municipales et législatives devraient se tenir le 19 novembre 2006, et des élections sénatoriales et présidentielles le 11 mars 2007.
Un oui franc et massif
Les amendements constitutionnels qui étaient soumis à un million d'électeurs mauritaniens, dimanche 25 juin, abrogent le funeste article 28 de la Constitution, véritable invitation à la dictature : Le Président de la République est rééligible en proposant d'interdire au chef de l'Etat d'accomplir plus de deux quinquennats et de rester en fonction au-delà de 75 ans. Cette réforme pourrait passer pour banale, si le texte ne dessinait pas en creux le portrait inversé de Ould Taya, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en décembre 1984 et trois fois réélu dans des conditions contestées, jusqu'à son débarquement en août 2005.
Résultat de larges consultations entre les principaux partenaires (partis et organisations non gouvernementales) politiques sous la supervision du CMJD, la Constitution que les Mauritaniens ont votée instaure un régime de type présidentiel donnant au chef de l'Etat d'importantes prérogatives - dont la désignation du premier ministre - mais renforce, dans le même temps, les prérogatives du Parlement en lui octroyant le droit de voter la défiance ou la censure du gouvernement. Le chef de la République islamique de Mauritanie devra jurer sur le Coran de ne pas prendre ni soutenir une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel.
Plus d'un million d'électeurs étaient invités à se prononcer par voie référendaire, et 96% des votants ont choisi le oui retrouvant la pratique démocratique avec une participation supérieure à 75%. Grâce à ce résultat, la Mauritanie fait figure de pionnier en devenant un des premiers pays arabes et africains à limiter le nombre de mandats présidentiels. Elle affiche notamment sa différence avec ses voisins algériens - où la polémique enfle sur un projet de révision constitutionnelle du président Bouteflika instituant une monarchie présidentielle - mais également marocains chez qui la question des réformes constitutionnelles s'est récemment invitée dans le débat public.
Lundi soir, la présidence mauritanienne a qualifié les résultats de véritable sursaut national, d'événement majeur dans l'histoire du pays et d'étape décisive du processus de transition démocratique. S'engageant à poursuivre résolument les réformes engagées, le président s'est félicité du niveau élevé de civisme des Mauritaniens, qui ont exprimé clairement leur détermination à bâtir une véritable démocratie et un Etat de droit (...). Ely Mohamed Ould Vall s'est également engagé à organiser les prochaines échéances électorales suivant le calendrier du programme de transition.
Les questions en suspens
Cette victoire acquise, d'autres échéances attendent le CMJD. Sorte de faille instable à la rencontre des plaques tectoniques arabe et africaine, la Mauritanie, arabisée de force, souffre de sa position géographique. Depuis la tentative avortée de putsch par des officiers noirs en 1987, les tensions entre communautés noires et maures se sont multipliées, atteignant leur apogée pendant les événements de 1989. Les affrontements ont dégénéré en une crise sénégalo-mauritanienne qui s'est terminée par l'expulsion de près de 100 000 Négro-Mauritaniens vers le Sénégal. Les exactions, viols, pillages et expropriations, sont regroupés sous la pudique appellation de passif humanitaire. Le gouvernement provisoire a décidé de laisser les futures autorités élues prendre en charge ce dossier même s'il n'est plus tabou de dénoncer la persistance de l'esclavage, vingt-cinq ans après son abolition officielle. Le chef du CMJD s'est prononcé pour une abolition sous toutes ses formes.
Après avoir pris ses distances au départ, la communauté internationale, rassurée par les déclarations du chef de l'Etat, s'est rapprochée du régime mauritanien, saluant les efforts en matière de transparence chez ce nouvel arrivant, depuis février, dans le club des pays producteurs de pétrole. Après que le FMI a annoncé l'annulation, la semaine dernière, de 49 millions de dollars de la dette mauritanienne, l'Union européenne devrait elle aussi reprendre ses aides. Le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a lancé le mouvement mardi dernier lors de sa visite à Nouakchott.
Quant aux islamistes, pour l'heure interdits de former un parti, ils ont été autorisés pour la première fois à concourir comme indépendants aux législatives de l'automne. La question de l'islamisme inquiète à juste titre, puisqu'au début du mois de juin, les services de sécurité ont lancé une chasse à l'homme qui a conduit à l'arrestation de membres du GSPC. L'intégration des islamistes serait-elle un moyen efficace d'assurer la stabilité indispensable à la réussite de lexpérience mauritanienne ? |
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Destin. Que devient Ould Taya ?
Chassé du pouvoir par des proches, alors qu'il était en déplacement en Arabie Saoudite pour assister aux obsèques du roi Fahd, Moaouiya Ould Taya a obtenu l'asile au Qatar. Depuis avril 2006, il a été autorisé à revenir en Mauritanie à condition de ne pas participer à la prochaine élection présidentielle. Pour l'instant, l'ancien président n'a pas pris le risque de retourner dans un pays où ses ennemis sont nombreux. Un avocat mauritanien, Maître Diabira Maaroufa, réclame l'abrogation de la loi d'amnistie de mai 1993 afin que l'ancien président déchu soit traduit devant les juridictions nationales. Qualifiant la loi de mai 1993 d'auto-amnistie, Me Diabira a estimé qu'un procès contre Ould Taya, sur le territoire national, aurait une très grande valeur pédagogique sur la voie de la réconciliation nationale. Par ailleurs, l'influence de Ould Taya sur la scène interne ne semble pas nulle. Une semaine avant le référendum, cinq fidèles de l'ancien président ont été arrêtés, alors qu'ils s'apprêtaient à saboter le processus de transition engagé par les nouvelles autorités mauritaniennes. d'après un communiqué officiel. |
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