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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Bart Schut

Libye. De l'Etat voyou à l'Etat modèle

Mouamar Kadhafi à Tripoli,
le 1er juin 2006. (AFP)

En mai, les Etats-Unis ont rayé la Libye de la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme. Aujourd'hui, Washington est en train de rétablir pleinement ses relations diplomatiques avec son ancien ennemi. Chronique d'une normalisation.


Après les visites du premier ministre britannique Tony Blair à Tripoli et du président français Jacques Chirac en 2004, la Libye se prépare à un grand feu d'artifice : la visite officielle de George W. Bush himself au colonel Kadhafi semble n'être qu'une question de temps. Cette semaine, les Etats-Unis déclareront une fois de plus que les relations
diplomatiques avec la Libye sont entièrement rétablies. De son côté, la secrétaire d'Etat, Condaleezza Rice a annoncé le 15 mai que la Libye a été bel et bien rayée de la liste des pays qui soutiennent le terrorisme. En jetant un rapide coup d'œil à cette fameuse liste, on se rendra compte qu'elle comprend tous ceux que la Maison Blanche a en aversion, même s'ils n'ont rien à voir avec le terrorisme: l'Iran, la Corée du Nord, le Soudan, la Syrie et (ce n'est pas une plaisanterie) Cuba.

Fin d'un cycle inauguré en 1980
La Libye n'est donc plus membre de ce club fermé. Pour la première fois depuis 1980 : les Américains auront leur ambassade à Tripoli. Rice n'a pas manqué de féliciter les Libyens pour leur “engagement continu à renoncer au terrorisme” et pour leur “excellente coopération dans la guerre contre le terrorisme”. Comment cet énigmatique et excentrique bédouin révolutionnaire, autrefois décrit par Ronald Reagan comme “un chien enragé”, a-t-il pu devenir le nouvel ami de Washington et le modèle à suivre par les pays qui figurent encore sur la fameuse liste noire ?
Voilà la version américaine officielle : Après avoir vu ce qui est arrivé à Saddam Hussein en Irak et aux talibans en Afghanistan, Kadhafi s'est rendu compte qu'il pourrait être le prochain sur la liste s'il ne change pas de méthode. C'est ainsi qu'il a annulé son programme de développement d'armes de destruction massive et rejoint le monde libre dans son combat contre le terrorisme. Bref, c'est une victoire pour la ligne dure de la politique étrangère américaine formée par George W. Bush et ses amis néo-conservateurs. C'est, par ailleurs, un exemple à suivre pour les parias de la scène internationale, notamment l'Iran et la Corée du Nord.

Une collaboration qui date
Kadhafi a commencé à flirter avec l'Occident bien avant la chute de Saddam Hussein. Déjà en 1999, le leader libyen a reconnu sa responsabilité dans l'un des plus graves attentats terroristes d'avant le 9 septembre 2001 : l'explosion d'un avion au dessus de la ville écossaise de Lockerbie en 1988, causant la mort des 270 passagers du vol 103 de la compagnie PanAm. En 1991, les Américains ont attribué l'attentat à des agents des services secrets libyens si bien que le Conseil de Sécurité de l'ONU a répondu par des sanctions qui ont paralysé l'économie libyenne. En avril 1999, sans reconnaître l'implication de la Libye dans les attentats de Lockerbie, Kadhafi remet deux de ses agents à la justice écossaise (l'un est condamné, l'autre relaxé) et accepte de payer la somme de 2,7 milliards de dollars US pour indemniser les familles des victimes. En 2003, les Nations unies lèvent les sanctions contre la Libye.

La même année, Khadhafi, aujourd'hui âgé de 64 ans, déclare vouloir renoncer à son programme de développement d'armes de destruction massive et permettre à la communauté internationale d'inspecter ses installations. Déjà en 2002, c'est-à-dire avant l'invasion de l'Irak par les Américains, les officiels libyens, notamment le fils (et successeur potentiel) de Kadhafi, Saîf al-Islam, ont eu en 2002 des pourparlers avec les responsables de la CIA et du MI6 (Services secrets britanniques) concernant l'abandon du programme libyen d'armes de destruction massive.

L'on s'interroge donc sur les raisons qui ont poussé les Libyens à emprunter une voie qui est diamétralement à l'opposé de leur ancienne politique ? Citons d'abord le facteur économique. Les sanctions de l'ONU ont eu un sérieux impact sur l'économie de cet Etat pétrolier d'Afrique du Nord. Pour le dire simplement, Tripoli était au bord de la banqueroute en dépit de son immense richesse pétrolière. Cette situation a grandement affaibli Kadhafi à l'intérieur du pays. Cela nous amène à la deuxième raison pour laquelle il a résolu de se jeter dans les bras des Etats-Unis, l'ennemi d'hier: la vague islamiste qui menace son pays.

Signes avant-coureurs de la volte-face
Tripoli accuse l'Arabie Saoudite d'aider et de financer les terroristes islamistes qui opèrent à l'intérieur de ses frontières. Déjà en 1990, Kadhafi, qui n'a jamais été pris au sérieux par les autres leaders du Moyen-Orient, a abandonné l'idée d'une unité panarabe (avant, il se voyait comme le successeur tout indiqué de Jamal Abdel Nasser) et s'est de plus en plus tourné vers l'Afrique au détriment du monde arabe. Le colonel arguait d'une série de déconvenues avec ses frères arabes : leur refus de soulager la Libye du fardeau des sanctions onusiennes, les négociations des Palestiniens avec Israël et l'appel à la rescousse de l'armée américaine par les Etats du Golfe au lendemain de l'invasion du Koweït en 1990. En 2001, Kaddafi a accueilli la réunion inaugurale de la toute récente Union africaine.

Par ailleurs, il y a eu cette fameuse prise de bec entre le président de la “Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste” et le prince héritier Abdullah, roi actuel d'Arabie Saoudite. En effet, lors d'un sommet arabe tenu en mars 2003, Kadhafi a accusé Abdullah de “passer un pacte avec le diable” en offrant d'aider les Américains à envahir l'Irak. Le prince héritier saoudien de l'époque lui a répondu en disant : “Tes mensonges te précèdent et ta tombe est devant toi”. Insulte terrible qui ne pouvait rester sans réponse. Cette même année, l'Arabie saoudite aurait déjoué un attentat où des agents libyens voulaient assassiner Abdullah en envoyant un missile sur sa résidence de la Mecque. Le renard du désert peut perdre quelques cheveux mais, même dans les moments difficiles, il semble avoir plus d'un tour dans son sac.



Etats Unis- Libye. Une liaison orageuse

1980.
Washington rompt ses relations diplomatiques avec la Libye à la suite de la mise à sac par la foule de l'ambassade des Etats-Unis à Tripoli.
1986. Les Etats-Unis condamnent Tripoli pour l'attentat contre un night-club à Berlin, causant la mort de deux soldats américains. Des avions américains prennent pour cible la résidence de Kadhafi, causant la mort de sa fille.
1988. Un avion de la Panam explose au-dessus de Lockerbie. Les Etats-Unis pointent du doigt les services secrets libyens.
1999. Tripoli remet à la justice écossaise les agents suspects dans l'affaire de Lockerbie.
2003. Kadhafi renonce au programme de développement d'armes de destruction massive et invite les inspecteurs internationaux à visiter ses installations.
2006. Les Etats-Unis et la Libye reprennent leurs relations diplomatiques.

 
 
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