Rapport parlementaire. Les commissariats à la loupe
Khelli Henna Ould Errachid. Le phénix du Sahara
AMDH. Les derniers refuzniks
Rif. L'autre musée
Société. La vie après le bordel
Mauritanie. Le printemps continue
Libye. De l'Etat voyou à l'Etat modèle
Immobilier. Addoha La belle affaire
Mode. Le beldi wear est-il viable ?
Reportage. Taha Boulba
Essaouira. Deconnecting people
Art contemporain. Qui dit mieux ?
Spéctacle. Le cirque des enfants pirates
N° 232
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine Culture

Barry, le 25 juin en clôture
du festival d’Essaouira.
(PIERRE-EMMANUEL RASTION)

Festival d’Essaouira. Johnny Walker Bush

Il y avait comme un parfum de contestation cette année au festival d’Essaouira. L’affiche officielle représentait un visage farouche (et noir) armé de deux guitares dans le dos comme un guérillero porterait deux fusils mitrailleurs. Etait-ce un signal inconscient ? En tout cas, Barry a, en toute conscience, donné une portée claire et nette à ce visage beau et fascinant. Invité à clôturer le festival gnaoua dimanche à Bab Marrakech, en première partie de Rachid Taha, l’enfant de Hay Mohammadi n’a pas fait mentir ses origines et a balancé quelques messages bien sentis aux 50 000 spectateurs. Barry les a chauffés juste
à point en jouant ses compositions les plus rythmées (tiré de son dernier album Sleeping System) puis il a fait reprendre en chœur par la foule le refrain de “Johnny Walker Bush”. “Man hebbouche !” (je l’aime pas !), répondait la foule de concert. Concours de circonstances dont on n’aurait osé rêver, les VIP du festival, entre autres André Azoulay et Driss Benhima, pointaient le bout de leur nez à ce moment précis. Barry n’en est pas resté là, après ce petit édito de politique internationale, il a commenté une politique intérieure marocaine pas si ancienne que ça. “Vous vous souvenez de Driss (Basri, ndlr), celui qui nous donnait le bâton ?”. Eclats de rires dans le public, petit sourire entendu chez certains VIP qui se poussaient du coude. Et de lui-même, imitant la frayeur en jetant de concert des “Hou Hou” à un hélicoptère de la sécurité qui survolait le concert, le public a repris en chœur cet hommage irrévérencieux à Si Driss…


Cinéma. Tous pour United 93

11 septembre 2001. Quatre avions sont détournés, un seul n’atteint pas sa cible. Grâce à la rébellion de ses passagers, avertis par leurs portables des attentats des Twin Towers, le vol United 93 Newark-San Francisco s’abîme en Pennsylvanie et laisse intact le Capitole. Quatre ans après Bloody Sunday, qui lui a valu l’Ours d’Or à Berlin, le Britannique Paul Greengrass renoue avec son engagement anti-terroriste et son style visuel intense, quasi documentaire dans ce long métrage fascinant tourné en temps réel. Bluffant de réalisme, Vol 93 honore la notion de sacrifice sans le céder ni au nationalisme, ni au puritanisme, ni à l’héroïsme, tout en s’assumant comme film d’action. Présenté en ouverture de Tribeca, le film, joué par des acteurs amateurs, a suscité une polémique, selon laquelle Universal exploiterait le sort des victimes.
Absurde, puisque les proches de celles-ci, qui ont visionné le film à la Maison Blanche, ont activement pris part au projet. À voir absolument.

En DVD au coin de la rue.



Stages. L’été Del Arte

Amateurs de toute forme d’art, Casa Del Arte est à votre service. Ce centre culturel, qui fête ses deux ans, organise des stages pendant le mois de juillet. Au programme, art plastique, flamenco, salsa, danse africaine, danse orientale, sculpture, théâtre et également des activités artistiques pour les plus jeunes. Une initiation à l’art en famille. A la tête de ce centre, Adam et Dominique, un couple d’amoureux… de l’art. À l’origine, tous deux pensaient créer cette résidence d’artistes à Essaouira, ou Larache.
“Casa aussi est une ville faite pour les artistes”.

Casa Del Arte, rue France Ville, Oasis, Casablanca. Infos au 022 99 09 36.



Tournage. Ennemis rapprochés

ça tourne à Casa. Florent Emilio Siri réalise L’Ennemi intime, son quatrième long métrage, sur la torture pendant la Guerre d’Algérie. Inspiré de faits réels, L’Ennemi intime fait se confronter Terrian (Benoît Magimel), un lieutenant idéaliste, et le sergent Dougnac (Albert Dupontel), militaire de carrière. Les atrocités de cette guerre vont les conduire à accomplir des actes dont ils ne se seraient jamais crus capables, découvrant qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes. Après Le Petit Soldat de Jean-luc Godard (1960) ou La Bataille D’Alger de Gillo Pontecorvo (1966), à l’époque taclés par la censure, L’Ennemi intime s’inscrit aujourd’hui dans un contexte où la France ose davantage aborder son douloureux passé colonial. Point d’effet de mode pour autant : son scénariste, Patrick Rotman, est l’auteur en 2005 du téléfilm Nuit Noire, via lequel le petit écran montrait pour la première fois la terrible répression de la manifestation non violente du FLN à Paris le 17 octobre 1961.


UNESCO. Jemaâ El Fna délocalisée

L’UNESCO transforme, enfin, le titre qu’elle a accordé à la place Jemaâ El Fna en 2001 (chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité) en actions concrètes. Grâce à des fonds japonais, un plan de “préservation, revitalisation et promotion de la place à Marrakech” est lancé. Au programme, un livre d’une centaine de pages, co-écrit par l’anthropologue Ahmed Skounty et la lettrée Ouidad Tebbaâ, vient de paraître. L’UNESCO a fait don de 1000 exemplaires à l’académie de Marrakech, afin que les enseignants en fassent une base pédagogique. Dans cet effort de délocalisation du patrimoine de Jemaâ El Fna, les sept conteurs qui officient encore sur la place ont entamé une série de visites aux écoles de la ville. Objectif, transmettre leur savoir ancestral dans les classes. La demande est telle que leur planning est déjà bouclé pour les mois de septembre et octobre. Jemaâ El Fna a une deuxième vie.


Tournage. Brèves de comptoir

Hassan Benjelloun donne cette semaine à Casa le premier clap de son septième long métrage : Le Bar, qui se déroule “Chez Pierre”, à Bejaâd, pose la délicate question de l’exode des Marocains juifs dans les années 60, un “non-dit” que le réalisateur de La Chambre noire (2005) souhaite bousculer : “J’ai grandi à Settat, dans une rue où vivaient dix familles musulmanes et juives. Du jour au lendemain, ces dernières sont parties”. Hassan Benjelloun épingle “le fossé créé par le Protectorat”. Avec un budget de sept millions de dirhams, Le Bar, où l’on retrouve Hassan Sqalli, raconte l’histoire de Shalom, vieux musicien juif qu’une bande de bons vivants entend bien faire rester au bled pour sauver leur bar des prêches hargneux de l’imam voisin, la loi stipulant qu’aucun débit d’alcool ne peut être fermé tant qu’un non- musulman est dans le coin.


Jazz. Copain comme Conchon

ça n’arrête plus de jazzer sous nos latitudes. Jazz à Chellah et Tanjazz, à peine achevés, voilà ti pas que Didier Conchon et son compère Eric Leboucher-Radiguet posent armes, bagages et guitares à l’IF de Casablanca. Le duo a fait ses gammes sous la houlette de deux sultans of jazz. Christian Escoudé, virtuose du jazz gitan et digne héritier de Django Reinhardt, a formé Didier Conchon tandis que Joe Diorio himself, un des maîtres spirituels de la guitare jazz blues, impressionné par le talent de Leboucher-Radiguet, l’a pris sous sa houlette. La culture club enfumée de Didier Conchon alliée aux expérimentations d’Eric Leboucher-Radiguet fera sans doute des étincelles. Et comme bon sang ne saurait mentir, avec Leboucher et Conchon, ça devrait même saigner...

Le 5 juillet à 20h30 au Théâtre 121 de l’IF Casa.



Piratage. Ali N’ en campagne

La boîte de prod’ de Nabil Ayouch fait feu de tout bois. Alors que l’équipe de Film Industry vient de boucler à Agadir le tournage, en amazigh, du Puits de la mémoire, quinzième long métrage sur les trente co-produits par la SNRT, le premier spot d’une campagne anti-piratage est en cours de montage. Mis en boîte dans la capitale du Souss les 21 et 22 juin, grâce à la caméra de Hicham Lasri et en collaboration avec les forces de l’ordre, ce spot et ceux qui lui succéderont espèrent conscientiser acheteurs, vendeurs et fabricants de VCD/DVD piratés qui animent chaque coin de rue. Autant d’acteurs (vous et moi) qui narguent la vigilance du BMDA, du gouvernement, de la SNRT et, désormais, du fils prodige d’un grand publicitaire. Bonne chance.


Publication. Paroles, paroles, paroles

L’association OCADD (Oralité, conte pour l’amitié, le dialogue et développement) lance la revue Les Arts de l’oralité. Le premier numéro aborde le thème de l’immigration, “afin de sensibiliser la jeunesse sur ce sujet qui les touche de près”, précise Ahmed Hafdi, responsable de la revue. Une première : les lecteurs pourront envoyer leurs articles. “La sélection dépendra de la qualité de la réflexion et de l’argumentation”, explique Mohamed Bahi, président de l’association. Il faudra une certaine qualification mais on acceptera aussi la vulgarisation. Des témoignages peuvent apporter une autre dimension”. Il faudra attendre juillet 2007 pour avoir la revue entre les mains. Patience...


Le livre.

La mort rend beau. C’est ce qui arrive aux textes du grand écrivain espagnol, installé à Marrakech, Juan Goytisolo. Depuis le départ de sa femme, il a commis deux récits d’une force inégalée. Après Ella, qui ressemblait à une homélie ou à une incantation d’un homme amputé de sa belle moitié, voici enfin traduit en français Et quand le rideau tombe. Que se passe-t-il quand l’autre meurt ? Le sommeil disparaît, les heures deviennent très longues, les souvenirs les plus inattendus remontent à la surface, les rêves les plus incongrus prennent forme et les corrélations les plus surréalistes deviennent fluides. Ecrit avec sagacité, ce récit mélancolique fourmille de détails qui informent sur le talent immense de Goytisolo l’humaniste.

Ed. Fayard (170 dh).




Humeur : L’armada aïta

Hassan Hamdani

Jour de match à l’hôtel Hyatt Regency à Casablanca. L’écran est géant, la bière coule à profusion. Il manque un ou deux brûleurs de bus dans le décor mais, mis à part ce détail pyrotechnique, on se croirait au stade. La France joue son 8ème de finale contre l’Espagne. La salle est partagée entre supporters français et espagnols. Entre les deux communautés expatriées, deux Marocains pure souche, dissimulés dans la masse, l’air de deux clandestins dans cet espace Schengen aviné. “Allez l’Espagne !”, crie l’un d’eux, originaire de Settat. “T’es pour l’Espagne ?”, s’étonne son voisin tangérois. “Oui, la France a perverti notre culture profonde”, lui répond l’autre. “Je suis pour la France. La colonisation espagnole nous a retardés dans notre destin de superpuissance” l’informe le Chamali. La pureté de la cheikha beldia salie ? Tout notre shit fumé par d’autres ? Quelle était la raison de notre sous-développement ? Ces interrogations d’Ibn Battouta avinés, les bienheureux expatriés s’en battent le popotin dans les grandes largeurs. Ils sont trop pris par la Coupe du Monde, la vraie, laissant deux glorieux représentants de notre superpuissance virtuelle se disputer celle de la connerie. Et on l’aurait défendu avec quoi, notre territoire national ? Des légions de cheikhate blindées, armées de joints jusqu’aux dents ? Elles auraient mis la pâtée à Lyautey et Franco, à coup sûr. Les infidèles seraient morts à profusion. Oui, mais de rire…



Grand Angle underground
Grand Angle sera en Espagne du 7 au 14 juillet pour suivre un bout de la tournée latine de Darga, sur les concerts de Leganes (le 9), quartier d’immigrés de Madrid, puis de Séville (le 13). 26 minutes pour “accompagner la nouvelle scène marocaine”, selon la reporter Selma Mhaoud. Diffusion à la rentrée.


Chaouen se met au vers
Ce week-end à Chefchaouen, planez autrement, au Festival de la poésie marocaine moderne. Lectures d’artistes et présentation de nouveaux recueils : Un ciel qui me ressemble un peu de Thouria Majdouline, Tissage de filles de Mourad Kadiri ou encore Mémoire d’une belle blessure de Mohamed Chikhi.


Jésus-Christ super star
Enième film sur la
naissance de Jésus, Nativity, en tournage au Maroc, est réalisé par Catherine Hardwicke, auteure de Thirteen et Lords of Dogtown. Marie y sera sans piercing et Joseph sans skate-board. Un fiston sauveur de l’humanité, c’est déjà bien comme cadeau de Noël.

 
 
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