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N° 232
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB porte officiellement plainte contre la fifa, la mère de toutes les mafias...

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Ce mercredi 28 Juin 2006 est une triste journée pour Zakaria Boualem. C’est la première fois depuis dix-neuf jours qu’il n’a pas le moindre match à se mettre sous la dent. C’est la déprime. Y a-t-il une vie après la Coupe du Monde ?... Il zapouille donc mollement sur son décodeur analogique et tombe sur cette information hallucinante : Gianluca Pessotto, ancien footballeur de la Juventus de Turin et actuellement dirigeant du club, s’est jeté de la fenêtre de son bureau, un chapelet à la main. C’est pas drôle. Pessotto, pris dans la tourmente du scandale de la Juventus, a tenté de se suicider. Zakaria Boualem, planqué dans son nouveau bureau (non non, il n’est pas arrivé, mais il squatte celui d’un collègue en vacances), décide d’enquêter. Le premier truc qui le surprend, c’est qu’on parle très peu de ce suicide. C’est bizarre, tout le monde semble s’être mis d’accord pour ne pas gâcher la fête du Mondial. Pourtant, Zakaria Boualem se rappelle très bien de Gianluca Pessotto. C’était un défenseur latéral appliqué et un peu besogneux. C’était ce qu’on appelle un “joueur de couloir”. Sa mission ? Bloquer l’attaquant adverse, si possible soutenir les attaques en apportant de la disponibilité sur son aile. Les plus brillants arrivent à déborder et à centrer devant le but. Les autres, à bout de souffle, balancent des ballons aveugles derrière les cages puis vont se replacer à grandes enjambées en défense. Gianluca Pessotto, lui, n’était pas le plus mauvais. Mais c’était un anonyme. Malgré une dizaine de sélections en équipe nationale, malgré un palmarès incroyable, malgré son statut de pilier de la défense la plus imperméable d’Italie...
Apparemment, Pessotto n’était pas un idiot, puisqu’il est devenu manager de la Juve dès l’arrêt de sa carrière de joueur. Et puis, il y a eu l’affaire du Calcio. En vrac, on apprend que la Juve choisit ses arbitres, que les joueurs font des paris clandestins, que les enfants des dirigeants ont un boîte qui trafique allègrement sur les transferts, que les joueurs avalent des pilules de toutes les couleurs avant les matchs... Bref, que tout est pourri. Complètement pourri. Pourri à un tel point que Gianluca Pessotto, qui n’est pas particulièrement visé par la justice, a pris son chapelet et s’est jeté par la fenêtre. Zakaria Boualem n’en peut plus. Il a l’impression qu’on le prend pour un crétin. Tous les jours, il va au café pour regarder les matchs, hurle à la moindre occasion, s’emballe sur l’arbitre, entre en transe à chaque but. Il vit le football. Il est un gamin. Et il fait comme s’il ne savait pas que tout était pourri. Mais là, ce n’est plus possible. Il y a maintenant des suicides, on est dans un mauvais téléfilm. On ne peut plus détourner les yeux devant les scandales en tout genre. Rappelez vous l’élimination de l’URSS en 1986 par la Belgique, la finale de 1990 où il fallait faire perdre l’Argentine, l’élimination du Cameroun en 1998, celle des Etats-Unis en 2002, les pénalties oubliés de la Côte d’Ivoire cette année...

Pour Zakaria Boualem, le geste de Pessotto est l’ultime signal. Il faut se révolter. Voilà, c’est tout, il faut se révolter. Mais contre qui ? La FIFA, la mère de toutes les mafias. Zakaria Boualem porte donc officiellement plainte contre la FIFA, auprès du Tribunal européen de La Haye. Ce n’est pas une blague. Il compte leur réclamer 23 millions de dirhams de dommages et intérêts. Pour calculer cette somme, il a compté tous les cafés qu’il a consommés devant les matchs, toutes les bières, toutes les cacahuètes. Il a intégré la facture de sa télévision, des divers démodulateurs et autres appareils audiovisuels consacrés exclusivement au football. Comme la somme obtenue lui semblait assez modeste, il a rajouté un peu plus de 22 millions pour préjudice moral. Voilà, ça fait 23 millions. Encore une fois, ce n’est pas une blague, c’est une nouvelle affaire Bosman. Une affaire Boualem. Retenez son nom, il est l’homme qui va faire plier la FIFA et il va rendre le football aux enfants du monde entier.

 
 
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