Elections. Qui a peur de la gauche ?
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Rabat, 27 juin 2006.
Meeting de protestation du Parti
socialiste unifié. (TNIOUNI / AJO)
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Le mode de scrutin proposé pour les législatives 2007 met en danger les petits partis, dont les candidatures seront soumises à détroites conditions et subordonnées au bon vouloir
des élus actuels ! La gauche radicale hurle au scandale, et pointe lUSFP du doigt.
La gauche radicale est-elle condamnée à l'exclusion ? Dans le passé, une grande partie de cette mouvance a sciemment boycotté les élections. Maintenant, elle veut participer mais ne peut pas. L'USFP, soutenue par la majorité, a imposé à chaque parti un ticket d'entrée, |
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une sorte de filtre qui élimine d'office les candidats n'ayant pas une représentativité suffisante. Ne peuvent postuler aux urnes que les partis ayant déjà obtenu 3% des voix en 2002. A défaut, chaque candidat doit rassembler 500 signatures pour la liste nationale et 100 pour les circonscriptions locales. Cerise sur le gâteau : 20% de ces signatures doivent provenir des élus et les 80% qui restent de personnes inscrites sur les listes électorales. C'est un jeu pervers et très petit. Ils confisquent notre droit légitime de participer et nous disent clairement que si nous ne rentrons pas dans le rang de notre propre chef, ils nous pousseront à le faire à coups de bâton, s'insurge Mostafa Meftah du Parti socialiste unifié. Comment concevoir que moi homme de gauche, militant de la première heure, j'aille quémander des voix auprès des élus ?, rétorque indigné Ahmed Benjelloun du Parti d'avant-garde démocratique (PADS).
Quel sera l'avenir du PSU, du PADS, du Congrès national Ittihadi et du Parti travailliste? A-t-on vraiment peur de l'accès de cette gauche au pouvoir ? Même en participant aux élections, ces partis ne comptent pas laisser tomber leurs principes. La gauche radicale, partis et ONG confondus, considère que la politique est faussée par l'omniprésence du Roi et demande la réforme de la Constitution. Le plus grand handicap de la démocratie est la suprématie de la royauté, estime Ahmed Douraidi, du Centre de la démocratisation des élections, une ONG regroupant d'anciens marxistes-léninistes.
L'USFP, par qui le mal est arrivé
La question est fort embarrassante pour une majorité qui ne veut pas toucher aux pouvoirs royaux. Ils veulent instaurer une démocratie des seigneurs, alors qu'ils ne représentent que 22% des électeurs inscrits dans les listes électorales, écume Benjelloun du PADS. Ils, ce sont les usfpéistes qui sont unanimement décriés par la gauche radicale. Le fossé se creuse de plus en plus entre les camarades d'hier, aujourd'hui les pires ennemis. Au moment où la gauche radicale défend le droit constitutionnel de tout un chacun de participer, l'USFP estime que ce droit doit être réglementé pour éviter la balkanisation. Notre expérience électorale nous a montré que le pluralisme exagéré porte atteinte à l'électorat et aux élites, se défend Mohamed Lamrani, député de l'USFP. Et d'ajouter : Ce pluralisme est issu de querelles entre personnes. Il n'a pas de base ou de programme légitimes. Voilà qui est dit. Toutes les différences idéologiques ont été réduites à des querelles entre personnes. Ils se sont bien mis ensemble pour protester, qu'ils se regroupent pour participer aux élections !, lâche notre source.
Du haut de sa tribune, l'USFP se plaît dans son rôle de chef de famille et édicte ses règles pour le bien de la maison socialiste. Les enfants rebelles doivent calmer leur ardeur et faire preuve de flexibilité. Le fait est que ces enfants ont grandi et peuvent concurrencer le pater avec leur projet de constituer un front commun en 2007. L'USFP cherche-t-elle à les récupérer avant que ce ne soit trop tard ? Une fusion avec l'USFP, à l'exemple du PSD, est impossible. Mais nous pouvons réfléchir à un autre type de collaboration, appelle de ses voeux Lamrani. Nous ne les connaissons que trop bien. Ils savent que notre participation sous les mêmes slogans qu'en 1976 va perturber les habitudes de quelques-uns, rétorque un Ahmed Benjelloun, qui se plaît dans un discours plein d'allusions. Le sujet est empreint de susceptibilités. Mais au-delà, la collaboration a peu de chances d'aboutir en raison des différences de points de vue sur la question du partage des pouvoirs.
Le jeu non assumé de l'Etat
Les positions radicales de la gauche ont de quoi inquiéter au plus haut niveau mais l'Etat s'est révélé être un bon stratège. Le ministère de l'Intérieur observe un silence stoïque sur cette question électorale. Dans les négociations, il n'a rien imposé et nous a laissé décider entre nous. Ses interventions concernaient le dispositif pratique de l'organisation, témoigne un responsable istiqlalien. Initiative louable. L'Etat est en train de responsabiliser le champ politique. Alors que veut le peuple ? Mais voyons-y plus clair ! Pourquoi l'Intérieur imposerait-il quoi que ce soit du moment que toute la majorité défend la polarisation du champ politique, initiée par la monarchie. De source sûre, ce sont les partis qui ont proposé le filtre électoral. Et sur cette question, l'Etat est tellement neutre qu'il agace les âmes désespérées. Il est anormal que Driss Jettou n'intervienne pas en tant que président de la majorité alors qu'il avait lui-même orchestré les élections de 2002 (ndlr : quand il était ministre de l'Intérieur), s'insurge un militant du PSU. Déclaration étonnante de la part de la gauche puisque le fait qu'un ancien directeur des élections devienne lui-même chef de la majorité est conçu comme une aberration.
Istiqlal, PPS ou
PJD ?
Tactiquement, que peut faire la gauche ? Elle n'a pas de moyen de pression institutionnel. Faire jouer les rivalités entre l'USFP et l'Istiqlal ? Ce n'est pas acquis puisque le parti d'Abbas El Fassi ne veut pas entrer dans cette bataille entre camarades. Notre objectif n'est pas d'exclure la gauche mais d'éviter que le futur Parlement ne soit comme aujourd'hui ; un patchwork, tranche un député istiqlalien. Il reste le PPS, très sensible à l'idée de l'exclusion pour en avoir fait les frais. Lorsqu'on exige des partis de se faire accréditer à travers des signatures, on les oblige à donner de l'argent, remarque Mohamed Soual du bureau politique du PPS.
Le parti d'Ismaïl Alaoui ne veut pas en découdre avec la Koutla. C'est pourquoi ses positions demeurent très nuancées. Mais a-t-il vraiment les moyens de faire pression au Parlement ? Dans cette bataille électorale, la gauche sera devant un dilemme: devenir plus flexible en acceptant les nouvelles règles de jeu ou s'accrocher à ses principes et continuer à rester à l'écart. A moins qu'elle n'aille taper à la porte du PJD qui a manifesté sa compassion envers elle dans cette discrimination. Des islamistes soutenant des marxistes-léninistes
On aura tout vu. |