|
Par Bart Schut
Belgique. Le spectre Dutroux
|
Le principal suspect, le Marocain
Abdellah Aït Oud, à sa sortie
du palais de justice de Liège,
le 18 juin dernier. (AFP)
|
Dans l'affaire Stacy et Nathalie, la police et le parquet belges ont travaillé sans relâche pour retrouver le meurtrier. Le suspect n°1, Abdellah Aït Oud, est un pédophile d'origine marocaine. Tout le pays semble revivre le traumatisme causé par les meurtres d'enfants commis par Marc Dutroux.
Pendant presque vingt jours, depuis le 10 juin, une nation entière a retenu son souffle après la disparition à Liège de deux demi-surs, Nathalie Mahy (10 ans) et Sacy Lemmens (7 ans). Et pour cause, la profonde blessure causée dix ans plus tôt par le pédophile Marc Dutroux |
|
qui a violé et tué ses jeunes victimes (lire encadré), n'est pas encore cicatrisée. Tous les Belges qui ont espéré assister cette fois-ci à une fin heureuse, ont vu leurs espoirs s'évanouir lorsque les corps des deux petites filles ont été retrouvés dans un égout, sur un talus, près des rails de chemin de fer. Toutes deux ont été étranglées ; Nathalie, la plus âgée, a été violée.
En 1996, tous les Belges se sont dit : Plus jamais ça !. Mais malheureusement l'affaire Dutroux et celle de Nathalie et de Stacy présentent plusieurs similitudes : l'âge des victimes, le fait d'être enlevées à deux, l'abus sexuel, le meurtre horrible et la dissimulation méticuleuse des cadavres
Un élément les différencie pourtant : les autorités belges semblent déterminées à tout faire pour ne pas commettre les erreurs d'il y a dix ans. Cette fois, la police et le parquet se sont évertués à trouver un suspect avant même que les corps de Nathalie et de Stacy aient été retrouvés. Un travail rapide et efficace de la police. Peut-être même trop !
Abdallah Aït Oud semble être pour le moment le suspect tout indiqué dans cette affaire. Ce Maroco-belge de 39 ans était présent dans le même bar que Nathalie et Stacy quand elles ont été vues pour la dernière fois, la nuit du 9 juin. Aït Oud, qui était le petit ami de la barmaid (Christelle Berto, 20 ans), a quitté le café peu de temps avant la disparition des deux enfants. Quand il a vu son portrait à la télévision, il s'est rendu à la police mais seulement trois jours après. Le suspect, qui s'est rasé le crâne, est soupçonné par les enquêteurs de vouloir éviter d'être reconnu par de possibles témoins. Coïncidence troublante supplémentaire, Aït Oud habite dans la rue où les deux petites filles ont été vues pour la dernière fois, non loin de l'endroit où leurs corps ont été retrouvés.
Bien plus : en 1995, l'homme a déjà été condamné à cinq ans de prison pour avoir violé sa nièce de quatorze ans. N'ayant tiré aucun enseignement de son séjour carcéral, il a été arrêté de nouveau en 2001 (alors qu'il était en liberté conditionnelle) pour l'enlèvement et le viol d'une jeune fille de 14 ans. Déclaré psychologiquement instable, il a de nouveau été emprisonné puis libéré en décembre dernier après avoir été considéré comme guéri par les psychiatres.
Le Maroco-belge a été accusé de l'enlèvement de Nathalie et de Stacy, sans que l'on ait retenu contre lui les charges de meurtre et de viol. Il semble que le parquet belge veuille attendre les résultats du test ADN, qui seront connus dans les prochains jours (le matériel génétique d'une troisième personne a été trouvé dans les corps des deux petites filles). Cependant, Aït Oud nie toute implication dans l'affaire. La police, qui a perquisitionné dans son appartement, n'a rien trouvé qui puisse l'incriminer. Toutes les preuves qui ont été réunies contre lui sont circonstancielles. Ainsi, tout dépendra de l'analyse de l'ADN. Mais il est probable que les résultats ne seront pas concluants car les corps de Nathalie et de Stacy sont restés dans l'égout presque trois semaines, ce qui a pu endommager sérieusement le matériel génétique.
Le 3 juillet, un cortège de mille personnes a fait ses adieux à Stacy Lemmens lors de son enterrement à Liège. Plusieurs hommes politiques, y compris un membre de la famille royale de Belgique, sont présents. Deux jours plus tôt, sa demi-sur Nathalie Mahy avait été enterrée lors d'une cérémonie privée dans la même ville. L'endroit où les corps des deux petites filles ont été trouvés est devenu une espèce de sanctuaire où fleurs et peluches sont déposées par des Liégeois sous le choc. Le spectre de Marc Dutroux est presque palpable dans cette ville en deuil : deux de ses victimes, assassinées dix ans plus tôt, y vivaient aussi. |
 |
Affaire Dutroux. Une nation horrifiée
Quand le 22 juin 2004, la sentence condamnant Marc Dutroux à la prison à perpétuité est prononcée, c'est la fin d'un état de choc national qui a duré presque dix ans. Le pédophile belge a été finalement reconnu coupable du viol et de l'enlèvement de six filles, du meurtre de et de la dissimulation des corps de quatre d'entre elles.
En juin 1995, Dutroux enlève deux fillettes de 8 ans, Julie Lejeune et Mélissa Russo. Il les enferme dans une cellule spécialement aménagée dans sa cave, les viole en filmant ses actes horribles. Alors quil est retenu par la police pour une autre affaire, Julie et Mélissa meurent de faim dans leur prison. Il enterre les corps des petites filles dans son jardin.
Août 1995 : Dutroux kidnappe, viole et assassine An Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (19 ans) ; il les enterre ensuite sous une cabane, près de sa maison. Sabine Dardenne (12 ans à l'époque) est kidnappée en mai 1996 et séquestrée dans la cellule qu'ont connue Julie et Mélissa. Elle reste seule dans la cave jusqu'au 14 août de la même année, date à laquelle Dutroux enlève Laetizia, 14 ans. Mais la chance a enfin cessé de sourire au pédophile psychopathe. Un témoin identifie sa voiture à l'endroit où Laetizia a été enlevée. Cependant, lors d'une première perquisition au domicile de Dutroux, la police ne trouve pas la cellule aménagée dans la cave. Le 15 août, le criminel avoue enfin. Sabine et Laetizia sont retrouvées vivantes. Mais il faudra encore huit ans aux autorités pour condamner pour ses crimes « l'homme le plus haï de Belgique » et tourner la page de l'affaire la plus choquante et la plus traumatisante de l'histoire de ce pays. |
|
|