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N° 233
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB découvre qu’il existe de nouvelles lignes rouges, qu’il ne connaissait pas.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem a passé une très mauvaise semaine. ça a commencé par une discussion houleuse avec une collègue de bureau du nom de Fatima. Cette charmante jeune dame a la particularité d'être originaire de Nador, et ce n'est pas un détail. Elle a violemment reproché à notre héros le ton utilisé pour parler de sa ville natale, il y a deux semaines. Rappelons que Zakaria Boualem avait cru bon d'expliquer qu'un match Croatie-Brésil, organisé à Nador, aurait été un désastre – en particulier à cause de l'absence de toilettes publiques dans la ville et du désordre social qu'engendrerait la présence extravagante de dizaines de milliers de Brésiliennes dans le centre- ville. Fatima s'est indignée. Contrairement à ce que Zakaria Boualem raconte, il y a des toilettes publiques à Nador. Et, en plus, les jeunes filles de Nador sont très jolies, donc au nom de quoi peut-on imaginer que 20 000 brésiliennes déclencheraient une émeute dans le centre-ville ? Pour les toilettes publiques, Zakaria Boualem s'est excusé. Sachez donc, chers lecteurs, que la bonne ville de Nador dispose de plusieurs toilettes. Voilà, c'est dit. Pour les jeunes filles de Nador, Zakaria Boualem a préféré ne pas poursuivre le débat avec Fatima, pour des raisons de décence assez évidentes. Mais le plus étonnant dans cette histoire, à part le fait que Nador dispose de toilettes, c'est la suite de la conversation. Fatima a en effet expliqué à Zakaria Boualem qu'à Nador, à part la contrebande avec Mellilia et les trafics en tout genre, il n'y avait strictement rien à faire. Elle a expliqué ça comme ça, naturellement, sans le moindre
remords. Imagine-t-on un instant la réaction de la même Fatima si ces propos avait émané de la bouche de Zakaria Boualem ? Elle aurait sans doute déclenché une émeute à elle toute seule. La conclusion est donc la suivante : on a le droit de critiquer, de rigoler, de caricaturer une ville... uniquement si on en est originaire. C'est une information intéressante. Elle limite un peu le débat, mais bon, c'est comme ça. La deuxième engueulade de la semaine est venue... de Fès. Un certain Ismaël, fan du MAS de son état, a vertement fait remarquer à Zakaria Boualem que ses plaisanteries sur Ronaldo étaient honteusement déplacées, qu'il fallait montrer du respect pour le plus grand buteur de la Coupe du monde, et qui tu es toi d'abord pour dire qu'il est gros, et est-ce que tu es capable de marquer un seul but en Coupe du monde, etc. etc. etc.... Bon, là, ça devient plus délicat parce Zakaria Boualem savait qu'il y a trois lignes rouges bien connues et qui constituent d'ailleurs notre devise nationale. Il vient de découvrir qu'il existe des gens, très sympathiques par ailleurs, qui envisagent d'en ajouter une quatrième : Ronaldo. Sans compter la cinquième, Nador. Donc ça devient compliqué, encore une fois. Ces deux discussions, la même semaine, ont définitivement convaincu Zakaria Boualem que la susceptibilité était un sport national. Il a donc rédigé la mise au point suivante à l'attention des lecteurs qui auront voulu lire jusqu'ici sans se vexer : Je soussigné Zakaria Boualem, habitant page 60 du magazine TelQuel, présente mes excuses officielles à tous ceux que j’ai vexés depuis quatre ans. Je ne me rapelle pas très bien la liste mais je suis sûr qu'il y a dedans Gronaldo, Nador, les nains, les Fassis, Guercif, les moqaddems, les moustachus, les impôts, le WAC, le système, la justice marocaine, l'injustice marocaine aussi, les poulpes, etc... Je vous signale aussi que je vais continuer à faire les mêmes blagues parce que si j'arrête, j'ai un peu peur que cette page ressemble au Matin du Sahara. Je vous demande donc encore une fois d'élargir votre qechaba, de vous détendre un petit peu, et d'admettre une fois pour toute que le cheddane est à la conversation ce que les cartons rouges sont à cette Coupe du monde, une animation agréable sans laquelle tout devient très pénible. Et merci.

 
 
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