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Par Meryem Saâdi
Portrait. Moul l'Boulevard
Mohamed Merhari, alias Momo est l'une des figures les plus actives de la scène alternative actuelle. L'Boulevard lui a valu un prix culturel d'exception à Londres. Portrait d'un homme qui n'a jamais cessé de croire en la jeunesse marocaine.
Je ne m'attendais pas du tout à gagner ! J'étais arrivé devant le jury avec une présentation du Boulevard très rock n' roll et, lorsqu'on m'a donné le trophée, je n'ai pas tout de suite compris qu'il s'agissait du 1er prix. C'est avec sa modestie habituelle que Momo parle de la distinction qu'il a reçue à Londres il y a deux semaines, celle du |
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meilleur jeune entrepreneur musical de l'année. Dix finalistes étaient en lice, mais finalement c'est Momo et son Boulevard qui ont gagné. Cette victoire scelle le début d'un partenariat entre l'Boulevard et la Grande Bretagne à travers le British Council et donne également au festival une crédibilité auprès de l'industrie musicale britannique. C'est surtout le résultat d'un dur labeur de plusieurs années pendant lesquelles Momo n'a jamais baissé les bras.
Enfance paisible
C'est dans le quartier Gauthier, à Casa, que Momo passe toute son enfance. Entouré de voisins français, espagnols, italiens et juifs marocains, il passe ses journées à jouer au foot dans la rue Moussa Ibnou Noussair. Il y avait dans le quartier plusieurs gangs de gamins qui rivalisaient entre eux, tous fans du trio Zorro - Bruce Lee - Superman, se rappelle Momo en sesclaffant. A la même période, il va souvent à la FOL où travaille son père, voir films et pièces de théâtre. Il disait que ce n'était pas de mon âge, donc j'y allais en cachette et je me glissais dans mon lit avant qu'il ne rentre à la maison. Un peu plus tard, l'adolescent fréquente des colonies de vacances au Maroc, puis à l'étranger et obtient très tôt un brevet lui permettant de diriger un centre de loisirs. S'il n'y avait pas eu les colonies, je n'aurais peut-être jamais visité le Louvre ou le British Museum, confie notre homme.
Derrière la scène
La régie, toujours la régie. Momo est attiré très tôt par ce travail des coulisses dont dépend la réussite d'une représentation. C'est à partir de 16 ans qu'il suit les traces de son père et commence à travailler au théâtre, tout en continuant le lycée. Le soir, il lui arrive de s'occuper de l'éclairage et du son dans des hôtels ou des boîtes de nuit. Vers 25 ans Momo joue au théâtre et tourne même quelques publicités mais ses premières amours sont plus fortes et il finit par retourner en régie. Dès la première édition du Boulevard en 1999, sa priorité est d'obtenir du bon son pour mettre au maximum en valeur la musique des groupes. C'est cette année-là, que son destin croise celui de Hicham Bahou, venu en simple spectateur et devenu depuis son alter-ego professionnel.
Le duo gagnant
Entré par curiosité au Boulevard, Hicham n'en est plus jamais ressorti, raconte Momo en souriant. Il est impossible de parler de l'un sans évoquer l'autre. Pendant les premières éditions, ils ont presque tout fait. Rien qu'à nous deux, on faisait l'Kounache, on s'occupait du sponsoring et de la presse. Six ans plus tard, ils sont toujours aussi inséparables même s'ils sont aujourd'hui entourés d'une incroyable équipe de bénévoles. Ils sont complémentaires et c'est ce qui fait leur force. Momo est un fonceur, il agit toujours avec spontanéité, alors que j'ai tendance à peser longuement le pour et le contre. Le mélange des deux, ça donne du réalisme explique Hicham. Les Boulevards passent et les deux amis sont comme au premier jour, aussi dynamiques et solidaires.
Zen attitude
Momo ne perd jamais le sourire et Hicham lui trouve un don pour attirer les gens. Pendant les quatre jours du Boulevard, alors qu'une partie du staff est souvent au bord de la crise d'hystérie, il arrive à garder le sens de l'humour ! D'après sa femme Leïla, il serait plus juste de dire qu'il sait gérer son stress. Même si à l'extérieur il ne le montre pas. Lorsque le Boulevard approche, il ne dort plus, fume beaucoup plus que d'habitude et boit des litres de café à la maison. A ce propos, Momo avoue que la seule chose qui lui donne des sueurs froides durant le festival, c'est la sécurité et en particulier les barrières qui manquent. Et même s'il lui est déjà arrivé de se faire taper, Momo ne retient au bout du compte que les bons souvenirs : Chaque année on passe à côté de grosses catastrophes mais à la fin je réalise toujours qu'il y a quand même plus de bons moments que de mauvais.
Généreux boulevardien
Se lancer dans la promotion d'une culture underground à la fin des années 90 était une gageure, se souvient Amine Hamma, guitariste de Reborn. Momo et les siens travaillent dur depuis huit ans et pourraient continuer comme ça toute leur vie. Lorsque tu vois des jeunes pleurer de joie devant des groupes comme Kreator ou Moonspell, tu as envie de faire un Boulevard tous les mois et de le maintenir quoi qu'il arrive, confie Momo. Homme de cur, il fait l'unanimité au sein du milieu. La plupart des groupes locaux cherchent sa reconnaissance et ses conseils sur le plan musical. J'essaie au maximum de les motiver à continuer et à travailler dur, même après leur passage au Boulevard qui ne doit pas représenter une fin en soi explique Momo. Il sait aussi faire preuve de diplomatie quand il s'agit de répertorier ce qui cloche dans leur musique. Lorsque l'affaire dite des 14 musiciens éclate, en 2003, Momo, Hicham, et leur entourage, se mobilisent pour les sortir de prison. Nous étions tous dans les cybercafés en train d'envoyer des emails à nos contacts dans le monde entier. Nous nous sommes serré les coudes sans nous poser de questions. Cela a été le début du Boulevard comme mouvement unifié, se rappelle-t-il. Un mouvement loin de s'essouffler, avec encore de beaux jours devant lui. Itoub Momo ! |
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En privé. Mari et père comblé
Momo n'est pas seulement un bourreau du travail. Il est marié depuis trois ans à Leila Juilliac, rencontrée en France, dans un camp itinérant à thème. Il était directeur et elle, animatrice. C'est habillé en indien et habitant dans un tipi (non ce n'est pas une plaisanterie) que notre Geronimo a rencontré sa belle. La première fois que je l'ai vu je me suis dit qu'il était super-zen et surtout qu'il ne faisait pas son âge !, se souvient Leila, plus jeune que son mari de 11 ans. Ils sont les parents d'une adorable Inès, deux ans, qui ne rate jamais un concert organisé par Papa ! Tous les musiciens casablancais sont gaga et elle sourit à tout le monde. Que demander de plus ? D'après sa maman, Inès est aussi sociable que Momo et écoute déjà beaucoup de musique, surtout du Gnawa Diffusion. La relève est assurée. |
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