Sado Maso
Fais-moi mal !, supplie Yassine. Nan !, répond Benmoussa
Décidément, Chakib Benmoussa est un malin. Entre Abdeslam Yassine et lui, cest depuis quelque temps la dialectique du maso et du sado. Fais-moi mal !, semble supplier le chef dAl Adl Wal Ihsane. Nan !, répond, un rien pervers, le ministre de lIntérieur. Malgré les provocations (pour linstant contrôlées) des islamistes, les forces de lordre ne sont pas (encore) tombées dans le piège de la répression violente une répression que Yassine appelle secrètement de tous ses vux, dans lespoir quelle déclencherait un effet boule de neige qui aboutirait à une révolte populaire de masse (lire notre dossier).
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Le 12 juin, à Nador, on a été à un poil de laffrontement. Suite à lirruption de la police au domicile dun membre dAl Adl où se tenait une réunion de militants, les barbus ont dégainé leurs bâtons, prêts à la bagarre. Flottement, coup de fil aux supérieurs
Puis les policiers ont reculé. Avant darrêter, le lendemain, le propriétaire dudit domicile
puis de le relâcher, conformément à la nouvelle stratégie du ministère de lIntérieur, après lui avoir (courtoisement) notifié que toute réunion non autorisée dAl Adl, association clandestine sil en est, constitue une infraction à la loi. Bravo, Messieurs. Enfin de la stratégie !
Les agents du ministère de lIntérieur font preuve, depuis deux mois que leur guerre secrète contre Al Adl a commencé, dune imagination débordante pour coincer légalement les partisans de Yassine. Telle association satellite dAl Adl voit son siège fermé parce quelle na pas tenu son assemblée générale dans les délais légaux, telle autre parce quelle a changé dadresse sans avoir fait les notifications prévues par la loi
Une réunion au domicile dun adliste a même été interdite sous prétexte quun ingénieur communal a estimé (expertise à lappui)
que les fondations dudit domicile nétaient pas conçues pour supporter le poids dune centaine de personnes ! Un argument absurde, mais à la loi comme à la loi
Au-delà de ce désopilant concours de mauvaise foi, les activités de renseignement sont devenues la base de laction étatique contre Al Adl. Nadia Yassine et dautres manipulent les médias occidentaux sur le thème le Makzen brime une innocente ONG caritative ? Quà cela ne tienne : la DGED monte en sous-main, toujours en Occident, des manifestations spontanées anti-Al Adl ! Ça sappelle de la désinformation et les services despionnage servent à ça. Cest un vrai plaisir : on commence à comprendre, en haut lieu, que pour contrer les ennemis de lEtat, il y a des manuvres beaucoup plus subtiles (et beaucoup plus payantes) que le recours à la force brute.
Pourra-t-on, cela dit, léviter indéfiniment ? Si le précédent de Nador fait école, les militants dAl Adl (qui sont loin, eux aussi, dêtre des imbéciles) risquent de provoquer de plus en plus ouvertement les forces de lordre. Un policier qui se fait agresser et qui réagit violemment, une foule barbue qui nattendait que ça pour hurler vengeance au nom de Dieu, et cest lescalade. Aussi précises soient les instructions de Benmoussa, un dérapage est vite arrivé. Allez maîtriser leffet de contagion, après ça ! La question centrale, si la castagne se généralise, sera : Qui a commencé ?. Evidemment, chacun dira que cest lautre. Et à ce jeu-là, le ministère de lIntérieur, vu le passif quil traîne dans linconscient populaire, est perdant davance
à moins quil ne se montre encore plus malin en doublant systématiquement tout dispositif policier dun dispositif photo/caméra, et en diffusant largement les images des agressions/provocations islamistes qui ne tarderont pas à venir. Al Adl fait ça depuis longtemps, et avec un art consommé. Faites un tour sur leurs sites web : cest une orgie de photos de CMI casqués et menaçants, face aux gentils et pacifiques barbus. Tant quà mener une guerre secrète, autant que cela se fasse par médias interposés : effet garanti, risque minimum. Et vive la communication ! |