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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Mondial 2006. Plus de fête que de foot

AFP)

Après un mois de football intensif, vient le temps des bilans. La Coupe du monde allemande, irréprochable sur le plan de l'organisation, a laissé de nombreux observateurs sur leur faim. Des stars ternes, des arbitres partiaux. L'enjeu aurait-il tué le jeu ?


Entre l'expulsion spectaculaire de Zinedine Zidane et le final aux tirs aux buts, la Coupe du monde a connu une conclusion dramatique. Elle a comblé les amateurs de sensations fortes, à défaut de séduire les amoureux du beau jeu. Car il est indéniable que nous avons eu droit à
une compétition pauvre sur le plan du spectacle sportif. Une compétition en deux phases très distinctes. Tout d'abord, un premier tour plutôt enlevé, largement animé par des équipes portées vers l'avant. Il y a eu l'Argentine spectaculaire, l'Espagne survoltée, mais aussi une équipe d'Equateur très technique et un Ghana surpuissant. Les grosses équipes, à l'exception de l'Allemagne, sont passées à travers le piège des matches de poule sans éclat particulier, un peu comme si cette première phase venait se poser dans la continuité des éliminatoires préliminaires. Puis, il y a eu les matches à élimination directe.

Matches fermés…en attendant un miracle
Les vieux réflexes frileux ont ressurgi. L'Argentine, puis le Brésil, ont supprimé un attaquant pour limiter les risques. La moyenne des buts est passée de 2,4 buts par match après le premier tour à moins de 1,5 pour les quarts de finale. Logique : toutes les équipes adoptent le même schéma de jeu. Un attaquant isolé, à qui on demande de se jeter comme un mort de faim sur les vagues ballons qui lui parviennent (l'Italien Toni, le Français Henry…) épaulé par un milieu de terrain voué avant tout à la récupération et un unique créateur à la baguette (Zidane, Pirlo). Le résultat, c'est une succession de matches fermés, ou la mise en place tactique semble la seule obsession des joueurs et de leurs coaches. Bien entendu, dans ces conditions, le salut ne peut venir que de coups de pied arrêtés. Parce qu'en sélection nationale, les défenses, forcément moins rodées que celle des clubs, sont encore friables sur ce type d'action. La France, à partir des quarts de finale, n'a plus marqué que sur coups de pied arrêté. Il ne faut pas s'étonner de ne pas trouver dans cette édition de match de légende, de scénarios débridés. Tout juste peut-on légitimement s'enthousiasmer pour l'énorme performance de la France face au Brésil, sublimée par un Zidane au sommet de son art, ou par la prolongation de l'Italie contre l'Allemagne, assez surprenante d'audace et de volonté offensive. Le sacre de l'Italie, en plein scandale footbalistico-judiciaire, peut être considéré au choix comme une juste récompense pour une équipe vaillante, moins défensive que sa tradition l'exigeait, et qui pourrait donner au Calcio une nouvelle virginité, ou alors comme l'insupportable consécration d'un système terriblement gangrené. Question de point de vue (lire encadré)...

Stars tricheuses, arbitres gaffeurs
Toujours est-il que personne ne pourra se satisfaire de voir la compétition suprême entériner un schéma tactique glacial et un état d'esprit négatif. Tout comme il est évident que l'arbitrage, sous les yeux du monde entier, a fait la démonstration de sa profonde inadaptation aux nouvelles exigences du football moderne. Les premiers responsables, bien sûr, sont les joueurs eux-mêmes. Passés maîtres dans l'art de la simulation, ils ont rendu aux arbitres la tâche particulièrement difficile. Tous les grands joueurs ont désormais dans leur panoplie de gestes techniques le plongeon ou l'auto-croche-pied. L'accusé principal s'appelle Christiano Ronaldo mais il n'est pas le seul. Comment oublier la simulation de Thierry Henry contre Carles Puyol, le plongeon de Ronaldo face à Lilian Thuram, ou la lamentable chute de Andrei Shevshenko lors du match contre la Tunisie. Alors que Diego Maradona avait été fustigé lorsqu'il avait utilisé la main de Dieu en 1986, tous ces (grands) joueurs d'aujourd'hui ne sont jamais inquiétés lorsqu'ils trichent avec autant d'assurance. Ils se pavanent dans les médias, multiplient les publicités sans que jamais on leur demande de comptes sur leurs exploits douteux. Sans doute un signe des temps.

Ceci dit, les arbitres, eux aussi, devront sans aucun doute se poser quelques questions sur leur niveau de compétence. Ils ont paru complètement dépassés par les événements, la palme revenant à l'anglais Mister Poll qui a donné trois cartons au même joueur avant de l'expulser enfin. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Il est insignifiant par rapport aux nombreuses fautes d'arbitrage qui ont jalonné cette compétition. Entre buts refusés, pénalties généreux, cartons oubliés ou intempestifs, la liste est longue. Contentons nous de poser deux questions. La première concerne le traitement incroyable réservé aux équipes africaines. C'est devenu une habitude, presque une tradition de la Coupe du monde. On trouvera peut-être un début d'explication dans le fait que lors de la prochaine Coupe du monde, l'Afrique du Sud sera qualifiée d'office comme pays organisateur. Au total, ce seront donc six équipes africaines qui se retrouveront en phase finale. On raconte que la FIFA ne serait pas mécontente de supprimer un qualifié, pour en conserver finalement cinq. Et il faut justifier cette décision par des résultats décevants. Spéculations, certes, mais la logique commerciale de la FIFA a atteint ces dernières années un tel niveau de cynisme qu'aucune interprétation n'est à exclure a priori. La seconde question, bien sûr, concerne l'arbitrage vidéo. La FIFA s'y oppose farouchement. Même si Zidane, de toute évidence, a été pris grâce à un quatrième arbitre posté devant son écran. Même si les ralentis passent en boucle dans les stades allemands (les joueurs eux-mêmes y ont accès), Blatter continue de refuser d'ouvrir le débat, au mépris de toute logique. Tout comme Blatter refuse de tenter l'expérience d'un second arbitre central, à la manière de ce qui se fait au basket. On continue d'invoquer le charme de l'erreur humaine, la glorieuse incertitude du sport, et autres prétextes du même goût qui ne servent qu'à maintenir un système archaïque qui laisse la part belle aux manipulations en tout genre.

Des attaquants ternes et des défenseurs super-héros
La FIFA aime les grosses équipes, et la dernière Coupe du monde, avec les présences extravagantes de la Turquie et de la Corée du Sud en demi-finale - sans parler du Sénégal ou des Etats-Unis en quart de finale, l'avait laissé sceptique. On avait alors parlé de fatigue généralisée, de calendrier démentiels pour justifier la pauvreté du spectacle. En 2004, l'Euro portuguais, qui a consacré la triste Grèce, avait confirmé la tendance. Du coup, la FIFA a imposé un arrêt prématuré des championnats nationaux un mois avant le début de la compétition pour laisser aux joueurs le temps de souffler. Ca n'a rien changé. Les artistes attendus ont été ternes. Ronaldinho ? Inexistant. Michael Ballack ? Un bon joueur, certes, mais qui ne fera jamais rêver personne. Riquelme ? Trop irrégulier. Wayne Rooney ? Bon pour une psychothérapie. Christiano Ronaldo et Arjen Robben ? Des surdoués, certes, mais trop peu collectifs pour peser sur la longueur dans une compétition. Sans parler de Messi, incroyablement boudé par son sélectionneur… C'est là une Coupe du monde sans révélations majeures, sans buteur hors pair, sans gestes inoubliables à partir des quarts de finale. Le salut est venu de Zinedine Zidane, dans le rôle du vieux grognard vexé qui - le temps de trois matches, est venu rappeler à tout le monde que les Brésiliens n'avaient pas le monopole du geste. Par contre, on peut parler de confirmations éclatantes pour certains défenseurs, véritables héros de la compétition. Il y a eu bien sûr Cannavaro et Buffon, mais aussi Lilian Thuram et l'Argentin Sorin. On ne voit pas comment, cette année, le ballon d'or pourrait échapper à un défenseur. Certains s'en réjouiront, d'autres regretteront éternellement le temps béni où l'enjeu n'avait pas encore tué le jeu.



Champion. Italie L'incroyable résurrection

L’histoire s'est répétée, tout simplement. En 1982, la Squaddra azzura, après un premier tour poussif où elle collectionne trois matches nuls, élimine le Brésil, malmène l'Argentine et s'envole vers un titre mondial aux allures d'exploit. Le héros ressuscité s'appelle Paolo Rossi, à peine revenu de deux ans de suspension pour paris truqués. Comment ne pas voir le parallèle avec cette équipe de 2006, portée par une ossature issue de la Juventus de Turin, menacée de relégation en troisième division pour cause de magouilles en tout genre. Et, dans le rôle de Paolo Rossi, Gianluigi Buffon, lui aussi inquiété pour une affaire de pari clandestin et mis en examen par la justice italienne. Et maintenant ? On peut s'attendre à des sanctions administratives qui enverraient quatre clubs en divisions inférieures : la Juve, mais aussi et dans une moindre mesure la Fiorentina, la Lazio et le Milan AC. Bien évidemment, les champions du monde concernés par la relégation administrative seront probablement aussitôt transférés dans des clubs dignes de leur statut. On parle ici de Zambrotta, Buffon, Cannavaro, Del Piero, Camoranesi. Mais il y a aussi les Français Thuram, Vieira et Trézéguet. Une situation complètement abracadabrante, dans un football qui ne l'est pas moins. Mais il serait injuste de réduire cette équipe championne du monde à cette seule dimension douteuse. L'Italie de 2006, c'est tout d'abord un maître coach, Marcello Lippi, à qui on doit le pari le plus osé de cette phase finale. En demi-finale contre l'Allemagne, il fait entrer trois attaquants en prolongation et arrache la victoire avant les penalties. On est loin du supposé catenaccio - qu'il faut plutôt chercher aujourd'hui du côté de la France…Mais c'est aussi un cœur énorme, qui a crevé l'écran lors de la finale contre la France. Dans une équipe sur les genoux, les seuls Gennaro Gattuso et Fabio Cannavaro ont pu contenir les assauts des tricolores dominateurs. Et il y a fort à parier que si les votes des journalistes n'avaient pas été clôturés à la mi-temps de la finale, Fabio Cannavaro aurait été sacré meilleur joueur du Mondial à la place de Zinedine Zidane.



Meilleur joueur. Zidane L'artiste et son ombre

Comment est-ce possible ? Personne ne comprend… Pourquoi le meilleur joueur du monde, à dix minutes de la fin de sa carrière, qui a la chance de bénéficier d'une tribune planétaire pour ses adieux, unanimement adulé par la presse mondiale, a-t-il opté pour le suicide professionnel et médiatique ?... Un coup de tête, provoqué par des insultes malheureusement courantes dans ce milieu. De longues minutes où il tente d'échapper à l'inévitable sanction puis une fuite dans les vestiaires où il restera terré, refusant de revenir pour sa médaille d'argent. De quoi déprimer profondément tous les amateurs de football du monde. Un sabordage qui pénalise son équipe, son image, mais qui constitue sans aucun doute la fin de carrière la plus marquante de l'histoire du football. Comme si Zizou s'était mis au diapason d'un football spectacle en en refusant justement les règles.
Zinedine Zidane, c'est avant tout un surdoué, un joueur rarissime qui a toujours su allier l'esthétique à l'efficacité. Il est sans doute un des derniers numéros 10 qu'il nous sera donné de voir. Cette race des seigneurs qui monopolise le jeu, qui oriente et ralentit le rythme, pèse sur toutes les actions. Mais c'est également un homme qui a souvent raté ses rendez-vous avec l'histoire. Lors de la Coupe du monde 1998, il avait été suspendu deux matches après un coup de pied stupide contre un Saoudien, donné alors que la victoire française était déjà scellée. C'est aussi un artiste qui a été exclu 14 fois au cours de sa carrière, un record pour un joueur à son poste. A chaque fois, il s'agit de réactions stupides, d'agressions qui n'ont rien à voir avec le jeu. Le 23 Avril 2005, alors qu'une équipe de cinéma est venue à grand renfort technique filmer le seul Zidane pour un film qui porte son nom, il trouve le moyen de récolter un carton rouge… après la fin du match. Zidane, c'est également un joueur qui a toujours eu du mal a supporter la pression. Lors de ses trois dernières années à la Juve comme lors de ses trois dernières années au Real, il a réalisé des saisons blanches, comme si, une fois son statut installé, il finissait par flancher au moment de conclure définitivement. Il n'a jamais autant brillé que lorsqu'il était associé à Didier Deschamps, qui prenait sur ses larges épaules la responsabilité du capitanat, avec tout ce que cela implique comme contacts avec la presse, les adversaires, les arbitres. Zidane, alors, ne s'occupait que du jeu. Mais Zidane, c'est aussi une créature médiatique surexposée, qui multiplie les publicités en continuant à cultiver une personnalité discrète. C'est sans doute là la clé de ses “pétages de plomb” en tout genre. Une profonde inadéquation entre son talent technique et son incapacité à assumer la pression qui va avec. Comme Maradona en 1990, il a porté son équipe à bout de bras jusqu'à la finale, contre toute attente. Un baroud d'honneur glorieux pour une fin de carrière mal gérée (c'est le maître mot du football moderne). En multipliant les faux adieux et les vrais retours, les derniers matches potentiels et les vrais rappels, il a enchanté le monde entier en même temps qu'il se plaçait en situation de sauveur permanent. A l'heure des bilans, il reste de Zidane une flopée de gestes inoubliables, comme cette demi-volée irréelle en finale de la Champion's League - un des rendez-vous réussis du Français - il reste aussi cette fameuse roulette qui porte désormais son nom et trois coups de boule historiques en finale de la Coupe du monde. Deux contre le Brésil, pour décrocher le trophée suprême, et un dernier contre l'italien Materazzi, qui ne méritait sans doute pas un tel honneur.

 
 
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