Élections, conseil royal... La révolte des émigrés
Années de plomb. Pleins Feux sur un Point Fixe
Affaire. Le Marocain qui a volé 800 millions de dirhams
El Ader. La ferme-prison
Société. Télé-réalité à la marocaine
Mondial 2006. Plus de fête que de foot
Politique monétaire. Le niet aux banques islamiques
Musique. Amazigh revival
Portrait. Moul l'Boulevard
N° 234
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine Culture

Abderrahmane Banana
à la place Arsat Zerktouni

Festival de Casablanca. L’appel de la rue

À sa création, le Festival de Casablanca avait fait le pari de ranimer la ville blanche. Eh bien, chose promise, chose due. Cette deuxième édition est une invitation on ne peut plus claire à “envahir” l’espace public. Les concerts, les projections ciné, la parade, les feux d’artifice… il y a de quoi faire pour les six millions de Casablancais en mal de vie urbaine et culturelle. Mais plus jouissif encore, est d’observer un gamin du primaire intrigué, par la présence inexpliquée de cubes dans son espace vital, dans sa rue et de suivre la rapidité avec laquelle il s’approprie les “gadgets” et réorganise la vie sociale dans cet espace
en y invitant ses potes, heureux d’avoir trouvé un autre usage à sa rue que la rituelle partie de foot. Il ne connaît pourtant pas Saâd Hassani, l’auteur de l’installation pas plus que la vieille voisine de la moqataâ (arrondissement) de Bousmara qui refuse de croire de la sculpture est un art. Elle vous répondra que si on veut s’occuper de sa médina, il faudrait commencer par repeindre les façades au lieu de s’acharner sur un vieil arbre. Pourtant, elle prendra le temps de vous raconter au détail près les différentes versions sur la vie du saint, contente qu’on réalise enfin que sa petite rue est mythique. Ce sont ces petites renaissances urbaines, éparpillées ici et là dans la ville, qui feront, cette année encore, la singularité du Festival de Casa. Laissez-vous tenter par l’appel de la rue !


Ciné. Voyages sur écran

Parmi la sélection proposée par le Festival de Casa, deux coups de cœur. Trois enterrements, d'abord, prix du scénario à Cannes en 2005 et de la meilleure interprétation masculine pour Tommy Lee Jones, également réalisateur.
Il y joue le rôle d’un contremaître texan, Pete, dans un western inattendu. Il ira jusqu’au bout de la déraison pour donner une digne sépulture à son ami Melquiades Estrada, saisonnier mexicain assassiné et enterré à la hâte, sans enquête. Après s'être mis à la recherche du coupable, un garde-frontières texan arrogant et pathétique, il l'entraîne dans un voyage de la rédemption, poignant. Dans Truman Capote, l'auteur de Breakfast at Tiffany's, frappé par un fait divers sordide : le meurtre d'une famille de fermiers dans le Kansas, décide d’en faire le sujet d'un article. Et après avoir réussi à gagner la confiance des assassins, il racontera dans un roman ce voyage introspectif, et les doutes de l’écrivain. Cela donnera De sang froid. Le contraste est saisissant entre ses manières et celles des gens de l'Amérique profonde. Pour sa prestation, Philip Seymour Hoffman a été récompensé d’un Oscar.

Au Lynx, Casablanca.



Rave. Peace & Trance

Après son édition d’août dernier qui a attiré plus de 3500 festivaliers de 40 pays, Rythmes Of Peace revient avec ce mot d’ordre : plus grand, plus diversifié et encore plus spirituel. Une centaine d’artistes électro et de world music seront de la partie, pour assurer les 24 heures de concert non stop pendant six jours. De quoi faire le bonheur des insomniaques ! Les initiés eux, sont invités à se jeter sans réserve sur les documentaires alternatifs programmés. Quant aux excentriques, faites un petit tour du côté du Fleamarket (mini marché artisanal international). Et enfin pour un max de “zénitude”, des ateliers de yoga et de Taï-shi sont ouverts aux preneurs. Adeptes de la trance attitude, le Rythme Of Peace est votre rendez-vous de cet été. à condition - et c’est le seul bémol - que vous soyez riches.

Du 17 au 22 août, à 12 km au sud d’Asilah, entrée à 1000 dhs.



Tournage. Bouchareb raconte l’Bob

Ses applaudissements cannois dans la poche, le géniteur des indigènes, Rachid Bouchareb, revient à la charge avec un nouveau projet grand écran. Et pas des moindres puisque le Franco-algérien s’apprête se pencher sur la vie de Bob Marley. Une biographie où il entend mettre en avant l’intérêt qu’avait le jamaïcain pour l’Afrique. Appuyé par Mme Rita Marley herself, Rachid Bouchareb ne s’est en outre toujours pas prononcé sur les délais de tournage ni sur le casting. Mais le nom de Jamie Foxx figurerait au sommet de la liste, candidature que justifie l’oscar arraché par ce dernier pour sa performance dans Ray. Baptisé I shot the sheriff, le film pourrait –il est permis de rêver quand on a son talent- valoir à Bouchareb une seconde nomination aux oscars après l’avoir été une première fois en 1994 pour l’oscar du meilleur film étranger pour “poussières de vie”.


FITUC. Acte III, scène 1

Le Festival international de théâtre universitaire de Casablanca (FITUC) is back. Après l’impulsion de Hassan Smili et le passage à vide sous Moubarak Rabie, le nouveau doyen de la faculté tutrice du festival, Abdelmajid Kaddouri, lui redonne vie. Du 21 au 28 juillet, les étudiants sont donc conviés à une belle trêve artistique. Les participants, hébergés au lycée Mohamed V, auront droit, comme autrefois, à des matinées “Ateliers”, pour parfaire leurs talents (encore) à l’état brut. Côté échange, le festival retrouve sa dimension internationale, avec une participation variée et riche de troupes européennes, maghrébines, arabes et mixtes (maroco-allemande et maroco-néerlandaise). Et pour faire dans le débat, un colloque est consacré, le mardi 25 juillet, à un dramaturge de taille, Meskini Sghir. Que le spectacle commence !


La symphonie marocaine. Carton rouge

À deux contre un, les festivals de cinéma arabe ont réussi à dégoûter Kamal Kamal. Contacté successivement par le Festival du Caire et les Nuits du ciné arabe de l’Institut du Monde arabe à Paris pour une éventuelle programmation de sa Symphonie marocaine lors de leurs prochaines éditions, le réalisateur a essuyé un double refus inexpliqué, après visionnage de son film. La symphonie marocaine “ne serait pas suffisamment pro-palestinien pour être éligible à une compétition de cinéma arabe”, interprète, perplexe, le metteur en scène. Résultat, le tour du Festival international de Beyrouth arrivé, Kamal Kamal a fait le choix de passer sur l’invitation. Question d’échapper à la fatalité du jamais deux sans trois !


Télé. 100 % Musique Maghrébine

Question : y-a-t-il suffisamment de musiciens maghrébins pour justifier la création d’une chaîne musicale exclusivement maghrébine ? On hésiterait franchement à répondre par l’affirmative, mais pas les Karoui & Karoui. La boîte de prod tunisienne a en effet pris le pari de lancer une chaîne musicale aux couleurs de “l’UMA”, à la rentrée. 70 artistes du Maroc, de Tunisie et d’Algérie ont d’ores et déjà signé des contrats d’exclusivité avec le label créé à l’occasion. Aucun nom n’a cependant été avancé, à cette date. Et pour cause, les responsables de la chaîne préfèrent attendre le lancement de leur campagne de communication… pour créer la surprise ! Ou plutôt une double surprise puisque Karoui & Karoui est cette même boîte qui a racheté les droits de la Star’Ac auprès d’Endemol pour une version “grand Maghreb”. Le programme sera l’émission-phare d’une seconde chaîne, généraliste cette fois-ci, et promise pour la même date, octobre 2006.


Le livre.

Bernard Marie Koltès fait partie de ces dramaturges de la fin du XXème siècle, qui ont été si prémonitoires, si sombres et si illuminés à la fois. Il a écrit l’absurdité d’un monde capitalistique, mondialisé, où tout se vend et s’achète, entre mafieux de préférence, dans La solitude des champs de coton. Il a su dissimuler sa fragilité d’homosexuel (mort du sida qui plus est) en choisissant comme paravent le personnage héroïque de Roberto Zucco, un malfrat emblématique d’un monde d’entremetteurs, de prostituées, de crimes et de bonté à peine dissimulée sous une violence anodine. Dans sa courte vie (il est mort à 41 ans), il a écrit quinze pièces d’anthologie. Anissa Derrazi vient de traduire les deux précédemment citées, dans un arabe fluide et agréable.

Ed. Aïni Bennaï, Coll. Qinaâ ou Fraja (40 dh)




Humeur : Virgin Suicide

Hassan Hamdani

Par un simple coup de tête dans le plexus solaire, là où ça fait très mal sans laisser de preuves pour les flics, Zizou est redevenu Zineddine, le gamin bougnoule “qu’il faut pas insulter sa mère et sa sœur sinon il te ruine la gueule”. Acte inévitable, sans doute, tant on le sentait mal à l’aise dans son rôle de would ennass, désodorisé des effluves pisseuses de cage d’escalier par Eau sauvage de Dior. En fait, elle était tendue comme un arc, la beauté de la religion (Zineddine en VO, pour les lourds à la détente). La suite de l’histoire, c’est un Italien qui se prend un coup de boule, et c’est Marianne qui saigne du nez. La France, qui lui pardonne en public, s’interroge en son for intérieur. Qui est vraiment Zizou ? Un sauvageon à cheval sur l’hymen de sa sœur ? Quand il ne courait pas après un ballon, Zidane coursait-il la maréchaussée avec des pierres ? La France lui préparait une statue aussi bleu-blanc-rouge qu’un soldat inconnu. Pourtant, Zidane a refusé de devenir un vieux con invité à donner des coups d’envoi en pompes Armani comme Pelé. Il n’a pas voulu non plus être Platini, rêvant de faire tssab à Blatter, ce chat trop suisse pour être honnête. Non, Zineddine a choisi de rejoindre Maradona au panthéon des bad boys brûlés par leur propre génie. Celui des gosses trop doués, capables de tout pour revivre la passion farouche des premiers matchs de quartier, quitte à se tuer en direct sans se soucier du qu’en verra-t-on des milliards de téléspectateurs de la FIFA...



Les Jdidis à Dakar
Le Hip hop des Mazagan commence à faire recette, côté sud. La bande jdidie est invitée à se produire au Hip Hop Awards, festival dakarois d’une demi-douzaine d’éditions et qui ouvre pour la première fois ses portes à l’Afrique du Nord. Ce sera du 9 au 12 novembre prochain.


La promesse de Montreux
Le Montreux jazz festival a désormais un petit frère marocain. La fondation du prestigieux festival a signé le week-end dernier un accord avec les autorités de la ville ocre pour la co-organisation du nouvel arrivant, promis du 3 au 5 novembre et dont la programmation sera répartie entre Marrakech et Essaouira.


L’appel de DJ Youcef
Amateurs des dancefloors, l’auteur du tout récent opus “Marrakech by night” traînera ses platines jusqu’à vous. Du 1er au 30 août, DJ Youcef débarque en effet pour une tournée estivale entre Casablanca, Tanger et Marrakech. Vous connaissez les dates. Pour le lieu, on vous tiendra au courant, dès confirmation.

Par Hassan Hamdani,
envoyé spécial à Agadir

Spécial Timitar

Imghrane. Tiznit blues

Trois des fils de Dda Lahcen Habou, grand maître de la tradition du Ahouach dans la région de Tiznit, sont à l’origine de la formation Imghrane, qui revisite depuis une quinzaine d’années l’héritage familial et le folklore amazigh du Souss, délivrant une musique prometteuse, mélodique et entraînante, résolument tournée vers les jeunes. Le groupe représentait il y a peu le Maroc en Chine, à l’occasion d’un festival dédié aux musiques des pays arabes (sic), avec à la clef quatre concerts en une quinzaine de jours, dont un devant plusieurs milliers de personnes au Théâtre populaire de Pékin. La guitare et le banjo apportent une tonalité méditerranéenne aux mélodies du groupe, qui donne aussi à découvrir les lointaines filiations entre la musique amazighe et quelques notes celtiques ou sud-américaines et celles, plus évidentes avec leurs cousins touaregs du Sahara. Les textes poétiques de Larbi Habou mêlent histoires d’amour et évocations de la cause amazighe, appelant à défendre avec fierté cette culture et cette identité dont les Imghrane sont en passe de devenir des ambassadeurs reconnus.


Oumou Sangaré. La Mama mandingue

Le Mali est un creuset musical d’une richesse pléthorique, du regretté Ali Farka Touré à Toumani Diabaté, de la diva Rokia Traoré au virtuose de la kora Ba Cissoko… Parmi ces étoiles, Oumou Sangaré est une figure à part. D’abord parce qu’elle a choisi de revisiter la musique du Wassoulou, sa région du sud malien où la tradition des castes n’a pas cours : si sa mère et sa grand-mère lui ont transmis leur répertoire, de mariages en fêtes populaires, elle n’est pas fille de griots… Ensuite parce que ses prises de position, sur l’exode rural et le respect de la nature et contre la polygamie et l’exploitation des femmes notamment, en ont fait une voix écoutée et respectée dans le grand concert de l’Afrique de l’Ouest et un peu plus loin : elle a notamment collaboré avec Nitin Sawhney ou Pee Wee Ellis. Côté musique, on a retrouvé avec plaisir les rythmes et déhanchés de l’héritage mandingue, un genre d’afrobeat basé sur les instruments acoustiques, kora et djembé et tête… Un voyage saisissant vers la mère de tous les rythmes, Mama Africa.


Jimmy Cliff. Jimmy be good !

On est parfois déçu par les icônes du reggae sur scène… Stars vieillissantes et exigeantes, tournées alimentaires marathoniennes - une date chaque soir - la fameuse vibe n’est pas toujours au rendez-vous. Mais la légende Jimmy Cliff, mardi en ouverture du Festival Timitar à Agadir, a cloué le bec aux sceptiques, avec la performance énergique d’une formation complète (cuivres et choristes), et la joie toute simple de jouer au pays de son épouse, Latifah, originaire de Khénifra le pays des cheikhate, vingt ans après un premier concert à Casablanca au début des années 80… “When I say Morocco, say Jamaïca” ! Expressif, militant, le quasi-soixantenaire révélé à l’écran, toujours vert, a fait le tour des tubes qui, parfois jugés mainstream par les puristes, ont poussé le reggae hors de ses sentiers habituels, lui ouvrant les portes des boîtes de nuit du monde entier, avec bien sûr Reggae Night et (Ooh, la, la, la) Let’s go dancing (reprise de Kool and the Gang). Des morceaux dance-hall inspirés des sound-systems au bon vieux rock-steady des familles, un beau flash-back sur 50 ans de musique jamaïcaine, et des messages toujours d’actualité, avec Many Rivers to Cross, I Want, I Do, I Get, Vietnam, Save Our Planet Earth ou encore l’indispensable Carpe Diem africain qu’a été Hakuna Matata (pas de problème), extrait de la B.O. du Roi Lion.

 
 
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