Élections, conseil royal... La révolte des émigrés
Années de plomb. Pleins Feux sur un Point Fixe
Affaire. Le Marocain qui a volé 800 millions de dirhams
El Ader. La ferme-prison
Société. Télé-réalité à la marocaine
Mondial 2006. Plus de fête que de foot
Politique monétaire. Le niet aux banques islamiques
Musique. Amazigh revival
Portrait. Moul l'Boulevard
N° 234
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

Au centre, le wali
Mohamed Hassad (ASSABAH)

Plages. Le Makhzen se jette à l’eau

Spectacle hallucinant mardi dernier à la plage de Tanger, où une foule de curieux se faufilait parmi les officiels de la ville, leurs nombreux accompagnateurs… et quelques belles voitures diligentées pour l’occasion. Un plateau de choix qui a regroupé toute l’élite de la ville du Détroit avec le wali, Mohamed Hassad en personne, le gouverneur Abdelouafi Laftit, le maire Dehman Derham, sans oublier tout le staff de la wilaya, le chef de cabinet, le patron de la DAG, et quelques journalistes triés sur le volet. Impressionnant. En un temps deux mouvements, tout le Makhzen s’est mis en maillot de bain et s’est jeté
à l’eau, sous la direction d’un joyeux Hassad, maillot short sur les reins… Le temps d’exécuter quelques brasses, de distribuer quelques sourires aux photographes de service, et les officiels ont repris pied sur le plancher des vaches. Question : à quoi rimait cette inédite démonstration estivale ? “Le wali a voulu prouver à tout le monde que la plage de Tanger était bien propre pour la baignade”, nous a commenté un fonctionnaire de la ville. En fait, la baignade de Hassad et consorts faisait suite à la publication, par le département dirigé par Karim Ghellab, d’un rapport scientifique sur les côtes marocaines qui a déclassé le site de Tanger de la catégorie B à C, le reléguant parmi les sites “déconseillés sans être interdits”. En plus clair : le ministre de l’Equipement déconseille la baignade dans la plage de Tanger mais le wali et ses fidèles ne sont pas du même avis. On ne saura quoi conseiller aux estivants, entre les certitudes de Ghellab et celles de Hassad.


Mémoire. L’ombre de Hassan II

“Mohammed VI est piégé entre sa loyauté proclamée à son père et son besoin de se démarquer de son règne”. Ainsi explique Pierre Hazan, auteur d’un récent rapport sur l’IER (pour le compte de United States Institute of Peace), l’incapacité du Maroc à tourner la page. Le rapporteur note que les portraits de Hassan II sont souvent présents lors des auditions publiques, à côté de ceux de son fils. Cela prouve, selon Hazan, qu’il est “encore interdit de faire un bilan objectif des années Hassan II, où l’on reconnaît autant son rôle de constructeur de l’Etat moderne que celui d’architecte des années de répression”. Hazan cite au passage une victime des années de plomb : “J’imaginais que le portrait de gauche (Mohammed VI) me défendait contre celui de droite (Hassan II)”.


Retour. Motii bientôt au Maroc

Abdelkrim Motii, ancien chef de la Chabiba Islamiya, pourrait rentrer au pays avant la fin de l’été. Selon des sources proches de sa famille, Motii, très malade, aurait reçu des assurances dans ce sens de la part des autorités marocaines par le biais d’un représentant de la diplomatie marocaine. Le retour de Motii, exilé depuis une trentaine d’années en Libye, avait été annoncé comme imminent, et sans cesse repoussé, dès juin 2005. Pour rappel, Motii est connu pour être impliqué dans l’assassinat, en 1975, du leader socialiste Omar Benjelloun. Son retour devrait indisposer au plus haut point l’USFP et l’ensemble de la gauche marocaine.


AMDH. Le rapport 2005

L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) vient de rendre sa copie. Dans ce rapport consacré au passif de 2005, le bilan n’est pas très rose. Les vérités révélées par l’IER sont incomplètes, les indemnisations partielles et les recommandations toujours non appliquées. Côté chiffres, l’AMDH recense sept morts dans les commissariats et 35 nouveaux prisonniers politiques. L’association déplore par ailleurs l’acharnement judiciaire contre la presse, critique fortement la loi relative à la sacralité du drapeau national… et enregistre quelques avancées positives (la loi contre la torture par exemple). 2005 pour résumer ? Moyen.


Intox. Allons, François…

Après Alger, François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste français, sera à Rabat le 18 juillet pour “œuvrer au rapprochement de la France et du Maghreb”. Et surtout, vu qu’il rencontrera Mohammed VI, pour crédibiliser sa stature de présidentiable. Selon le dossier de presse distribué aux journalistes marocains, Hollande serait “le candidat naturel pour 2007”. Voilà qui ravira sa compagne Ségolène Royal, en tête de tous les sondages pour la désignation du candidat socialiste à la présidentielle française. Et que dire de Dominique Strauss-Kahn, autre présidentiable, qui sera du voyage à Rabat… Interrogé sur les prétentions “naturelles” de Hollande, un proche de DSK trouve “étonnant ce double discours selon lequel on est candidat à l’étranger, mais pas en France”. Et d’ajouter fielleusement : “Il est bien naïf de croire que les Marocains ne comprennent rien à la vie politique française”. Voilà, c’est plutôt ça qu’il faut faire : nous flatter...


Caricature. Adieu Amine

L’excellent caricaturiste Saïd Amine est décédé mercredi à la fleur de l’âge (33 ans), après 15 jours d’hospitalisation. Ses obsèques qui ont eu lieu le même jour à Khénifra, sa ville natale, ont réuni près de 300 personnes, membres essentiellement de la société civile, venues lui rendre un dernier hommage. Formé aux Beaux- Arts de Casablanca, Amine est passé successivement par Demain, le Journal hebdomadaire, Annahar et Al Jarida Al Oukhra. À ses amis et avec le sens de l’humour qu’on lui connaissait, il aurait lâché, sur son lit de mort : “Ils vont essayer de m’enlever une idée de caricature par une intervention chirurgicale sur la tête”. Adieu Amine.


Transit. 4 jours à Almeria

Sale temps pour les MRE. Ils étaient près de 6000 à être bloqués, quatre jours durant, dans le port d’Almeria dans des conditions déplorables, alors que la canicule battait son plein avec des températures de plus de 35 degrés. La raison de ce regrettable épisode ? Une panne technique qui aurait affecté le navire Mistral de la compagnie maritime Comanav. Il a fallu donc attendre quatre jours pour que la compagnie dépêche le Al Mansour du port d’Algésiras à celui d’Almeria pour mettre fin au calvaire des pauvres MRE. Une seule note optimiste : les médias officiels, pour une fois, ont osé faire état de cette malheureuse affaire.


2007. Le PJD ira aux élections

“Le PJD menace de ne pas participer aux législatives de 2007”. Ainsi titrait Al Ahdath Al Maghribia, affirmant que, pour s’opposer au projet gouvernemental, le parti islamiste se rallie aux “petits partis” qui menacent de se retirer. “Faux, rétorque au nom du PJD, Lahcen Daoudi. On ne s’opposera pas au code électoral en poursuivant la politique de la chaise vide, mais en avançant des arguments au sein du Parlement”. En attendant que le conseil des ministres statue sur le texte, le PJD prépare son plaidoyer. Il est contre le quota préalable de participation “parce qu’il ouvrira la porte à la corruption”. Il refuse le découpage actuel, parce qu’avec deux candidats éligibles, “ce n’est plus un scrutin de liste”. Et il estime que le seuil national d’éligibilité devrait être fixé à 7% pour éviter l’émiettement des voix. Voilà qui est dit. Le PJD n’en démord pas. 2007, il compte y aller, et en force.



Billet. Calendrier de passe-temps

Driss Ksikes

Saïd est serveur dans un café huppé à Rabat. Il traverse la ville, du quartier infréquentable et sombre du G5, à celui de l’Agdal, hyper-éclairé par les franchises nées de la mondialisation. Le garçon tend l’oreille pour écouter de manière indiscrète les chuchotements des clients, cadres cravatés et autres DVDistes à la recherche de revenus annexes. De retour au café minable où il s’attable en fin de journée, il replonge dans le monde mélancolique des sans occupation fixe. À force de faire cet aller-retour, il a compris que les Marocains aiment, quelle que soit leur classe sociale, se parler pour tuer le temps. Parce qu’ils ne lisent pas (entre autres). Saïd a fait le compte. Depuis un mois, le foot, du haut de son statut de religion planétaire, a occupé tous les esprits. Les mêmes réflexes surgissent, indistinctement du côté des pauvres et des riches, contre les arbitres, les stars et les dollars. Et le temps passe. À peine la finale terminée et le coup de boule de Zidane oublié, place à la canicule. De chaque côté de la ville, les jérémiades s’éternisent tel un match de ping-pong entre Japonais. Au début de l’été, bien avant que ça chauffe autant, le tourisme sexuel commence à avoir la cote. Les discussions dérapent, prenant des allures machistes, xénophobes, homophobes. Pour le reste de l’année, les causeurs marchent à la carte : le match de foot de la veille, les jours fériés à venir, à construire ou à revendiquer, le prix des terrains qui montent et descendent au gré des semsaras, et quand l’Aïd approche, celui des moutons pour lesquels il faut bien se sacrifier. Quand il n’y a rien à l’horizon, on ressasse les mêmes tirades creuses sur le pays qui stagne. Saïd a refait le compte : chaque année, les Marocains, du G5 comme de l’Agdal, ont le même calendrier de passe-temps. Pour ne pas changer.



Édifiant. Les secrets du foot marocain

“Makhzénisation du sport au Maroc” : voilà un titre qui veut tout dire ! Dans un livre de 300 pages (Editions Annajah), l’ex-journaliste sportif Moncef Lyazghi décortique les relations entre sport et politique. Le chercheur s’intéresse particulièrement au foot et revient sur l’intervention de l’Etat dans le secteur, via les institutions ou les sommités nationales comme Benslimane, Basri ou Mediouri. L’ouvrage grouille également d’anecdotes sur l’intervention directe de Hassan II dans la gestion des affaires de la sélection nationale ou les anomalies qui ont accompagné la naissance d’une équipe comme les FAR de Rabat par exemple. À ne pas rater.


CCDH. Melilia à la loupe

Le Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH) s’apprête à publier un rapport détaillé sur la gestion de la crise de Melilia par les autorités marocaines. L’auteur du rapport et membre du conseil, Driss Ajbali, y travaille depuis six mois pour répondre à des questions précises : qui a tiré sur les émigrés subsahariens, les Marocains ou les Espagnols ? Y a-t-il eu déportation ? Y a-t-il eu non-assistance à personne en danger ? Comment le rapatriement a-t-il été organisé ? Comment le Maroc gère-t-il l’après-Melilia ? Le rapporteur a eu accès à tous les interlocuteurs, institutions, victimes et organisations. On attend de lire jusqu’où iront les conclusions du document.



3 questions à Abdelkrim Amrani (Directeur du quotidien Sawt Ennass)

Après seulement sept mois d’existence, Sawt Ennass a cessé de paraître. Pourquoi ?
L’un de nos principaux actionnaires, qui est aussi notre directeur administratif et financier, a émis le vœu de nous quitter, évoquant nos difficultés financières. Il a contacté nos différents partenaires pour leur expliquer qu’il ne se portait plus garant… Mais notre vrai problème est d’ordre interne, il a trait aux personnes qui composent notre actionnariat et à notre ligne éditoriale qui doit déranger pas mal de monde dans les partis politiques, les milieux d’affaire…

Sawt Ennass, c’est fini ?
Tout devrait se décider lors de l’assemblée générale des actionnaires qui aura lieu le 15 juillet.
Trois scénarios sont possibles. 1) je déclare faillite. 2) je trouve trois millions de dirhams pour reprendre l’affaire en main. 3) le journal est relancé mais à la seule condition que je quitte mon poste, chose que je ferais volontiers si ça pouvait le sauver.

Y a-t-il réellement de la place pour un nouveau quotidien non partisan au Maroc ?
Bien sûr, regardez Al Ahdath Al Maghribia qui est un bel exemple de réussite. En quelques mois à peine, il était devenu le numéro un de la place. C’est d’ailleurs l’exemple que je voulais suivre, mais en mieux, avec Sawt Ennass. Nos problèmes internes avec certains actionnaires en ont décidé autrement.


Droits de l’homme. Prisons sous surveillance

L’Observatoire marocain des prisons (OMP) est en train de former des “visiteurs de prison”, ces militants dont la tâche est d’enquêter, au sein même des pénitenciers, sur les atteintes aux droits des prisonniers. Et elles sont nombreuses, selon les conclusions d’une étude menée pour le compte de l’OMP par le sociologue Jamal Khalil. Les plus récurrentes : la violence physique (et notamment sexuelle) qui va parfois jusqu’à la torture, les mises au cachot et transferts abusifs, la corruption des gardiens… Les 18 “visiteurs” formés par l’OMP, de Nador à Smara, auront d’abord pour mission de recruter des volontaires dans leurs régions, pour examiner un maximum de plaintes. En 2005, il y avait 60 000 prisonniers au Maroc.


Sondage. 100% contents !

L’émission “Mawahib dans la lecture du Coran”, diffusée par la deuxième chaîne, semble remporter un franc succès. Si l’on en juge par un sondage diffusé cette semaine, le magazine serait suivi par 71,8 % des téléspectateurs de la chaîne. 88 % de ce public apprécierait “beaucoup” l’émission… et 100 % en seraient “satisfaits”. On savait le programme excellent, mais de là à ce qu’il enregistre un taux de satisfaction digne du Guiness...


People. Jamel fait sa télé (au Maroc)

Jamel Debbouze couve un projet télé au Maroc. Lancé il y a quelques semaines par le magazine people français Closer, le “bruit” serait fondé. C’est Alain De Greef, ancien directeur des programmes de Canal +, qui confesse, dans une déclaration reprise par Le Point, qu’il se verrait bien créer une nouvelle chaîne au Maroc avec Jamel Debbouze. Aux dernières nouvelles, même l’ancienne directrice de l’information de France 2 serait également de la partie. Pour sa part, Debbouze, de retour sur la petite lucarne, avec “le Jamel Comedy Club” (les samedis sur Canal+) ne s’est pas encore prononcé, mais il n’a pas non plus démenti l’information.



Humeur. Concertos obligés

Karim Boukhari

Ils sont fous, tous ces pisse-froid qui veulent interdire les festivals d’été. Ou alors amnésiques. Je m’explique : il y a encore quelques années, la seule chose qui ressemblait (mais la ressemblance n’est pas frappante) à un “festival” de musique était le vacarme sonore accompagnant les commémorations successives de la Marche Verte. “350 000 des gens de ton peuple Ya Sidi !” : voilà le seul hymne musical qu’il était possible d’écouter aux quatre coins du royaume par un 6 novembre. On connaît bien la chanson. Mais très sincèrement, et avec tous mes respects pour les chanteurs (ils sont nombreux) et les adorateurs de cet hymne monumental qui a arrosé notre enfance, on peut facilement trouver mieux comme “musique”. Cet exemple ô combien délicat n’est pas le seul puisque, dans le genre pas vraiment indispensable, on a forcément eu affaire à d’autres “festivals”. Un ami m’a par exemple raconté comment, coincé à mi-distance entre deux grandes mosquées, il assistait malgré lui à deux “concerts” simultanés tous les vendredis. Croyez-moi, ce n’est pas toujours facile. Dès la première semaine et les premiers “concerts”, il y a déjà de quoi quitter le plus bel appartement du monde… Voilà bien où on en était. A écouter inlassablement ce qui nous dérangeait. Je me souviens du jour, encore, où on nous avait conviés à une “fête musicale” à l’école de mon enfance. Manque de bol : c’était un 6 novembre et la sono diffusait continuellement l’hymne de la Marche Verte ! Ceux d’entre nous qui se dégageaient se retrouvaient nez à nez avec un agent d’autorité. Sans piper mot, il nous invitait du regard à nous rasseoir pour réécouter notre chanson préférée… Messieurs les amnésiques, les choses ont un peu changé. Et aujourd’hui on peut choisir le meilleur moyen de devenir sourd, loin des obligations de l’appel à la prière ou de l’éternel tube de la Marche Verte. Dieu merci !



VITES !

Juan Carlos se déplace la semaine prochaine au Maroc où il aurait prévu, si l’on en croit nos sources, “un déjeuner en tête-à-tête” avec Mohammed VI. Deux autres personnages de marque ont également prévu des visites au Maroc : la vice-présidente du gouvernement en Août, et le premier ministre Zapatero en septembre. Maroc/Espagne : le courant (re)passe.


L’hebdomadaire arabophone Assahifa envisage de changer de périodicité, pour devenir un quotidien à partir de la rentrée 2006. L’idée était à l’étude depuis de longs mois. En dehors du renforcement de l’équipe rédactionnelle, aucun changement ne devrait affecter l’organigramme du support.


Le Centre marocain des droits de l’homme vient de se constituer partie civile dans une affaire de pédophilie à Ouled Frej (province d’El Jadida) dont la victime est un enfant de 9 ans. D’après l’association, le suspect, qui aurait été reconnu coupable, a été pourtant acquitté cette semaine par la Cour d’appel d’El jadida.


Mohsine Ayouch ne sera plus directeur délégué de la CGEM à partir du 31 juillet. “La décision a été prise de commun accord, entre Moulay Hafid El Alamy et moi-même”, déclare l’intéressé. Après 11 ans de service, l’ancien leader de gauche préfère changer de cap professionnellement. Il sera remplacé par la centralienne Amina Amrani, ex-ONA et ONE.

 
 
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