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N° 234
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Materazzi l’a énervé, Zidane a cogné. Zakaria Boualem comprend parfaitement.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, comme tout le monde, a regardé la finale de la Coupe du monde avec les yeux grands ouverts. Sans favori particulier, juste une vague impression que si les Français gagnent, ça va devenir un peu difficile à supporter pendant quatre ans. Il a en effet un très mauvais souvenir des un et deux et trois - zéro, qui témoignaient d’une pauvreté artistique assez flagrante. Et puis tout ces discours pénibles sur on est champions lalalalalalalala. Bon, comment vous dire, sans être méchant, enfin, non merci, sans façon, baraka, quoi… Evidemment, il ne se rend pas compte que les Italiens sont à peu près aussi chauvins que les Français, et d’ailleurs il s’en fout puisqu’il regarde i télévision et non pas i télévizione. Il ne se rend pas compte non plus qu’en terme de délire patriotique, nous n’avons de leçon à donner à personne. Si on a fait un défilé pour une finale de Coupe d’Afrique, on n’imagine même pas ce que pourrait donner une finale de Coupe du monde. ça tombe bien, ça ne sert à rien de l’imaginer, puisque c’est inimaginable – et merci. Mais la France a perdu, et surtout, Zinedine Zidane a crevé l’écran en plaçant une figure de style magnifique, connue chez nous sous le nom de geng, qui a relégué tout le reste au rang d’anecdote. Zakaria Boualem a été profondément interpellé par ce geste. Il a tout d’abord observé le délire médiatique qui a suivi l’affaire. Il a vu Chirac féliciter, SOS Racisme s’interroger, Materrazzi nier, le ministre italien grogner, les pédagogues s’insurger, les Français pardonner, Bouteflika se pavaner… Sa lecture de
l’événement est très simple. Materazzi l’a énervé, il a cogné. Point final. Zakaria Boualem comprend parfaitement ce raisonnement. D’ailleurs, ce n’est pas un raisonnement, c’est un réflexe, un truc qui part de la moelle épinière pour déclencher, au sommet de cette dernière, un mouvement de tête qui part en direction de celui qui a mal parlé. C’est très simple à comprendre. Le mouvement est coordonné par le nez, nif en version originale, le siège social de l’orgueil chez les Guercifi, et chez Zidane aussi apparemment. Ne comptez pas sur Zakaria Boualem pour condamner hypocritement le mouvement de nez. Il trouve au contraire que ça met de l’ambiance. Un peu comme le match Portugal-Pays-Bas, avec ses 16 cartons jaunes et 4 rouges. Il a trouvé que c’était le spectacle le plus exaltant du Mondial.

Puis il a vu Zidane s’excuser. Attention, il s’est excusé auprès des téléspectateurs et des enfants. Materazzi ? Pas d’excuse, il n’avait qu’à pas l’énerver. Ses coéquipiers ? Pas d’excuse non plus, ils avaient dû l’énerver un peu eux aussi. Il s’est excusé mais il n’a pas regretté. ça a laissé Zakaria Boualem un peu perplexe, cette distinction subtile. Il a demandé à un cousin qui a fait psycho, et il lui a expliqué que ça voulait dire que Zidane trouve que ce qu’il a fait, c’était pas bien mais qu’il était prêt à recommencer. C’est très bizarre. Cette attitude médiane et paradoxale… ces paroles prononcées en tenue paramilitaire… tout cela confirme que le nez n’a pas baissé la tête. Contrairement à la tête, qui elle, a piqué du nez. Tout cela est donc très logique, surtout lorsqu’on sait que Materazzi ne s’est pas contenté de l’insulter, il a insulté sa maman. C’était donc de la légitime défense, tout simplement. Il reste cependant un mystère : pourquoi Zidane a-t-il attendu que le malpoli répète trois fois son insulte avant de réagir ? ça, c’est une question importante. Selon Zakaria Boualem, c’est le temps qu’il a fallu aux insultes pour toucher la moelle épinière. La première fois, Materazzi a atteint le cerveau, c’est une zone Schengen. La deuxième fois, Materazzi a touché un peu plus profond, dans l’inconscient zidanesque. Pas de problème, c’est une zone qui ressemble à un terrain de foot. Et la troisième fois…mais tout le monde connaît la suite.

 
 
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