Materazzi la énervé, Zidane a cogné. Zakaria Boualem comprend parfaitement.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, comme tout le monde, a regardé la finale de la Coupe du monde avec les yeux grands ouverts. Sans favori particulier, juste une vague impression que si les Français gagnent, ça va devenir un peu difficile à supporter pendant quatre ans. Il a en effet un très mauvais souvenir des un et deux et trois - zéro, qui témoignaient dune pauvreté artistique assez flagrante. Et puis tout ces discours pénibles sur on est champions lalalalalalalala. Bon, comment vous dire, sans être méchant, enfin, non merci, sans façon, baraka, quoi
Evidemment, il ne se rend pas compte que les Italiens sont à peu près aussi chauvins que les Français, et dailleurs il sen fout puisquil regarde i télévision et non pas i télévizione. Il ne se rend pas compte non plus quen terme de délire patriotique, nous navons de leçon à donner à personne. Si on a fait un défilé pour une finale de Coupe dAfrique, on nimagine même pas ce que pourrait donner une finale de Coupe du monde. ça tombe bien, ça ne sert à rien de limaginer, puisque cest inimaginable et merci. Mais la France a perdu, et surtout, Zinedine Zidane a crevé lécran en plaçant une figure de style magnifique, connue chez nous sous le nom de geng, qui a relégué tout le reste au rang danecdote. Zakaria Boualem a été profondément interpellé par ce geste. Il a tout dabord observé le délire médiatique qui a suivi laffaire. Il a vu Chirac féliciter, SOS Racisme sinterroger, Materrazzi nier, le ministre italien grogner, les pédagogues sinsurger, les Français pardonner, Bouteflika se pavaner
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lévénement est très simple. Materazzi la énervé, il a cogné. Point final. Zakaria Boualem comprend parfaitement ce raisonnement. Dailleurs, ce nest pas un raisonnement, cest un réflexe, un truc qui part de la moelle épinière pour déclencher, au sommet de cette dernière, un mouvement de tête qui part en direction de celui qui a mal parlé. Cest très simple à comprendre. Le mouvement est coordonné par le nez, nif en version originale, le siège social de lorgueil chez les Guercifi, et chez Zidane aussi apparemment. Ne comptez pas sur Zakaria Boualem pour condamner hypocritement le mouvement de nez. Il trouve au contraire que ça met de lambiance. Un peu comme le match Portugal-Pays-Bas, avec ses 16 cartons jaunes et 4 rouges. Il a trouvé que cétait le spectacle le plus exaltant du Mondial.
Puis il a vu Zidane sexcuser. Attention, il sest excusé auprès des téléspectateurs et des enfants. Materazzi ? Pas dexcuse, il navait quà pas lénerver. Ses coéquipiers ? Pas dexcuse non plus, ils avaient dû lénerver un peu eux aussi. Il sest excusé mais il na pas regretté. ça a laissé Zakaria Boualem un peu perplexe, cette distinction subtile. Il a demandé à un cousin qui a fait psycho, et il lui a expliqué que ça voulait dire que Zidane trouve que ce quil a fait, cétait pas bien mais quil était prêt à recommencer. Cest très bizarre. Cette attitude médiane et paradoxale
ces paroles prononcées en tenue paramilitaire
tout cela confirme que le nez na pas baissé la tête. Contrairement à la tête, qui elle, a piqué du nez. Tout cela est donc très logique, surtout lorsquon sait que Materazzi ne sest pas contenté de linsulter, il a insulté sa maman. Cétait donc de la légitime défense, tout simplement. Il reste cependant un mystère : pourquoi Zidane a-t-il attendu que le malpoli répète trois fois son insulte avant de réagir ? ça, cest une question importante. Selon Zakaria Boualem, cest le temps quil a fallu aux insultes pour toucher la moelle épinière. La première fois, Materazzi a atteint le cerveau, cest une zone Schengen. La deuxième fois, Materazzi a touché un peu plus profond, dans linconscient zidanesque. Pas de problème, cest une zone qui ressemble à un terrain de foot. Et la troisième fois
mais tout le monde connaît la suite. |