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La famille raïale. Le prince à Agadir
Casablanca. À la recherche de la médina perdue
N° 235
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia, envoyée spéciale

La famille raïale. Le prince à Agadir

Cheb Mami
(JEAN BERRY)

Cheb Mami a enfiévré ses 80 000 hôtes gadiris, les a invités à chanter ses
plus grands tubes en chœur et a tenté un message politique unioniste. Sans succès, puisque tout le monde dansait…



Toute la semaine, ils ont été disciplinés, de parfaits citoyens respectueux de l'ordre et de l'espace VIP, religieusement gardé par la sécurité pour les invités de marque du Timitar. Ce soir-là, pourtant, ce dimanche 16 juillet, les Gadiris ont troqué leur “sagesse” pour une nuit d'hystérie. Le prince du raï leur a donné rendez-vous ! Dans sa loge,
Cheb Mami, qui a entamé sa longue séance de méditation pré-concert quelques heures auparavant, n'arrive toujours pas à apaiser sa nervosité. Tout aussi excité qu'un adolescent à son premier rendez-vous. Du backstage, il peut entendre ses 80 000 hôtes crier d'impatience, entonnant son nom.

Une ode à l'amour
Un concert de raï, c'est bien le seul moment où la société maghrébine, machiste dans son quotidien, se laisse aller au romantisme. “Chérie pas de chichis”, leur a alors lancé le bédouin pour commencer la soirée. Le public l'a pris au mot, comme une invitation à se joindre à lui, sans façons, faisant graduellement concurrence au ministre de la Communication, Nabil Benabdellah, et aux autres personnalités de la ville, dans leurs vingt mètres carrés privés. Sur le visage du prince, le trac du “stage” a disparu. Place à l'enivrement, porté par ses 80 000 choristes de fortune. Et ils les connaissent toutes par cœur, ses ballades. “Azwaw”, “Let Me Cry”, “Mazari”, “Meli meli”, “Haoulou”...

Dans le public, les demandes fusent, chacun veut sa favorite et la majorité fredonne l'intro de “Houbbi Lewwel” (mon premier amour). Devant tant insistance, le prince doit improviser, a capella. Il n'a pas répété la partition avec ses musiciens. Pourtant, “Houbbi Lewwel” est le “Could you be loved” de Cheb Mami, le titre qui l'a propulsé star maghrébine - avant sa percée à l'international. Et puis l'après-midi, en conférence de presse, il a avoué que de tous les titres qu'il a signés au long de sa carrière, celui-là reste son fétiche, son préféré. Seulement, Mami n'est pas là pour chanter ses premières amours, mais celles d'Al Maghrib Al Arabi.

Un seul drapeau pour tout le Maghreb
Le geste qui tue. Entre deux morceaux, Mami reçoit un colis emballé aux couleurs du Maroc, rouge et vert. Il l'ouvre pour en sortir un énorme étendard, où les drapeaux des trois voisins fusionnent. Maroc, Algérie, Tunisie, tous frères. On applaudit le geste mais le “patriotisme” finit par prendre le dessus. Dans un coin du public, on commence à murmurer, timidement, “Assahra maghribia” (le Sahara est marocain). Peu à peu, la fièvre du patriotisme ne tarde pas à se généraliser. Le slogan est repris en concert par les milliers de Marocains, étonnamment synchrones. Le prince reçoit le message. Un sourire et on remballe. Il aura essayé. Sur la place Al Amal, on n'attend pas de l'artiste qu'il fasse preuve d'engagement politique. Il n'y a que les journalistes qui mettent un point d'honneur à soulever de telles questions. “Que pensez-vous de la question du Proche-Orient, des récents raids israéliens sur le Liban… ?”. Et autant il a été facile pour Mami de clamer l'union maghrébine devant les 80 000 spectateurs, autant il a du mal à cacher sa gêne d'avoir à prendre position devant la trentaine de journalistes de la salle. Parmi eux, une équipe de la MBC semble tenir à sa réponse. Que peut-il bien dire ? Qu'un artiste n'est pas forcé d'avoir un engagement politique ? Qu'il est, comme tout autre être humain, envahi par son quotidien ? Non. Il répondra qu'il condamne, naturellement, et que la sortie de son nouvel album a été retardée pour ces mêmes raisons, un album où il partage d'ailleurs le micro avec Elissa et Kazem Saher, deux têtes d'affiche de la scène musicale moyen-orientale.


Par Meryem Saâdi

Le roi à Casablanca

Khaled
(AIC PRESS)

Khaled ne fait pas dans la demi-mesure. C'est une bête de scène, hantée par la musique et définitivement grandiose. Le genre d'artiste qui répond à un rappel du public en prolongeant son concert d'une heure.


Samedi soir, scène Sidi Bernoussi. C'est une véritable marée humaine qui attend l'apparition de Khaled en cette soirée d'ouverture du Festival de Casablanca. Ils sont plus de 200 000 spectateurs à avoir fait le déplacement, de tous les quartiers de la ville. Certains ont dû attendre plusieurs heures pour trouver des taxis afin d'arriver sur place et les
plus impatients n'ont pas hésité à parcourir des kilomètres à pied, espérant arriver à temps. Et le roi du raï n'a pas déçu leurs attentes.

Show devant
Casablanca a pris des allures d'Oran le temps d'une soirée. Oubliés les conflits politiques ou footballistiques avec nos voisins, c'est avec l'accent algérien que le public chante en chœur avec Khaled. L'artiste interprète tous ses tubes : du très groovy “Didi” à la ballade “Aïcha”, en passant par le très entraînant “Chebba bent bladi”. Pendant qu'il chante, Khaled porte sur ses épaules les drapeaux marocain et algérien. Un geste très fort symboliquement qui touche énormément le public. L'émotion est également au rendez-vous sur le morceau “Abdelkader”. Ce vibrant hommage à l'émir algérien, emblème de la résistance contre le colonialisme français électrifie l'audience, qui chante avec Khaled jusqu'à s'essouffler. A la fin du concert, tous les spectateurs semblent nager dans la béatitude et en particulier les petits chanceux qui sont repartis avec les drapeaux restés sur le micro.

Un artiste accompli
Les Casablancais en ont eu la preuve ce soir-là : Khaled est une véritable bête de scène. L'énergie qu'il dégage est contagieuse et sa voix aussi juste que sur ses six albums studio. Pas étonnant lorsque l'on sait qu'il a une carrière de plus de vingt ans derrière lui et qu'il s'est produit dans le monde entier. En 1992 son album éponyme fait de lui une star internationale. Avec Cheb Mami et Cheikha Rimitti, il est l'un des rares artistes à avoir réussi à exporter le raï hors de ses frontières originelles. “Je rêve de musique presque chaque soir. J'entends des mélodies qui me donnent beaucoup d'idées de composition. Il y a quelques nuits, j'ai aussi entendu des morceaux de Nass El Ghiwane que j'écoutais beaucoup lorsque j'étais jeune”, a confié Khaled lors de sa conférence de presse de la semaine dernière à Casablanca. Il n'oublie pas la musique une seule seconde et encore moins ses influences musicales maghrébines.

Maghrébin dans l'âme
Le chanteur vit pleinement sa culture et son identité maghrébine et affirme avoir toujours refusé de détenir un passeport français. Même s'il ne réside pas dans son pays d'origine et qu'il n'y a pas fait de concerts entre 1986 et 2000, Khaled se sent pleinement algérien et en est fier. Il rend d'ailleurs un hommage à sa ville de naissance lors de chacun de ses concerts en interprétant la chanson “Wahran”. Cette année, le roi du raï a salué le courage des Maghrébins et des Sénégalais qui se sont battus pour libérer la France à la fin de la deuxième guerre mondiale. Pour cela, il a participé à la composition de la bande originale du film Indigènes réalisé par Rachid Bouchareb et produit par Luc Besson, un film qui devrait connaître un vif succès dans toute l'Afrique du Nord et qui rappellera aux jeunes Maghrébins que leurs passés respectifs ne sont pas si différents. Khaled devrait venir plus souvent au Maroc pour nous rappeler qu'en fin de compte il suffit de réunir la jeunesse maghrébine dans un même concert pour qu'elle puisse danser, bien loin des conflits politiques.

 
 
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