Médias. Le marché de la presse s'emballe
Mohamed Sassi : "L'USFP a une logique de parti unique"
Élections. Quel sort pour les "petits" ?
Religion. À quoi servent les oulémas ?
Juifs marocains. Chronique d'une déchirure
Spécial Liban. Retour à l'enfer
Programme Moukawalati. Auto-emploi à hauts risques
Consommation. 30 associations pour rien ?
La famille raïale. Le prince à Agadir
Casablanca. À la recherche de la médina perdue
N° 235
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Programme moukawalati. Auto-emploi à hauts risques

Moukawalati vise la création
de 90 000 emplois d’ici 2008.
(AIC PRESS)

Le programme Moukawalati est ambitieux. Il vise la création de 30 000 entreprises d'ici 2008. Mais si des mécanismes d'accompagnement ne sont pas mis en place, le taux de casse risque d'être important. Il est encore temps de rectifier le tir.


S’il y a un dossier qui pèse lourd dans le bilan gouvernemental, c'est bien celui de l'emploi. L'équipe du premier ministre, Driss Jettou, joue contre la montre sur ce chapitre. Pour preuve, lors de la présentation du bilan social du gouvernement, devant les conseillers de la nation,début juillet, Jettou, faute de chiffres à l'appui, s'est limité à énumérer les initiatives mises en place pour créer des emplois. Le
premier ministre vient en effet de lancer le 1er juillet dernier, l'opération “Moukawalati”, en renfort à celles de Idmaj et Taâhil. Si ces deux dernières concernent l'insertion de jeunes diplômés, Moukawalati vise surtout la création d'entreprise. “Personne ne peut obliger les entreprises à embaucher des gens surtout si le plan d'exploitation ne l'exige pas”, explique un parlementaire. En revanche, tout le monde rêve de se mettre à son propre compte. Le gouvernement a compris qu'il faut tôt ou tard relancer les mécanismes de création d'entreprises. Car, pour une entreprise créée, il faut compter au moins deux nouveaux emplois. Moukawalati vise 30 000 créations de TPE (très petite entreprise), soit 60 000 emplois au minimum et un objectif idéal de 90 000 emplois en 2008. Ce pari est tenable si les moyens suivent.

L'histoire qui se répète ?
Driss Jettou, a inauguré, samedi 1er juillet à Casablanca, le premier guichet d'appui à la création d'entreprises destiné aux diplômés chômeurs dans le cadre du projet Moukawalati. Pendant les semaines qui ont suivi, d'autres antennes ont été ouvertes dans les autres villes, surtout au sein des facultés, des centres de formation et des zones industrielles. En gros, ce programme est dédié aux diplômés chômeurs désirant créer une entreprise dont le montant d'investissement ne dépasse pas 250 000 DH en bénéficiant de trois effets de levier. L'Etat prend en charge les frais d'accompagnement dans la limite de 10 000 dirhams par projet. Il octroie une avance sous forme de prêt sans intérêts, à hauteur de 10% du coût du projet dans la limite de 15 000 DH, remboursables sur six ans avec un différé de trois ans et, enfin, l'Etat garantit 85% du crédit bancaire nécessaire pour la réalisation du projet. Les jeunes désirant bénéficier de cette manne peuvent se réunir à deux pour un projet allant jusqu'à 500 000 DH. Au niveau du fonctionnement, le plan du gouvernement repose sur l'implication de quatre institutions : les chambres de commerce, l'Anapec (agence nationale pour la promotion de l'emploi), les associations de micro-crédit et les banques. En théorie, les chambres de commerce piloteront les projets, les associations de micro-crédit les accompagneront, les banques les financeront alors que l'Anapec centralisera les dossiers et débloquera les fonds de l'Etat. Ce schéma complexe tranche avec celui qu'avait mis en place Ahmed Lahlimi, alors numéro deux du gouvernement Youssoufi. A cette époque, l'idée était de créer des maisons de l'entreprise un peu partout au Maroc et de booster l'auto-emploi. Le mécanisme était simple mais il a tourné court, bureaucratie oblige. Justement, pour ne pas tomber dans le même piège, Driss Jettou a impliqué les associations de micro-crédit, fortes de leur expérience sur le terrain. Mais, en soi, ce n'est pas un gage de réussite. “Le micro-crédit vise un but social, parfois en faisant fi des règles de l'art entrepreneurial”, confie un proche de la CGEM. En déduire que le micro-crédit, tel que pratiqué au Maroc, encourage l'informel. Si Moukawalati suit le même itinéraire, le gouvernement accouchera de 30 000 TPE qui s'activeront dans le noir. Or, ce n'est pas le but.

Accompagnement en gestation
Les associations de micro-crédit mettent les bouchées doubles pour assumer leur nouvelle mission. A Zakoura comme à Al Amana, on nous assure que les recrutements vont bon train pour mettre en place des structures dédiées à Moukawalati. Des conventions avec des fiduciaires sont également envisagées. D'ailleurs l'Etat planche sur l'utilisation de 30% du budget d'accompagnement pour faire appel à des comptables de métier. Le souci de l'accompagnement est donc présent. Il reste cependant la très importante question des profils des porteurs de projets. Notons d'emblée que Moukawalati vise l'auto-emploi, soit en clair, l'ouverture de téléboutique, d'atelier de réparation mécanique, de plomberie … N'importe qui peut créer sa TPE. Il n'a pas besoin d'être diplômé d'une grande école, ni d’avoir une expérience dans le domaine entrepreneurial. Le risque est là, justement. “N'oubliez pas que l'initiative en elle-même est politique”, rappelle un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Pour ce dernier, le gouvernement n'avait pas le choix, la haute instance du pays le pressait de mettre en place un cadre incitatif pour l'emploi. Il l'a fait en dupliquant un système qui marche ailleurs “mais dans un pays où le taux de casse est tabou”, poursuit-il. L'initiative du gouvernement est une aventure qui créera des emplois, certes, mais aura un taux d'échec. Que ce dernier soit faible ou fort, il servira à minimiser l'apport de Moukawalati. “Preuve en est la publicité négative autour du crédit jeune promoteur dont le taux de casse ne dépasse guère 20%. Or, en France, ce taux peut aller jusqu'à 40% sans entacher ni ébranler la pérennité de l'action gouvernementale”, conclut notre source.

Moukawalati, otage de son environnement
Hamad Kessal, président de la fédération de la PME, lui, s'intéresse aux causes d’échec. “Il n'y a pas que l'inexpérience qui mène à l'échec. L'environnement de l'entreprise y contribue également”, précise-t-il d'emblée. Par environnement, il faut entendre les relations commerciales qui lient les PME à leurs partenaires, donneurs d'ordres notamment. “Il faut que les grands jouent le jeu, sinon les TPE ne feront pas long feu”, met en garde Kessal. Pour ce dernier, 250 000 DH peuvent facilement créer une entreprise spécialisée dans l'élevage d'autruches, de pintades ou d'escargots. Un procédé industriel servira à l'abattage et le conditionnement. Jusque-là, l'entreprise peut se débrouiller toute seule. Mais dès qu'il s'agit de la commercialisation, le risque est imminent. “Les frais de référencement et les délais de paiement auprès des acteurs de la grande distribution constituent un risque majeur qui menace la pérennité de l'affaire”, explique Kessal. L'éleveur d'escargots a intérêt à avoir les reins solides s'il veut vendre dans un hypermarché. Le risque plane sur une TPE de services. Une petite structure de réparateurs d'engins agricoles ou industriels sera rapidement asphyxiée si les délais de paiement s'allongent. “Le gouvernement doit trancher sur cette question en promulguant une loi ou en mettant en place des mécanismes appropriés”, ajoute Kessal. C’est d'autant plus vrai que des mécanismes comme le factoring ne sont pas encore destinés aux TPE. Et pour finir, Kessal préconise l'implication des associations professionnelles. “Qui peut mieux suivre un projet dans le textile que l'Amith (Association marocaine des industries du textile et de l'habillement) ?”, s'interroge-t-il. L'idée est que les associations professionnelles sectorielles ont un rôle à jouer. Moukawalati est en phase de démarrage, il est encore temps de corriger le tir.



Maroc entreprendre. Bilan positif

La seule initiative qui puisse actuellement afficher son bilan est celle de Maroc-entreprendre. Constituée d'un réseau d'hommes d'affaires, Maroc-entreprendre a été créée en 2005 dans l'objectif d'aider à la création d'entreprises. Elle a actuellement à son actif plus d'une vingtaine de projets et table sur une quarantaine pour l'année 2006. “Notre programme s'appuie sur l'accompagnement d'une grande banque et d'un réseau d'hommes d'affaires qui parrainent les projets”, explique Msad Hicham, directeur de Maroc-entreprendre. Le réseau dispose en effet d'un financement d’un milliard de dirhams mis en place par Attijariwafa bank, ce qui explique que les projets qui dépassent un certain seuil (plus de 300 000 dirhams), sont gérés directement par la banque. Point fort : la préparation des dossiers par Maroc-entrependre est un gage de réussite, puisque les projets validés par l'association ont une forte chance d'être financés par la banque.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés