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N° 235
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Je voulais rester au Liban”

Antécédents
Driss El Ouali
Marocain rapatrié de Beyrouth
après les bombardements
israéliens

1967. Naissance à Taounate.
1994. Licence en linguistique française.
1994. Création de Sada Taounate (journal régional).
2000. Président de l’association de la presse régionale.
2006. Président de l’alliance des éditeurs de la presse régionale au Maroc.
Smyet Bak ?
Bouzid Ben Ahmed.

Smyet mok ?
Rahma bent M’hammed.

Nimirou d’la carte ?
C 252 470.

Vous revenez tout juste de Beyrouth à bord d’un avion militaire. Vous êtes allé prêter main forte aux troupes de Hassan Nassrallah ?
Non, je suis parti participer à une émission culturelle à Beyrouth. Nous étions un groupe de 20 personnes du Maroc, d’Algérie, de Bahreïn, du Liban et de Syrie. C’est une nouvelle émission censée être diffusée durant le mois de Ramadan. Nous avions à peine enregistré le premier prime quand les bombardements ont commencé sur Beyrouth. Le reste de l’émission sera tourné à Dubaï, je crois.

Tout journaliste que vous êtes, ne deviez-vous pas rester sur place, saisir votre chance de voir une guerre éclater sous vos yeux, au lieu de vous précipiter de rentrer ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le groupe de Marocains était le seul à ne pas avoir peur. Je voulais rester au Liban. Je voulais vivre chaque minute de la guerre qui éclatait sous mon balcon. Mais mon contrat avec la chaîne ne me le permettait pas. Nous étions à sept minutes de l’aéroport. J’ai donc vu les missiles s’abattre dessus toute la nuit. C’est triste parce qu’à notre arrivée, Beyrouth était si belle. Une ville nouvelle reconstruite petit à petit pendant 19 ans. Et là, en deux jours, elle est redevenue tout en ruines. Rien n’a été épargné. Aéroport, port, ponts, route internationale … tout a été détruit sans que personne réagisse.

Dans une récente déclaration à la presse, vous avez déclaré avoir été abandonné à votre sort. A quoi vous attendiez-vous sous les bombes israéliennes ?
À sentir, comme toutes les délégations qui nous accompagnaient, qu’il y a des services diplomatiques et consulaires qui se préoccupaient de notre sort. Nous avons téléphoné plusieurs fois à l’ambassade marocaine au Liban sans que personne se donne la peine de prendre de nos nouvelles alors que les autres participants ont tous été pris en charge par leurs ambassades respectives. Nous avons dû, avec l’aide de la chaîne, louer un moyen de transport pour atteindre difficilement la frontière syrienne. 11 heures pour parcourir 200 km. A l’ambassade à Damas, nous avons trouvé beaucoup de gens dormant à même le sol (des touristes et des Marocains vivant au Liban), tous venus par leurs propres moyens et à qui on n’a même pas servi d’eau ou offert de l’assistance. Vers 20 h, un homme est venu nous saluer froidement en passant. Nous avons appris plus tard que c’est l’ambassadeur du Maroc à Damas.

Et dans l’avion, il n’y avait pas que des touristes et des Marocains du Liban apparemment …
Exact. Il y avait des Marocaines tout droit sorties de prison à Damas pour des “délits administratifs”. Elles refusaient d’embarquer parce qu’elles avaient des billets aller-retour pour la Syrie et que le rapatriement concernait uniquement le Liban. Qu’à cela ne tienne, l’ambassade voulait apparemment faire le plein de passagers.

Vous êtes président de l’association marocaine de la presse régionale, c’est sérieux ce “machin” ?
Oui et nous espérons un jour atteindre l’importance qu’a la presse régionale en Europe par exemple. Que les lecteurs comprennent que la proximité, c’est important. Il y a aujourd’hui beaucoup de chemin à faire et certains abusent de la liberté d’édition au Maroc et créent des journaux locaux “bidons” mais le lecteur sait faire la différence, tout comme pour la presse nationale d’ailleurs.

N’empêche qu’en région, un directeur de journal a presque le grade de caid !
Et c’est ça le danger. Servir de contre-pouvoir aux autorités locales est souhaitable. Etre à leur solde est une autre chose. À Sada Taounate, nous avons vendu 14 000 exemplaires dans une région comme Taounate le jour où nous avons sorti l’intégralité du jugement prononcé contre un gouverneur en place sous Basri. Pour nous punir, il nous a privés d’électricité lors d’un événement organisé par le journal. Nous l’avons attaqué en justice et avons eu gain de cause au bout de sept ans ans. Vous voyez donc que c’est du sérieux, notre “machin”.

 
 
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