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Mohamed Sassi : "L'USFP a une logique de parti unique"
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N° 235
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par Driss Ksikes

Politique.
Interview vérité. Mohamed Sassi : “L'USFP a une logique de parti unique”



Bio express.

1952.
Naissance à Rabat (de père syndicaliste)
1971. Adhésion à l'UNFP (section Yacoub Al Mansour)
1976. Se rapproche de Mohamed Elyazghi (phase de construction de l'USFP)
1978. Devient enseignant à la faculté de droit de l'Agdal (Spécialité : Droit privé)
1987. Devient secrétaire général de Chabiba Ittihadia (Elu à l'unanimité)
1989. Se rapproche de Noubir Amaoui (Intifada du 5ème congrès)
1998. Quitte la chabiba Ittihadia (Il passe le relais à Mohamed Hafid)
2001. Se retire du 6ème congrès de l'USFP (création de Fidélité à la démocratie)
2005. Fonde le Parti socialiste unifié (fusion avec la GSU)


(D.K / TelQuel)

Mohamed Sassi fait partie de cette caste dorénavant rare, des politiciens au sens éthique très développé. Avec sa sincérité habituelle, il répond aux questions qui dérangent sur les élections de 2007, le paternalisme peu innocent de l'USFP, les islamistes et sa recherche éperdue de la démocratie.


Le projet de code électoral tente de réduire le nombre exagéré de partis politiques qui briguent un siège au parlement. C'est tout de même une bonne chose que de combattre la balkanisation du champ politique…
Il est sûr que le fait de se débarrasser de la balkanisation est positif. Mais peut-on combattre ce phénomène par des lois restrictives ? Si l'objectif réel, et pas seulement déclaré, est de combattre la balkanisation, cela ne sert à rien de punir « les petits ». Il serait plus intelligent d'encourager sérieusement la création de grands pôles. Je propose, par exemple, que les partis qui ont des alliances profitent de l'aide publique même s'ils n'ont pas atteint le seuil minimal requis. Mais voyez-vous, l'Etat marocain a les mêmes réflexes. Autrefois, l'Education nationale était gênée de voir la plupart des élèves s'acheminer vers le football. Qu'a fait le ministère de tutelle, en riposte ? Il a interdit le foot, au lieu de chercher à stimuler les élèves désireux de pratiquer d'autres sports.

Qu'est-ce qui vous fait croire que l'objectif de l'Etat et de la majorité n'est pas seulement de barrer la route aux “petits” à la régulière ?
C'est une affaire de logique. Normalement la balkanisation est sujette à reproches. Elle crée un émiettement de la carte politique et cela ne permet pas de créer des alliances solides. Mais je me demande si nous sommes réellement proches de ce scénario. Non. Le problème se pose lorsque tous les partis sont sous-représentés. Or, chez nous, il n'y a pas plus facile que de créer une majorité. Elle est modulable dans tous les sens. Le problème de la balkanisation devient encore plus épineux lorsqu'elle déstabilise la majorité. Or, ce sont ceux-là mêmes, qui veulent nous exclure, qui disent que le roi est (quelle que soit la situation) garant de la stabilité. Cela ne veut pas dire que je sois pour la balkanisation. Je veux que l'électeur ait en face de lui des pôles clairs, mais pas forcément des “petits” mis sous leurs ailes par les “grands”.

Cela veut-il dire que vous refusez l'offre de l'USFP qui se dit prête à vous accorder ses signatures ?
Bien sûr que nous la rejetons. D'abord, seule l'USFP croit avoir suffisamment d'élus et de conseillers pour nous assurer 6000 signatures, alors qu'elle est loin d'avoir un tel potentiel. Ensuite, quel sera le prix politique que l'on nous demandera en contrepartie ? Et puis, comment accepter que des élus USFP, hier membres de partis administratifs, connus pour être corrompus, soutiennent un parti de démocrates ? Enfin, à quoi bon exister en tant que parti, si l'affaire est réduite à un vulgaire marchandage ? Or, l'USFP voudrait que nous soyons amenés à cela.

Vous estimez que c'est l'USFP qui cherche à vous barrer la route. Et à l'USFP, on estime par contre que vous êtes des enfants naturels égarés. Est-ce vous qui n'avez pas coupé le cordon ombilical ou eux qui rêvent que vous reveniez au bercail ?
De notre côté, nous avons attendu un an après la création du mouvement Fidélité à la démocratie pour mûrir la décision de changer de parti. Entre-temps, des personnalités de l'USFP, comme Habib El Malki, par exemple, ont tenté de colmater les brèches mais ils ont buté sur un refus catégorique au sein du parti. Ils se sont dit alors : “Bon débarras !”. Aujourd'hui, l'USFP est dans une nouvelle étape, où elle pense : “Pourquoi ne pas les récupérer”. D'autant qu'ils ont vu que nous sommes restés des créateurs d'idées et de dynamiques. Ils veulent éviter le risque d'avoir à leur gauche un mouvement qui les concurrence.

Elyazghi considère qu'il n'y a pas de place pour plus de dix partis au Maroc. Partagez-vous cette évaluation numérique ou estimez-vous que le système partisan marocain n'est pas encore arrivé à maturité ?
Est-ce qu'il y a une approche numérique des partis ? Y a-t-il un citoyen qui se permettrait de limiter le nombre exact de partis viables ou nécessaires ? A la rigueur, il peut croire au principe (nombre limité de partis) mais de là à passer à l'acte pour le mettre en oeuvre, cela rappelle étrangement la mentalité du parti unique.

Si demain, en 2007, le PJD parvenait à un score lui permettant de gouverner, à côté d'autres. Accepteriez-vous d'être les alliés de l'USFP à l'opposition ?
Et qui vous dit que l'USFP ne gouvernerait pas aux côtés du PJD ? Aujourd'hui, elle dit non, pour des raisons pré-électorales. Mais demain, elle est capable de dire ceci : c'est le PJD qui a changé d'avis et décidé d'adopter notre logique. Aujourd'hui, l'USFP gère son appartenance à la gauche tel un capital historique. Pour le reste, elle est en mutation, dans le mode de recrutement, de gestion, de réflexion. Sa base électorale est essentiellement rurale. Quand des notabilités proches du Makhzen adhèrent à l'USFP, elles ne le font pas pour son idéologie proclamée mais pour sa capacité à s'adapter, à se rapprocher du modèle de pragmatisme istiqlalien. Et puis, qui vous dit que l'USFP quitterait le gouvernement ? Même s'il le voulait, que dirait-elle au roi si ce dernier voulait garder certains membres du parti auprès de lui, au gouvernement ? Enfin, l'USFP a des objectifs communs avec l'Etat : continuer la même expérience gouvernementale, le même programme avec des acteurs qui ne posent pas de questions embarrassantes sur le mode de prise de décisions politiques.

Ne partagez-vous pas avec l'USFP l'identité de parti moderniste, anti-islamiste ?
Notre relation avec l'USFP n'est pas faite d'animosité. S'il y a un domaine où l'on pourrait coopérer ensemble, c'est bien celui de la modernité (sociale, plus précisément). La question de la femme, par exemple, peut nous réunir. Par ailleurs, l'USFP ne remet pas aujourd'hui en cause un certain mode de gouvernance archaïque de l'Etat, ce qui pose un problème de modernité politique. Quant aux intégristes, j'estime d'abord que ce sont des citoyens qui doivent jouir de leurs droits mais qui portent une idéologie à combattre avec un esprit éclairé. Or, l'USFP préfère même avoir en face de lui des PJdistes avec lesquels il va polémiquer sur les festivals, qu'un PSU avec lequel il doit compter pour répondre à des questions gênantes, sur les salaires, les droits de l'homme, la fiscalité, etc.

Dans une estimation du ministère de l'Intérieur, relayée par Assahifa, il est dit que le PSU, incontournable, aura au moins un groupe parlementaire. Ne craignez-vous pas les travers de la participation électorale dans un système makhzénien ?
Vu du PSU, nous ne nous faisons pas d'illusions. Nous savons qu'il y a un paradoxe entre le fait de participer aux élections et de ne pas voir les élections déterminer le jeu politique. Mais nous croyons que la transformation du système se fera par accumulation, que notre participation permettra de politiser le rendez-vous électoral, là où le débat aurait tendance à s'appauvrir. Jusque -là, on n'était pas au niveau local dans un conflit de programmes, juste un conflit d'élites qui commencent à avoir un dénominateur commun : “Le roi mène le bateau, alors aidons-le”. Nous ne sommes pas contre le roi mais nous défendons le droit d'avoir un programme établi à partir de notre propre évaluation. Nous ne pouvons y arriver seuls. Aussi, bataillons-nous pour qu'il y ait plus d'électeurs, plus d'inscrits (surtout parmi les élites éclairées) et plus de partis et de militants qui boycottaient autrefois les élections, dans la balance.

Entre le temps où vous appeliez, pour la première fois sur les colonnes d'Al Ittihad, à une monarchie parlementaire à l'espagnole et aujourd'hui, le rapport de forces a balancé davantage du côté de la monarchie. Qu'est-ce qui vous permet d'y croire encore ?
Je ne suis pas d'accord qu’il y ait eu régression. Il y a d'un côté le poids des organisations et de l'autre côté, le poids des idées. Je pense que l'idée de la monarchie parlementaire rencontre plus d'écho aujourd'hui. Ses contours sont plus clairs. On n'en parle plus en termes vagues, ce qui prouve que l'idée a circulé et mûri. Certes, pour le moment, nous sommes juste arrivés à appuyer l'idée mais n'avons pas encore obtenu l'appui de mouvements de masse capables de la porter assez loin. C'est l'une des raisons pour lesquelles on nous bloque l'accès aux institutions. Mais les idées font leur petit bonhomme de chemin. Qui aurait dit que la direction de l'USFP parlerait un jour de “grand parti socialiste” ? Aujourd'hui, c'est fait. Qui aurait dit que l'idée des courants et celle de la déclaration du patrimoine, instaurées par notre parti (PSU), commenceraient à faire des émules ? Aujourd'hui, même des militants de l'USFP y pensent. Mais une telle idée trouvera certainement une résistance issue d'intérêts de gens qui se sont enrichis par la politique.
Revenons au cœur du pouvoir : la monarchie. Le fait qu'il y ait consensus chez les autres partis sur le report de la réforme constitutionnelle ne contribue-t-il pas à vous mettre hors jeu ?
Faut-il attendre qu'ils aient besoin de lancer la réforme constitutionnelle pour nous appeler à la rescousse ? La classe politique sent peut-être que l'agenda officiel reporte la réforme. Mais il faudrait que les détenteurs réels du pouvoir au niveau central le disent clairement. J'en déduis qu'il n'y a pas consensus, juste de l'attentisme.

Sur vos différents terrains de prédilection (autonomie au Sahara, droits de l'homme, la femme, les émigrés) le Palais vous précède en créant des conseils royaux et en recrutant des figures de gauche. Cela n'appauvrit-il pas votre parti ?
Si le parti décide d'y participer pour militer, le seul moyen est d'assurer un suivi du travail des militants par le parti. Au PSU, le suivi se fait. Avant la dernière assemblée du CORCAS, nous avons tenu une réunion préalable avec les militants du parti membres du conseil pour nous mettre d'accord sur une ligne à défendre. Si des membres estiment, contre l'avis de la majorité, que ces institutions auxquelles ils prennent part sont plus positives qu'on ne veut le croire, ils peuvent le faire en créant un courant autonome. Cela permet d'élever le débat intellectuel plutôt que de le réduire à un conflit entre récupérés et non récupérés.

 
 
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